Depuis qu'il a été élu à la tête de Dar el-Fatwa, le mufti Abdellatif Deriane tente de mettre de l'ordre dans les affaires de la communauté, surtout après le chaos laissé par le conflit entre son prédécesseur, le mufti Rachid Kabbani, et le courant du Futur.
Le mufti Deriane, qui sait avoir été élu sur une volonté conjointe saoudienne et égyptienne, a voulu instaurer son emprise sur les quelque 450 cheikhs qui font partie de la grande famille de Dar el-Fatwa (il y aurait au total près de 2 000 cheikhs sunnites au Liban, mais tous ne relèvent pas de Dar el-Fatwa). Pour atteindre cet objectif, la priorité du mufti Deriane était donc d'affaiblir l'influence de son prédécesseur. Mais il a ainsi renforcé sa dépendance à l'égard du courant du Futur. Au début de la semaine, il a ainsi décidé de contraindre les 150 cheikhs inscrits à Dar el-Fatwa mais proches du 8 Mars, et donc du Hezbollah, à cesser toute activité politique en dehors du cadre de la hiérarchie religieuse, et surtout de s'engager à ne plus recevoir des aides financières de la part du 8 Mars. Selon des sources sur place, cette aide s'élèverait à 400 dollars par mois, sachant que le salaire mensuel d'un cheikh varie, selon son importance, entre 1 000 et 3 000 dollars. Les cheikhs ont donc signé des engagements officiels en ce sens à la direction générale des waqfs.
En principe, l'obligation de cesser tout lien avec des forces politiques devait aussi s'appliquer aux autres cheikhs de Dar el-Fatwa, dont une partie est proche de la Jamaa islamiya (Frères musulmans) et une autre des salafistes, alors que plus de la moitié sont inscrits en tant qu'indépendants. Un des cheikhs proches du Hezbollah, qui a signé une renonciation aux aides financières en provenance du 8 Mars, affirme que les cheikhs proches des salafistes, notamment ceux du Rassemblement des ulémas musulmans (qui fait une sérieuse concurrence à Dar el-Fatwa), n'ont pas été touchés par la mesure du mufti Deriane. Ce qui crée une sorte d'injustice, d'autant que les aides financières accordées par les Émirats arabes unis ne sont pas en train d'être distribuées équitablement. Cette mesure a d'ailleurs été stigmatisée par le cheikh Hachem Minkara, chef du conseil de commandement du Mouvement de l'unification islamique (Tripoli), qui a estimé que « l'arbitraire de cette décision est inacceptable ». Selon lui, on ne peut pas faire de Dar el-Fatwa « une officine reliée à un courant politique. C'est une institution officielle qui doit rassembler les musulmans sur la base des principes, non de se soucier d'intérêts étroits ».
Les difficultés financières que connaît actuellement Dar el-Fatwa se répercutent sur tous les départements et au niveau des régions. C'est ainsi que le mufti de Tripoli, le charismatique et respecté cheikh Malek Chaar, a pris ses distances sans faire de tapage avec le mufti Deriane et s'est rapproché, avec tous les cheikhs qui travaillent sous son aile, de l'ancien Premier ministre Nagib Mikati. Par contre, le conflit entre le mufti Deriane et le mufti du Mont-Liban, Mohammad Ali Jouzou, a éclaté au grand jour, et le cheikh Deriane aurait sollicité l'aide du mufti de Jbeil, le cheikh Ghassan Lakkis, pour réduire l'influence de Jouzou. Le mufti de Baalbeck, le cheikh Khaled el-Solh, s'est contenté, lui, de se rendre chez l'ancien Premier ministre qui, selon certains religieux, serait actuellement la personnalité la plus influente à Dar el-Fatwa pour lui faire part de la grogne qui monte contre le mufti Deriane à cause du manque de fonds.
C'est que pour couronner le tout, les Émirats arabes unis, qui versent une aide annuelle aux cheikhs inscrits à Dar el-Fatwa, auraient annoncé au cours de la dernière visite du mufti à Abou Dhabi leur décision de suspendre cette aide. L'émir Mansour ben Zayed, qui est en charge du dossier de Dar el-Fatwa, aurait ainsi déclaré qu'en raison des plaintes qui lui sont parvenues au sujet d'une distribution arbitraire des aides, il ne compte plus les accorder. Par contre, il serait prêt à financer un grand projet à condition qu'on lui apporte une étude sérieuse.
À peine de retour d'Abou Dhabi, le mufti et ses adjoints se sont employés à étudier toutes les possibilités de présenter à l'émir un projet convaincant. Le choix s'est fixé sur un grand terrain que possède Dar el-Fatwa à Verdun. L'ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri avait un jour proposé de l'utiliser pour construire un nouveau siège pour Dar el-Fatwa, un peu dans le genre de Bkerké pour le clergé maronite. L'idée avait été abandonnée à la mort de Rafic Hariri. Mais aujourd'hui, certains veulent la relancer. D'autres proposent de construire une université islamique et d'autres encore proposent d'édifier un centre commercial. Cette dernière idée aurait l'aval de l'ancien Premier ministre Fouad Siniora. Mais pour l'instant, aucune décision n'a encore été prise, parce que chaque groupe est attaché à son projet. Toutefois, les conflits internes ne sont plus confinés aux murs de Dar el-Fatwa, ils sont en train de filtrer à l'extérieur.
Chaque réunion du Conseil chérié de l'institution religieuse sunnite, qui regroupe 28 membres, se transforme ainsi en débat stérile en raison du mécontentement des cheikhs, privés de fonds importants et de l'animosité entre les différents courants. Et ces cheikhs expriment publiquement leur mécontentement. À l'heure où toute la région est en pleine tourmente et où plus que jamais le Liban a besoin de cohésion et d'unité, les divisions internes sont en train d'empêcher Dar el-Fatwa de jouer le rôle rassembleur que les Libanais attendent d'elle.
Liban - Décryptage
La grogne monte à Dar el-Fatwa
OLJ / Par Scarlett HADDAD, le 31 octobre 2015 à 00h00


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Rien a dire, TOUS les Cheikh / Imams et autres enturbannes sont des vendus....* Mars ou 14 Mars, c est du kif kif bourricot...
13 h 46, le 01 novembre 2015