Un temps annoncé comme une cible des groupes Orange ou Altice, Telecom Italia fait désormais l'objet d'une lutte entre Vivendi et Xavier Niel, le fondateur d'Iliad (Free), mieux placés pour mettre la main sur l'un des opérateurs les plus attractifs d'Europe dans un contexte de consolidation au niveau continental.
Si, en Italie, l'opération lancée par M. Niel a pris de court tout le monde, l'intérêt pour l'opérateur ne surprend, en revanche, pas vraiment, dans la mesure où « Telecom Italia est la seule grande entreprise des télécoms en Europe qui soit approchable », rappelle Alessandro Pansa, professeur de finances à la Luiss Business School de Rome. « L'opérateur coûte aujourd'hui assez peu, et n'a pas d'actionnaires de poids, il est donc possible d'en prendre le contrôle de manière assez simple, et peut-être même sans trop dépenser. Et elle peut être attaquée, car l'Italie n'est pas à même de la défendre », estime M. Pansa.
Le gouvernement italien n'a toujours pas réagi et cet intérêt français pour l'opérateur historique ne semble pas susciter d'inquiétude particulière, contrairement à ce qui avait pu se produire lors de la tentative de rapprochement entre Air France et Alitalia ou EDF et Edison.
Reste à savoir quelles sont les intentions des potentiels intéressés. Pour beaucoup d'analystes, difficile pour l'heure de décrypter les véritables ambitions de Xavier Niel concernant l'opérateur italien.
Du côté de Vivendi, on n'a en revanche jamais caché la volonté d'inscrire la participation au capital de Telecom Italia dans une stratégie à long terme, avec une volonté de rapprochement du groupe recentré sur les médias et la production de contenus avec des opérateurs télécoms. « Nous construisons ces positions, non pas parce que nous voulons devenir un acteur des télécoms, mais parce que nous considérons que, dans les métiers qui sont les nôtres, l'accès à une distribution privilégiée et à une base de clientèle est un élément totalement essentiel », avait expliqué le président du directoire du groupe, Arnaud de Puyfontaine, lors d'une conférence au début du mois.
Dans une note prospective publiée début septembre, la banque Natixis envisageait même un rapprochement à moyen terme entre Vivendi avec Telecom Italia, Telefonica, Orange et le groupe de médias italien Mediaset, propriété de Silvio Berlusconi, en vue de créer un « groupe industriel mondial, champion français des médias et contenus ».
Mais une autre possibilité est également envisagé, « c'est que Vivendi prenne dans un premier temps le contrôle de Telecom Italia, le cède ensuite à Orange avec une plus-value à la clé qui lui permettrait de racheter Mediaset », explique un analyste français. Un grand projet que l'irruption de Xavier Niel pourrait venir contrecarrer, dans « un secteur qu'il connaît bien, où il a réussi quelque chose de remarquable en France. On oublie également qu'il est opérateur en Suisse, qu'il a racheté les télécoms à Monaco et qu'il a tenté de prendre le contrôle de T.Mobile aux États-Unis ! Il a de l'argent et il connaît le secteur », rappelle-t-on de même source.
Erwan LUCAS, avec Amélie HERENSTEIN à Milan/AFP


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