Pays de haute tradition soyère, le Japon est aussi grand consommateur de mode aussi bien locale qu'occidentale. L'archipel est surtout, avec sa culture spécifique, une grande source d'inspiration pour la mode contemporaine. Pas une grande maison de mode qui n'ait ses « espions » et autres fixeurs en poste d'observation permanent à Tokyo, avec un œil sur le streetwear et un autre sur l'industrie textile. Mais si l'Europe a adopté avec passion des créateurs légendaires qui ont réussi à s'exporter, d'Issey Miyake à Yohji Yamamoto, en passant par Rei Kawakubo (Comme des Garçons) et le nouveau label Sacai qui fait un tabac, il semble que la couture japonaise a du mal à s'en sortir localement. Deux facteurs contribuent à cette difficulté : un travail à petite échelle dû à une forte baisse de la natalité et un mauvais encadrement juridique qui expose les marques au pillage et au copiage.
Depuis le 12 octobre et pendant six jours, plus de cinquante maisons de couture nippones ont présenté leurs collections dans le cadre de la Semaine de la mode japonaise. L'occasion d'offrir un podium à un art qui ne se déploie le plus souvent que dans la rue, véhiculé par des adolescents qui arborent les tenues et les coiffures les plus folles. Avec la Japan Fashion Week et son coup de projecteur sur les matières, le travail du jeans et le tissage artisanal de la soie, l'industrie de la mode japonaise s'offre une meilleure visibilité et affirme sa présence non seulement au monde mais à un public local dont on ne connaît que trop la passion pour les sigles occidentaux.

