Francesca Chaouqui, belle femme brune de 33 ans, est italienne d’origine marocaine. Sa présence active au Vatican n’était pas bien ressentie dans ce monde secret.
Francesca Chaouqui, consultante externe du Vatican, séduisante et indiscrète, a enfreint la règle du silence dans l'État le plus petit et secret du monde, ce qui lui a valu d'être arrêtée dans une affaire aux allures de nouveau « VatiLeaks ».
Libérée parce qu'elle avait accepté de collaborer avec la justice vaticane, cette belle femme de 33 ans, Italienne d'origine marocaine, a derrière elle un passé de consultante, ayant travaillé dans des cabinets d'audit et dans la communication. Elle est aussi proche d'un prêtre espagnol, Lucio Angel Vallejo Balda, membre d'une association de prêtres, la Société de la Sainte-Croix, unie à l'Opus Dei. Mme Chaouqui reconnaît qu'elle se sent proche de cette puissante prélature conservatrice, qui accorde une grande importance aux laïcs, à la sanctification par le travail et une communication moderne et efficace.
C'est Mgr Vallejo Balda, aujourd'hui détenu au Vatican, qui, en 2013, a proposé le nom de Mme Chaouqui, quand François a formé la commission de huit experts chargés de voir quels remèdes apporter au mauvais fonctionnement économique du Saint-Siège, la Cosea. Le mandat de la Cosea lui permettait d'enquêter partout, d'ouvrir placards et tiroirs dans toutes les administrations du petit État. Francesca Chaouqui en était la plus jeune membre et la seule femme. Très vite, sa présence active, relayée sur divers réseaux sociaux, n'était pas bien ressentie dans ce monde discret. Sandro Magister de l'hebdomadaire L'Espresso, vaticaniste très critique du pape François, révélait le premier ce malaise à l'été 2014.
Tweets controversés
Des photos un peu osées de la belle femme brune, dans les bras de son mari, avaient paru sur des réseaux sociaux. Mais ce sont surtout des tweets qui lui seront reprochés. Elle dément les avoir écrits pour la plupart et se dit diffamée. L'un de ces tweets controversés accusait le cardinal Tarcisio Bertone, alors secrétaire d'État de Benoît XVI, de corruption. Un autre affirmait que Benoît XVI aurait une leucémie. Tout cela en plein « VatiLeaks », alors que le majordome de Joseph Ratzinger, Paolo Gabriele, avait reconnu avoir livré à la presse italienne des documents secrets.
Le fait qu'elle ait connu Gianluigi Nuzzi, le journaliste du groupe Mediaset qui avait rassemblé ces documents dans son best-seller Sua Santita, n'a pas contribué à diminuer la méfiance à son égard. On parlait dès 2013-2014 d'un « corbeau femme » au Vatican, en estimant que Paolo Gabriele n'avait pu être responsable de toutes les fuites. Sans aucune preuve qu'il s'agisse de Mme Chaouqui. Elle est aussi accusée d'avoir organisé avec Mgr Vallejo Balda une réception luxueuse sur une terrasse proche du Vatican, en avril 2014, jour de la canonisation de Jean-Paul II. Dans les colonnes du quotidien La Stampa, Francesca Chaouqui a clamé hier son innocence en rejetant l'entière responsabilité des faits sur le religieux espagnol.
Une grande différence
Ce sont, semble-t-il, leurs deux témoignages conjugués sur des documents réservés de nature financière qui ont alimenté deux livres à paraître demain : Avarice d'Emiliano Fittipaldi, de l'hebdomadaire L'Espresso, et Via crucis de Gianluigi Nuzzi (voir par ailleurs). M. Nuzzi a affirmé que « ses sources » ont souhaité « aider le pape ». Cela « n'est absolument pas une façon d'aider la mission du pape, a rétorqué le Vatican lundi. Ces publications ne concourent en aucune façon à établir la clarté et la vérité, mais plutôt à générer la confusion et des interprétations partielles et tendancieuses ».
Le vaticaniste Marco Politi juge, de son côté, qu'il y « a une grande différence entre VatiLeaks-1 et VatiLeaks-2 ». VatiLeaks-1 révélait une lutte de pouvoirs alors que VatiLeaks-2 paraît un ensemble d'initiatives de personnes isolées, estime-t-il. « Ce sont des actions de mauvaise foi. Dans le passé, remarque le vaticaniste, un tel pouvait dire : ''Je vais dénoncer à l'extérieur parce que personne ne m'écoute à l'intérieur.'' Aujourd'hui, chacun sait que si quelqu'un va voir le pape pour dénoncer une illégalité, celui-ci l'écoute et intervient. »
Jean-Louis DE
LA VAISSIÈRE/AFP

