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Campus - À Vous Le Parole

C’est ainsi que j’ai ressenti pour la première fois le poids de ma responsabilité...

Hanna Fahed, étudiant en 7e année de médecine générale à l’USJ.

Je n'ai pas encore obtenu le titre de docteur en médecine, 7akim à la libanaise. Mais à quoi bon le rappeler à chaque fois qu'on s'adresse à moi en m'appelant docteur ?
Depuis l'annonce du résultat du concours d'entrée à la faculté de médecine, l'appellation s'est introduite dans ma vie. Utilisée d'abord uniquement par ma famille nucléaire, avec une intonation mi-amusée, mi-fière, elle fut adoptée progressivement par les oncles, les cousins et les copains.
Certains la prononçaient avec fierté, d'autres avec jalousie. D'aucuns étaient vraiment ravis de me voir devenir le médecin de la famille, 7akim el-3aylé ; d'autres sous-entendaient, comme un pacte secret, une garantie de gratuité des soins s'ils adoptaient cette appellation assez tôt. Petit à petit, des membres oubliés de la famille ont renoué les liens avec mes parents, commencé à nous rendre visite et fait en sorte de ne manquer aucune occasion sans au moins nous contacter. Après tout, ils ont engendré un médecin !
C'est ainsi qu'au fur et à mesure que j'avançais sur le chemin de la médecine, ma réaction à ce surnom changeait. Mon obstination à le décliner avec un « haha, c'est encore tôt » s'est vue remplacer par un « merci », puis par un simple sourire.
À quoi bon refuser ce dont tout le monde semble persuadé ? Tout le monde, sauf moi-même.
Le 1e juillet 2014, je commence mon internat à l'Hôtel-Dieu de France (HDF). Je panique un peu : suis-je assez prêt ? Ai-je suffisamment de connaissances pour affronter mon nouveau territoire ?
À la fin de ma première journée à l'hôpital, je rentre à ma maison de campagne. Et là, je découvre que le bruit court déjà dans le village : « Le fils d'Élias et de Wafaa est médecin à l'HDF. » Si être admis dans une faculté de médecine vous accorde automatiquement le titre de docteur, intégrer un hôpital vous le certifie ! Je ne suis plus le médecin de la famille, 7akim el-3aylé, mais le médecin du village, 7akim el-day3a. À quoi bon s'y opposer, quand je ne sais même pas traduire « interne » en arabe ?
Pourquoi je raconte tout cela ? Eh bien, voilà : lorsqu'il s'agit d'un interne en médecine, la définition, la vision et les attentes changent selon la perspective de l'observateur. Quand sa famille estime le peu qu'il effectue grandiose et que ses maîtres considèrent le peu qu'il effectue jamais assez, comment lui se perçoit-il ?

C'est ma première garde qui m'a donné la réponse
La nuit, lorsque presque tous les autres membres du corps médical se reposent, je suis là, à l'hôpital. Je vois les lumières éteintes, le hall désert, les ascenseurs au repos et... les malades. À n'importe quelle plainte de leur part, c'est à moi d'agir, dans un spectre limité, certes, mais j'ai le droit et le devoir d'agir.
C'est ainsi que j'ai ressenti pour la première fois le poids de ma responsabilité. Si je ne suis pas encore à la hauteur des attentes, si je n'ai pas encore acquis les connaissances requises, je m'y acharnerai pour y arriver. Parce que je ne le fais plus pour compléter mon éducation, ni pour rendre ma famille fière, ni pour impressionner mon village. Je le fais dorénavant pour des êtres humains qui placent leur vie entre mes mains.
Aujourd'hui, après des mois à l'HDF, ma réponse est la suivante : Non, je ne suis pas là pour les photocopies et les ECGs (électrocardiogrammes). Non, je ne suis pas là pour apprendre les doses de chimiothérapie ou pour décider d'une amputation.
Je suis là pour apprendre la prise en charge d'un être humain qui a besoin de soins prodigués par un corps médical auquel j'appartiens. Certes, je ne suis qu'un doigt dans ce corps, mais je ne suis pas son appendice. On a besoin de moi.
En conclusion, je ne veux pas qu'on m'appelle 7akim quand je ne le suis qu'à moitié, noss 7akim. Mais le jour où j'obtiendrai mon diplôme, je voudrais le mériter pleinement, pour qu'à chaque fois qu'on m'appellera ainsi, dans mon for intérieur, une voix puisse crier : « Eh, 7akim w noss. »

Je n'ai pas encore obtenu le titre de docteur en médecine, 7akim à la libanaise. Mais à quoi bon le rappeler à chaque fois qu'on s'adresse à moi en m'appelant docteur ?Depuis l'annonce du résultat du concours d'entrée à la faculté de médecine, l'appellation s'est introduite dans ma vie. Utilisée d'abord uniquement par ma famille nucléaire, avec une intonation mi-amusée, mi-fière, elle fut adoptée progressivement par les oncles, les cousins et les copains.Certains la prononçaient avec fierté, d'autres avec jalousie. D'aucuns étaient vraiment ravis de me voir devenir le médecin de la famille, 7akim el-3aylé ; d'autres sous-entendaient, comme un pacte secret, une garantie de gratuité des soins s'ils adoptaient cette appellation assez tôt. Petit à petit, des membres oubliés de la famille ont renoué les liens avec mes...
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