La crise présidentielle a-t-elle une cause constitutionnelle ?
A-t-elle un motif communautaire, généré par la non-participation chrétienne ? Ou bien est-elle due à une dualité régionale ? Cette énigme du pouvoir est-elle d'origine historique, enracinée depuis la principauté des émirs, la « moutassarrifiya » du Mont-Liban, la proclamation du Petit Liban, la formation du Grand Liban, jusqu'à la déclaration de la République libanaise ?
Depuis des décennies, une entité indépendante a été créée pour protéger la communauté maronite, donner un statut aux chrétiens du Liban et un refuge aux autres minorités. Au fil des ans, l'État libanais a préservé ce cachet particulier grâce à un consensus conventionnel de prédominance chrétienne et avec le partenariat réel des communautés musulmanes. La nomination de l'émir ou l'élection du chef de l'État était la conséquence d'un compromis international et le résultat d'interventions étrangères, bien plus qu'une volonté nationale ou une décision populaire.
En 1943, avec la proclamation de la République, un pacte national de compromis communautaire a régi le pays, qui a connu une stabilité et une prospérité remarquables jusqu'en 1948, date à laquelle la diaspora palestinienne, qui s'est dirigée vers le Liban, a changé les règles du jeu dans tout le Moyen-Orient. La sécurité locale a été ébranlée et les guerres civiles se sont succédé, induites par la présence palestinienne incontrôlable et aggravées par les invasions israéliennes désastreuses de 1978 et 1982.
En 1989, l'accord de Taëf, ratifié dans le but de mettre fin à la guerre civile, a sapé les bases de l'entité traditionnelle de ce patrimoine communautaire en éliminant les prérogatives données au président de la République, chrétien, en faveur de l'institution du Conseil des ministres. Le clan chrétien envisagea la gravité de ce changement majeur avec des divergences de vue, allant du refus total à l'approbation conditionnée. L'application partielle de la Constitution de Taëf trouva son chemin sous le patronage du régime syrien qui géra le pays selon ses intérêts. Il imposa ainsi un équilibre précaire du pouvoir exécutif, entre la présidence de la République et la présidence du gouvernement, aux dépens des institutions nationales. Pour la première fois, la participation chrétienne dans la direction du pouvoir était presque dérisoire, les principaux dirigeants politiques chrétiens étant mis à l'écart ou forcés à l'exil à l'étranger.
En 2005, le retrait militaire syrien du territoire ayant mis fin à une ingérence étrangère directe dans la vie politique nationale, les Libanais ont pensé retrouver leur souveraineté et leur liberté. Les chrétiens ont espéré regagner leur participation traditionnelle dans la direction du pays. Mais leur déception n'a pas tardé à se révéler puisque les élections parlementaires de 2005 n'ont pas permis d'établir une réconciliation solide entre les communautés nationales. Au contraire, les électeurs se sont trouvés face à la formation d'une coalition pragmatique à dominance musulmane, associée à une faible représentation chrétienne. La coalition échoua à récolter les deux tiers du quorum au Parlement, le niveau requis pour imposer une volonté absolue au détriment d'une majorité parlementaire chrétienne opposante. Celle-ci chercha à imposer le partenariat chrétien, mais elle ne put être efficace ni dans son opposition ni dans sa participation au pouvoir.
Après l'agression israélienne de 2006, l'élection en 2007 d'un président de la République se compliqua, et une intervention étrangère s'avéra nécessaire. En mai 2008, une réunion à Doha, au Qatar, élabora un compromis afin d'élire le commandant en chef de l'armée au siège de la présidence. La crise du régime en Syrie en 2011, l'invasion de l'Irak par l'État Islamique en 2014 et la guerre du Yémen : tous ces évènements tragiques régionaux qui se sont succédé ont pesé de leur poids sur l'équilibre politique précaire du pouvoir au Liban.
En 2014, l'élection d'un nouveau président de la république est devenue une procédure plus complexe encore, influencée par la divergence des intérêts régionaux saoudiens et iraniens, par la dégradation de l'influence occidentale sur la scène libanaise, par la dualité des aspirations des chefs de la communauté maronite et par l'absence d'une autorité chrétienne décisive capable d'imposer un compromis.
Le 22 novembre 2015, le pays du Cèdre fêtera son indépendance en réalisant avec tristesse qu'après deux ans de vacance, le siège du président est toujours béant et que l'élection présidentielle est condamnée à être ajournée dans l'attente d'une amélioration des conditions des conflits locaux, régionaux et internationaux. Ce retard contribue à amoindrir l'importance de la présidence de la République, qui est pourtant si nécessaire pour l'équilibre du pouvoir, car le président représente tous les Libanais. Il est le garant de la Constitution, de même qu'il est le symbole de l'unité du pays.
Au moment de cette dure crise régionale, il est nécessaire de sonner le tocsin,p afin de réveiller la conscience des responsables Libanais, et surtout celle des dirigeants chrétiens. Le devoir de chaque citoyen sincère est d'envoyer un appel urgent au Parlement libanais afin qu'il trouve enfin une issue pour sauver la République.
Salim KALLAS
Général


La France soutient un cessez-le-feu, se « tient à disposition », déclare Macron
"L'application partielle de Taëf trouva son chemin sous le patronage du régime syrien qui a envahi le pays. Il imposa ainsi un équilibre précaire selon ses « propres » intérêts. La participation chrétienne au pouvoir était dérisoire, les principaux dirigeants chrétiens étant mis à l'écart, EMPRISONNÉS (Geagea), ou forcés à l'exil. En 05, le retrait syrien ayant mis fin à une invasion, les Libanais ont alors pensé retrouver leur souveraineté. Les chrétiens ont espéré regagner leur participation dans la direction du pays. Mais leur déception n'a pas tardé à se révéler puisqu' ils se sont trouvés face à la formation de coalitions pragmatiques à dominance musulmane, associées à une faible représentation chrétienne. Celle-ci chercha à imposer le partenariat chrétien, mais elle ne put être efficace ni dans son opposition ni même dans sa participation au pouvoir du fait même de sa division entre ces « pragmatiques et musulmanes » coalitions ! La « victoire divine », n’est-ce pas, de 06 sur Äsraël, (Ah ! Si l’haSSine l’avait prévu, mahééék) ; les massacres du régime bääSSyrien depuis 011 contre la population civile ; l'invasion de l'Irak par les Américains et la « COLLABORATION » des Irakiens entre autres Kurdes et Chïïtes qui boosta en effet « l'État Islamique » en 014, et la rébellion houthie chïïte au Yémen contre le pouvoir ont pesé de leur poids sur l'équilibre politique précaire du pouvoir au Grand-Liban." !
15 h 09, le 10 novembre 2015