J'étais assise dans les champs de blé, parmi les grands épis couleur d'or. Je sentais le vent jouer avec mes cheveux, basculer mes mèches blondes qui me retombaient sur les yeux, cajoler mes joues. Le soleil de midi ne me brûlait pas, ses rayons ne m'écorchaient pas la peau. J'étais un enfant et je voyais le monde à travers les yeux d'un enfant, rêveur, les pieds sur terre, la tête dans les étoiles.
J'ai grandi pour réaliser que la réalité n'avait rien de commun avec mes rêves d'enfant. J'ai grandi dans une patrie ravagée par les guerres, sur un sol à jamais assoiffé de sang, là où les hommes se battent au quotidien dans un corps-à-corps mortel contre les ravages des armes. J'ai grandi pour réaliser que la paix est un luxe, alors qu'elle se doit d'être un droit. Que la paix est un rêve. Que la paix est une utopie. Qu'elle est un monde à part, inexistant, des promesses vides, des paroles dont l'écho résonne sans pourtant atteindre un lieu de repos.
J'ai grandi pour réaliser que les humains brandissent des drapeaux de nations, des drapeaux ternis de sang innocent, mais pas le drapeau de l'amour, ni celui de la fraternité ni celui du pardon. Il y a toujours un espace pour la rancune, mais jamais suffisamment de place pour pardonner. Pour avoir des bras ouverts. Pour sourire à l'autre. Pour lui faire du bien. Et le pire, c'est que l'enfant en moi refuse d'accepter cette réalité amère. Mon monde est beau, mon monde est calme. Mon monde est sécurité, mon monde est bonheur. Quel enfant con. Quel enfant con ! Qui sourit comme un débile. T'es con.
Mais dans mon monde, je veux sourire, je veux vivre, je veux revendiquer ce qui est mien – je veux sourire. Nous méritons de sourire. Nous méritons de nous réveiller sans ces décharges d'adrénaline que pompe notre sang en choc dans nos cœurs. Nous méritons de respirer. Nous méritons de nous abattre sur le sable et pousser des soupirs de satisfaction. Nous méritons de pleurer. Nous méritons d'en finir. Nous méritons de vivre comme des enfants, de rêver comme des enfants, de rire comme des enfants, plutôt que d'être endurcis comme des adultes. C'est ça, mon monde. Et personne ne me le volera jamais. C'est ça, mon ancre. Et personne ne me l'arrachera jamais. Personne n'a le droit. T'es pas con.
Mais alors la paix, elle a pris ses ailes, elle a pris son élan, et, étouffée, elle s'est élevée, elle a pris son envol, elle s'est envolée, la paix s'en est allée à jamais désormais se reposer sur les montagnes lointaines de l'oubli.
Nos lecteurs ont la parole - Rhéa Hleihel
Et j’ai pleuré la paix...
OLJ / le 08 décembre 2015 à 00h00

