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Moyen Orient et Monde - Focus

Au Yémen, les humanitaires tirent la sonnette d’alarme

Le chef de mission de Médecins sans frontières, Hassan Boucenine, et la responsable de la communication du CICR, Rima Kamal, tous deux basés à Sanaa, font part de leur désarroi face à une situation de plus en plus ingérable.

Une rue dévastée de Taëz. Photo CICR

« En cinq mois (de guerre), le Yémen a été réduit à l'état de la Syrie après cinq ans. » Cette déclaration du directeur de la Croix-Rouge internationale (CICR) Peter Maurer, en août dernier, résume à elle seule la situation catastrophique dans laquelle le pays est plongé depuis que l'Arabie saoudite a pris la tête d'une coalition arabe dans le but de freiner l'avancée des rebelles houthis qui s'étaient rendus maîtres de Sanaa et d'une bonne partie du Yémen fin 2014. Cette déclaration met également en exergue le fait que l'opinion internationale a détourné son regard de ce pays de la péninsule Arabique, pour le diriger vers l'Irak ou la Syrie. Dans ce contexte alarmant, l'Onu devrait organiser dans les prochains jours des pourparlers de paix. Une paix urgente au vu des 5 000 morts, des 1 million et demi de déplacés, décomptés depuis mars dernier, et des villes entièrement ravagées.
Livrée à son sort, la population (sur)vit dans des conditions extrêmement violentes, où raids aériens sont quotidiens et affrontements de milices au sol d'une brutalité sans nom, et ce en dépit de toutes les trêves instaurées. Privés de tout, les Yéménites meurent dans l'indifférence générale, car même les hôpitaux et les centres de soins ne voient plus leur statut de « temples » garantis. Une centaine d'établissements ont été bombardés depuis le début de la campagne militaire par la coalition. Après le terrible drame de l'hôpital tenu par l'ONG française Médecins sans frontières (MSF) à Kunduz, en Afghanistan, (bombardé par erreur par l'aviation américaine), un autre hôpital de MSF dans la province de Saada au Yémen a subi le même sort, le 26 octobre dernier. « L'hôpital de Haydan était le seul hôpital encore en activité dans la région, il couvrait une population de près de 200 000 personnes. L'activité était importante. À la maternité que nous soutenions, 16 accouchements ont été réalisés durant la dernière semaine d'activité », confie la coordinatrice du projet, Myriam Czech, arrivée sur les lieux le lendemain du drame. Car même si « par miracle » aucune victime n'a été déplorée, au moins 200 000 personnes se retrouvent désormais privées d'accès à des soins médicaux vitaux.


(Lire aussi : Opérations militaires : entre stagnation de l'armée et montée des périls jihadistes)

 

Coordonnées GPS
« Nous avons été surpris », confie le chef de mission MSF au Yémen, Hassan Boucenine. C'est la première fois qu'un hôpital de l'ONG est pris pour cible par les raids de la coalition. Pourtant, l'organisation a établi un protocole sécuritaire strict dès le début du conflit. « Tous nos hôpitaux, cliniques, centres de soins, ont été identifiés par des coordonnées GPS, vérifiées à maintes reprises et envoyées par tous les moyens imaginables chaque semaine à Riyad ». La ville de Haydan, située à 65 km à l'ouest de Saada, ne semble pourtant pas avoir d'importance stratégique. Une attaque donc, qui aurait tous les attraits d'une bévue, à l'instar du précédent de Kunduz, clairement présenté comme une « erreur » de l'armée américaine. « On peut en effet parler de bavure », confirme Hassan Boucenine. Le chef de mission ajoute qu'une « clarification » a été demandée à la coalition, tout en reconnaissant que « sur une dizaine de milliers de frappes aériennes, la communication avec la coalition fonctionnait, et qu'elle nous a facilité nos conditions de travail ».
Pour l'heure, il est urgent de garantir la sécurité des équipes et du personnel soignant de l'ONG : « On ne peut plus continuer de demander aux médecins, infirmiers, anesthésistes de se rendre dans les hôpitaux, sans leur assurer qu'il ne s'y passera rien de tel », poursuit le chef de mission. Le gouvernorat de Saada, proche de la frontière saoudienne, est pilonné quotidiennement. Difficile, dans ces conditions, de se déplacer, d'envoyer du personnel soignant et des médicaments. Selon l'humanitaire, cette région est désormais « méconnaissable ». Les villages sont désertés et les habitants n'ont d'autre choix que de se réfugier « dans des grottes creusées dans les montagnes autour », témoigne Myriam Czech. « Ils ont tout juste assez de place pour s'asseoir. Ils ne peuvent même pas s'allonger pour dormir. Ils ne sortent que pour aller chercher de quoi manger et mettent des pierres pour boucher l'ouverture de la grotte. »

 

(Lire aussi : Engagées au Yémen, les monarchies du Golfe sont moins actives contre l'EI, selon un haut gradé US)

 

Ravitaillement impossible
À 500 km plus au sud, changement de décor, mais pas de situation. Pour Rima Kamal, responsable de la communication du CICR, Taëz est la ville la plus affectée par la guerre. Car la bataille se joue aussi bien sur terre que dans le ciel. Le CICR apporte son soutien à 45 hôpitaux sur tout le territoire. Le 8 novembre dernier, l'hôpital el-Thawra, l'un des principaux établissements médicaux à Taëz, a, lui aussi, été bombardé à plusieurs reprises. Si le communiqué de l'ONG, publié deux jours plus tard, accuse indirectement la coalition en évoquant des « frappes aériennes », Rima Kamal désigne aujourd'hui les troupes au sol comme responsables de « l'incident », sans expressément les nommer. Le temps, probablement, de démêler le vrai du faux dans ce chaos ambiant. « Mais il ne faut cesser de dire que toutes les parties sont équitablement responsables des souffrances de la population », ajoute-elle. La coalition tente de briser le siège de la troisième ville du pays, encerclée depuis des mois par les rebelles houthis. L'hôpital visé en début de semaine aurait subi un bombardement « à l'aveugle » des soldats au sol. « Aucune des parties ne respecte les infrastructures civiles ni les centres de soins. Cela fait deux mois que les services municipaux sont dans l'incapacité de livrer de l'eau », explique Rima Kamal. Alors que les hôpitaux sont contraints de fermer leurs portes, les humanitaires ne parviennent pas à en finir de la pénurie de médicaments et de matériel. « C'est inacceptable que cela prenne si longtemps pour négocier les permis permettant la fourniture de nos ravitaillements », s'offusque la responsable de la communication du CICR. Seule une livraison d'oxygène leur est parvenue, alors que d'autres secours médicaux sont retenus depuis deux mois.
Du nord au sud, l'étau se resserre sur la population yéménite assiégée, bombardée, martyrisée et privée de tout, dans l'indifférence générale.

 

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