Des avancées majeures ont été réalisées contre la tuberculose depuis vingt-cinq ans, selon le dernier rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais la maladie fait encore 4 400 morts par jour en raison d'un manque d'accès aux soins.
La lutte contre cette infection, l'une des principales causes de mortalité sur la planète, a porté ses fruits avec un taux de mortalité annuel réduit de moitié depuis 1990, peut-on lire dans le document rendu public la semaine dernière à Washington. La majorité des progrès ont été enregistrés depuis 2000, année qui a marqué l'adoption à l'Onu des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Au total, les interventions médicales avec des outils diagnostics et des traitements efficaces ont permis de sauver 43 millions de vies depuis quinze ans, et l'incidence de la tuberculose a diminué de 18 % sur cette période, fait valoir l'OMS.
« Le rapport montre que la lutte antituberculeuse a eu un impact énorme en termes de vies sauvées et de guérisons », se félicite la Dr Margaret Chan, directrice générale de l'agence onusienne. « Ces progrès sont réconfortants, mais si le monde veut mettre fin à cette épidémie, il faut renforcer les services et, point crucial, investir dans la recherche », a-t-elle insisté.
L'objectif de l'Onu visant à maîtriser la tuberculose a été atteint dans seize des vingt-deux pays qui totalisent près de 80 % des cas.
Pour contrer la tuberculose, « il faut combler ces lacunes dans la détection et le traitement, ainsi que dans le financement qui reste insuffisant », selon les auteurs du rapport. Il faudrait également « développer de nouveaux médicaments, vaccins et outils diagnostics pour poursuivre les progrès », poursuivent-ils. Le rapport précise également que le nombre de nouveaux cas – 9,6 millions en 2014 – a été plus élevé que les années précédentes.
Action drastique
« Les progrès accomplis sont loin d'être suffisants », déplore de son côté le Dr Mario Raviglione, directeur du programme mondial de lutte contre la tuberculose à l'OMS. Il note que « l'infection fait encore 4 400 morts par jour, un chiffre inacceptable alors qu'on peut diagnostiquer et guérir quasiment tous les malades ».
Plus de la moitié des cas de tuberculose se sont déclarés en Chine, en Inde, en Indonésie, au Nigeria et au Pakistan. Et plus d'un tiers des cas (37,5 %) dans le monde n'ont pas été diagnostiqués ou signalés aux autorités sanitaires nationales en 2014, déplore l'OMS. Parmi les nouvelles infections, 3,3 % sont des tuberculoses multirésistantes aux traitements, un taux inchangé ces dernières années.
Le rapport précise que sur 1,5 million de morts de la tuberculose en 2014, 400 000 étaient également infectés par le VIH, le virus responsable du sida. Le nombre de personnes séropositives à qui on a administré un traitement préventif antituberculeux frôlait le million l'an dernier, soit 60 % de plus qu'en 2013.
Les lacunes en matière de détection et de traitement sont particulièrement préoccupantes pour les malades atteints de tuberculose multirésistante, qualifiée « de crise de santé publique » par l'OMS. Sur les 480 000 cas estimés en 2014, seulement un quart ont été diagnostiqués et signalés aux autorités sanitaires, et l'OMS estime à seulement 50 % le taux de guérison. La Chine, l'Inde et la Russie sont les trois pays comptant le plus grand nombre de ces tuberculoses multirésistantes. L'OMS a noté en outre une amélioration du nombre de personnes infectées par la tuberculose et le VIH qui prenaient des antirétroviraux. En 2014, 77 % d'entre eux étaient sous traitement.
Tous ces progrès se heurtent toutefois à « une insuffisance majeure de financement, l'une des principales raisons des lacunes dans le dépistage et le traitement », insiste le Dr Winnie Mpanju-Shumbusho, responsable à l'OMS de la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Ce déficit de fonds s'est chiffré à 1,4 milliard de dollars, sur les huit milliards jugés nécessaires pour espérer venir à bout de cette épidémie d'ici à 2030, objectif de 2016.
« La fin de l'épidémie de tuberculose fait désormais partie du programme des objectifs de développement durable », relève le Dr Eric Goosby, envoyé spécial de l'Onu pour la tuberculose. Mais selon la Dr Grania Brigden, une responsable de l'ONG Médecins sans frontières, « il y a encore un énorme travail pour réduire le fardeau de cette maladie ancienne mais curable ». Selon elle, « on perdra la bataille pour contrôler les tuberculoses multirésistantes sans une action drastique ».
Rappelons que la tuberculose est une maladie provoquée par le bacille tuberculeux, Mycobacterium tuberculosis, qui touche le plus souvent les poumons. Elle se propage par voie aérienne d'une personne présentant une tuberculose active à une personne saine. La maladie se manifeste notamment par une toux, une fièvre, des sueurs nocturnes et une perte de poids qui persistent au-delà de trois semaines.
Jean-Louis SANTINI/AFP


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