Debout sous une tente, dans la Békaa, Sana' el-Absi extrait un préservatif de son emballage devant un groupe de réfugiées syriennes qui gloussent quand elle commence à expliquer son mode d'emploi, rapporte un reportage de l'AFP.
Certaines de ces femmes découvrent pour la première fois ce moyen contraceptif, dans le cadre d'un programme de planning familial qui leur est dispensé au Liban.
Même si l'usage de la contraception avait beaucoup progressé en Syrie dans les années 1990 – le taux global de fécondité s'établit à environ trois enfants par femme selon les derniers chiffres de l'Unicef–, le sujet reste sensible en raison de ses implications culturelle, religieuse et politique.
Au Liban, où l'arrivée de 1,1 million de réfugies syriens pèse sur les ressources de ce pays de quatre millions d'habitants, le planning familial peut être mal interprété et vu comme un moyen de juguler la croissance de cette population déplacée.
Âgée de 30 ans, Mme Absi, elle-même réfugiée syrienne, avance dans un mélange de prudence et d'assurance quand elle présente à 16 femmes les différents moyens contraceptifs sous une tente qui sert de salle de classe, dans le village de Taybeh.
Idées reçues
« Pourquoi riez-vous ? Il est juste comme un ballon, non ? » plaisante cette bénévole de Médecins sans frontières (MSF) en expliquant comment utiliser un préservatif. MSF offre des contraceptifs gratuits ainsi que des soins pré et postnatals.
« Beaucoup d'hommes refusent de l'utiliser sous prétexte qu'il tue les sensations lors des rapports sexuels, mais c'est purement psychologique », insiste-t-elle.
Psychologique ou pas, les femmes présentes sont convaincues que leurs maris n'accepteraient pas d'utiliser des préservatifs et sont intéressés par d'autres méthodes.
Mme Absi leur montre les différents types de pilules, l'injection contraceptive ou le dispositif intra-utérin (DIU), tout en tentant de briser certaines idées reçues.
« Des personnes viennent me voir et me disent que le DIU a coincé le pénis de leur mari, mais c'est impossible ! » assure-t-elle.
Mme Absi sait bien que le sujet est délicat du point de vue religieux et étaie ses propos avec des références à la religion mais en expliquant aussi le bien-fondé de la contraception sur le plan économique ou de la santé.
« Vous pouvez avoir dix enfants si vous voulez, mais vous devez espacer les naissances, dit-elle. Dans le Coran, ils parlent de l'allaitement d'un enfant pendant au moins deux ans, ce qui signifie : espacez les naissances. »
« Et nous sommes maintenant dans une situation où les choses sont différentes, et vous devez penser à la crise et ses conséquences », met-elle en garde.
Ces femmes et leurs familles vivent en effet dans des conditions difficiles depuis des années, certaines depuis le début des protestations antirégime en Syrie en mars 2011.
De nouvelles naissances compliqueraient davantage leur situation déjà précaire.
« Interdit »
« En Syrie, tout était facile, tout était bon marché, mais ici, nous devons compter sur l'aide qui ne vient plus », déplore Chamsa, 35 ans, mère de 11 enfants.
« Les gens disent qu'un nouveau-né est une bénédiction et que Dieu lui fournira les moyens de sa subsistance, mais la réalité est tout autre. C'est pourquoi la planification familiale est une nécessité », explique-t-elle.
Chamsa a opté pour la ligature des trompes après la naissance de son dernier enfant, il y a neuf mois.
Son mari y était opposé au début, mais a finalement accepté. « Il voulait plus de garçons dans la mesure où neuf de ses enfants étaient des filles. »
« Si la situation était bonne, j'aurais continué à avoir des enfants, mais dans ces circonstances, j'ai décidé d'arrêter », a ajouté Chamsa.
D'autres maris sont plus intransigeants.
« Mon mari dit que (la contraception) est interdite par la religion et que ce que Dieu donne est bon », affirme Huriah, une jeune femme de 27 ans, enceinte de son cinquième enfant.
Elle a quatre filles. « J'espère que j'aurai un garçon cette fois-ci et puis j'arrête », ajoute-t-elle. À côté d'elle, son mari lance : « Ne la croyez pas, elle veut au moins une douzaine d'enfants. »

