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Moyen Orient et Monde

Dépendre des Kurdes contre l’EI, une stratégie payante mais risquée

Éclairage

Pour les experts, les Occidentaux doivent garder en tête l'avenir politique de l'Irak et de la Syrie, deux pays menacés d'éclatement.

OLJ
02/12/2015

La coalition internationale conduite par les États-Unis a fait des Kurdes syriens et irakiens ses principaux alliés pour combattre le groupe État islamique (EI), mais une trop forte dépendance à leur égard présente des risques, avertissent des experts.
Alors que les avions de la coalition multiplient les raids, ce sont les peshmergas de la région autonome du Kurdistan irakien et les forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) en Syrie qui combattent au sol les jihadistes. Leur présence est d'autant plus importante que les Occidentaux, États-Unis en tête, excluent d'envoyer des troupes terrestres.
En Irak, les États-Unis forment et équipent les forces kurdes de la région autonome qui cherchent à étendre leur territoire dans le Nord. Les États-Unis « ont misé sur les Kurdes irakiens, car ils sont leurs partenaires stratégiques depuis l'invasion de l'Irak en 2003 et sont, à leurs yeux, les plus fiables », explique Maria Fantappie, experte de l'Irak à l'International Crisis Group (ICG). La nécessité de soutenir les forces kurdes a également été affirmée par le Premier ministre français Manuel Valls dans les jours ayant suivi les attentats de Paris.

« Monnaies d'échange »
Mais, pour les experts, les Occidentaux devraient prendre garde à ne pas se focaliser sur les seules actions militaires contre l'EI sans se préoccuper de l'avenir politique de l'Irak et de la Syrie, deux pays menacés d'éclatement.
L'absence d'une prise en compte des aspirations indépendantistes kurdes encourage les peshmergas et les YPG à étendre toujours plus les territoires sous leur contrôle, leur offrant ainsi une monnaie d'échange pour de futures négociations.
Maria Fantappie y voit une des raisons pour lesquelles les YPG se préparent à agir au-delà des zones kurdes et à prendre part à une éventuelle offensive visant à libérer Raqqa. « Ils ont cette idée en tête, surtout les YPG qui font tout leur possible pour gagner une reconnaissance internationale », explique-t-elle.
En Irak, les forces loyales au président kurde Massoud Barzani ont reconquis le mois dernier la ville de Sinjar, fief de la minorité yazidie, qui était sous l'autorité de Bagdad avant de tomber aux mains de l'EI en 2014. M. Barzani « a de fait annoncé l'annexion de Sinjar à la région autonome du Kurdistan », souligne Patrick Martin, chercheur à l'Institute for the Study of War, basé à Washington. « Rien ne montre que les combattants kurdes sont disposés à rendre la zone au gouvernement fédéral irakien ».

« Déséquilibre »
Après Sinjar, l'un des prochains objectifs est la reprise de Mossoul des mains des jihadistes. Cette offensive devrait être lancée depuis le Kurdistan, avance Michael Knights, chercheur au Washington Institute. « Jusqu'à ce que l'EI soit délogé de Mossoul, les Kurdes resteront un allié-clé. Après cela, l'avenir s'annonce plus incertain », selon lui.
Cet expert estime que l'expansion kurde a atteint son pic et sera désormais limitée par les autorités de Bagdad, qui reçoivent également de l'aide de la coalition pour combattre l'EI.
En Syrie, l'influence grandissante des Kurdes dans le Nord déplaît fortement à la Turquie voisine, qui considère les YPG comme une branche des rebelles turcs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
« En faisant des Kurdes leurs alliés stratégiques, ils (les pays occidentaux) ont créé une relation déséquilibrée entre eux et les autres communautés » vivant dans les mêmes régions, souligne Maria Fantappie. Elle cite ainsi le fait que, au sein de la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes, seuls les combattants kurdes ont un accès direct aux fonds et aux armes. « C'est dangereux », car « ce soutien militaire (...) peut intentionnellement redessiner les frontières de ces pays et ouvrir la voie à de futurs conflits et tensions entre les Kurdes et leurs voisins », prévient Maria Fantappie.

Jean-Marc MOJON
et W.G. DUNLOP/AFP

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET CE SERA LA NAISSANCE DU KURDISTAN... TANT CRAINTE SURTOUT PAR LA TURQUIE ET L'IRAN !

Pierre Hadjigeorgiou

Pourquoi s’inquiète-t-on donc de l’éclatement de l'Irak et de la Syrie? Les deux pays sont déjà parti en éclat et au mieux seront des états fédéraux. Sinon que chacun vive chez soi point a la ligne. Apres tant de massacres je vois mal comment tous ces gens pourrons encore vivre ensemble. Les haines dans cette partie du monde ne s'estompe pas et surtout ne s'oublie pas. Y a qu'a voir comment les Chiites et les Sunnites sont revenus a leurs ancestrales différents qui remonte a plus de 1500 années...! Ils ont en plus le culot de prétendre, les uns comme les autres, être tolérants... Essayez de vous imaginer s'ils ne l’étaient pas!

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