Si l'est bien un phénomène qui agite à l'heure actuelle nos sociétés où qu'elles soient, n'est-ce-pas celui de la recherche d'une nouvelle identité transcendante ? Après avoir joui d'une ouverture sans précédent des flux, tant spirituels que corporels, qui se matérialisa par la propagation de toute idée, de tout bien et service, grâce entre autres à Internet, qui sut briser les différences culturelles et spatio-temporelles en rendant absolument tout disponible instantanément, on souffre désormais de la standardisation de l'homme. Ce mouvement qui a succédé à la Seconde Guerre mondiale dans le monde dit libre et s'est étendu aux pays de l'ex-Union soviétique à partir des années 90 arrive aujourd'hui à bout de souffle. En Orient comme en Occident, la mondialisation nous montre le revers de sa médaille. Un malaise sociétal généralisé s'installe. Nous sommes désormais rentrés dans l'ère postmoderne. Si l'on cherchait l'origine métaphysique des guerres religieuses, intestines, ou civiles, qui nous guettent ou que nous vivons déjà, où que nous soyons, l'on trouverait le besoin de différenciation. Cette haine de la standardisation n'est rien d'autre qu'une revendication d'une certaine spécificité ou différence. Force est de constater que cette dernière se traduit souvent par une identité transcendante, un « nous » dans lequel l'individu s'éclipserait consciemment pour son propre salut.
La polémique française autour de l'assimilation de son immigration est une parfaite illustration de cette problématique. Le pays vit mal l'éclosion de cultures, de couleurs, de langues et de tendances diverses sur son sol. Ce qui dans l'ère moderne était homogénéité et douceur s'est violemment fragmenté dans l'ère postmoderne accouchant d'une hétérogénéité malsaine. L'identité nationale redevient un sujet d'actualité. Les minorités issues de l'immigration, tout comme la majorité autochtone, se recroquevillent et recherchent en puisant dans leurs passés – imaginaires ou réels – une conscience collective qui les différencie, qui les met en opposition avec l'autre. Ainsi l'on parle de « race blanche », de « judéo-christianisme » pour les uns, de « oumma », ou de « alyah » pour les autres. Sur le plan international, la montée de l'islamisme virulent, l'intransigeance criminelle des dictatures, la paupérisation et le déracinement de populations entières n'ont de cesse de scléroser les différenciations. La Russie revendique une spécificité, voire même une supériorité, slave, alors que les États-Unis peinent à se séparer de leur égocentrisme hégémonique. Les deux placent leurs pions sur les quatre coins du globe, excitant ainsi les identités transcendantes et mettant les États postcoloniaux en danger existentiel. Dans un tel contexte, il n'y a plus de place au multiculturalisme. Un État sera culturellement pur, à l'instar d'Israël ou de Daech, ou ne sera pas. Un phénomène de contagion transportant cet impératif au monde développé, et le malaise s'installe aisément.
D'où vient-il que l'homme ait besoin de se poser à nouveau la question identitaire au XXIe siècle ? Ne pensons-nous pas avoir enterré tout cela au siècle dernier ? Seuls les États prospères et dotés d'un forte moral tels que les États-Unis y échappent. Mais le problème est justement que désormais le monde répugne de ce système américain. Ceux qui veulent y échapper souffrent donc et se retournent vers un autre type de transcendance, la seule qui existe aujourd'hui après la chute du communisme, l'idéologie nationaliste-religieuse. Pourquoi est-ce la seule ? Parce que l'autre, celle qui aurait dû être là pour remplir le vide, n'est plus. Celle-ci est, bien entendu, la démocratie libre, égalitaire, juste et fière, fruit du rayonnement culturel des lumières. Mais elle a malheureusement perdu son éclat. La lumière s'est éteinte en sa source. Une nuit longue s'ensuit. Une nuit qui portera avec elle guerres, catastrophes et misères.
« La France n'est grande que lorsqu'elle l'est pour le monde », disait André
Malraux.

