La couverture de l’ouvrage : « Kadiat Taghayor al-Manakh al-Aalami », ou « La cause du changement climatique mondial – Entre les échecs de Kyoto et les attentes de Paris ».
Quel est l'objectif de ce livre ?
J'ai écrit ce livre en prévision de la COP21 qui aura lieu à Paris (30 novembre-11 décembre), et qui devrait déboucher sur un nouvel accord mondial (NDLR : de réduction des gaz à effet de serre). Si la communauté internationale aspire à un nouvel accord, c'est en raison de l'échec des tentatives précédentes. Cet ouvrage est une rétrospective de tout le processus de négociations climatiques depuis le protocole de Kyoto (NDLR : signé en 1997, entré en vigueur en 2005 et qui le restera jusqu'en 2020, mais qui ne couvre qu'environ 15 % des émissions mondiales) jusqu'à l'accord attendu de Paris, afin de décrypter ce qui n'a pas marché jusque-là, et aider ceux qui réfléchissent actuellement sur le sujet. Il découle de mon propre suivi de ces négociations, depuis 1992.
Selon mes observations, le principal problème, qui reste d'actualité, est le manque de volonté des pays d'adopter des mesures de réduction significatives de leurs émissions en vue de lutter contre le changement climatique. Les pays industrialisés ne se montrent pas assez prêts à renoncer à leur modèle économique, alors que les pays émergents ne renoncent pas à leur rêve de réaliser ce même modèle chez eux. Entre ces deux volontés, je vois mal comment on pourrait conclure un accord réellement efficace pour la lutte contre le changement climatique. Et dans le cas où cela serait fait, il y a de fortes chances que cet accord ne soit pas mis en application avec une ampleur suffisante, comme c'était déjà le cas pour le protocole de Kyoto. À ce propos, les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre présentés par les pays dans le cadre de la préparation pour la COP21 représentent peu de choses par rapport à ce qui est requis pour combattre efficacement ce phénomène. En effet, l'importance d'un accord réside dans son caractère contraignant, dans les sanctions qu'il prévoit en cas de non-conformité des pays... Or, jusque-là, on a laissé à chaque pays la liberté de définir ses propres objectifs, ce qui n'est guère encourageant.
Pourquoi ce timing pour la publication d'un pareil ouvrage? Pourquoi ne pas avoir attendu les résultats du sommet de Paris, qui est imminent ?
Je reste convaincu que le monde n'est pas sérieux dans sa lutte contre le changement climatique, et que rien ne permet de dire qu'il le sera davantage cette fois-ci. Les données sur le changement climatique sont désormais bien connues, et les composantes d'une solution qui permettrait de sauver le monde le sont également. Il faudrait rien de moins qu'une modification profonde dans notre mode de vie, notamment des changements radicaux dans les politiques de transport, d'énergie... Il faudrait être convaincu de la nécessité de réduire notre consommation d'énergie dans l'absolu, pas seulement de remplacer l'énergie fossile par l'énergie renouvelable, qui est une partie de la solution.
Peut-on dire donc que la perspective de ce nouvel accord mondial vous laisse sceptique ?
J'étais déjà pessimiste, je le suis encore plus aujourd'hui. J'estimais que les principaux obstacles à un accord mondial, fort et contraignant, étaient de nature économique. Or la lutte contre le terrorisme s'impose comme une nouvelle priorité, et pourrait reléguer le combat sur le climat au second plan. Pourtant, je persiste à croire que l'extrémisme climatique sera bien plus dévastateur que l'extrémisme politique, religieux et idéologique.
*Cet ouvrage paraît en arabe aux éditions al-Farabi, il est édité conjointement avec le quotidien as-Safir

