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Liban - En Toute Liberté

La part de l’autre

« Je sais, j'ai vu. » Le Liban à l'agonie sous nos yeux n'est pas celui d'une communauté particulière, maronite, sunnite ou chiite. C'est celui de leur rencontre. C'est celui de la confiance qu'elles se font. La confiance qu'elles se sont faites un jour, la bonne volonté dont elles ont voulu faire preuve pour faire vivre ce rêve élevé qui s'appelle Liban. Bien sûr, dans le temps long d'une histoire qui s'est étalée sur plusieurs siècles, avec ses temps de gestation, ses chocs, ses faux pas.
Oui, quelque part, au long du chemin, la confiance s'est perdue. Les causes historiques en sont multiples, ce n'est pas elles qui sont en cause. S'il faut le dire, c'est parce que seule la confiance fédère les communautés et édifie une nation et que son absence les détruit du dedans.
Que les torts soient partagés dans cette perte de confiance, qui en doute? Mais on reste sensible à ceux qu'assument les maronites. Et dans ce cas précis, un maronite calculateur et rusé, obsédé par une soif de pouvoir qui l'empêche d'oublier sa propre personne, et par un jeu de rôles qu'il pense écrit pour lui par l'histoire, comme il fut écrit un jour pour d'autres grands hommes, comme Charles de Gaulle.
Hélas, ce n'est pas de Gaulle que l'on voit vivre devant nous, mais un redoutable orateur entouré de flatteurs et d'opportunistes, qui démantèle un peu plus tous les jours, non tellement les institutions qu'un Liban qu'il a fallu des siècles pour forger, le Liban de la convivialité, du vivre ensemble.
Dans la bouche de Nouhad Machnouk, l'autre soir à l'Unesco, les mots de reproche étaient clairs, et même cristallins : ce n'est pas « par bris et effraction » que l'on entre dans la « maison commune », que l'on rétablit une autorité que l'on croit perdue. Pas à coups de « je veux » et « il en sera ainsi », par en forçant la main de son partenaire, en l'humiliant, et en faisant monter le niveau de la méfiance et de la haine.
Rafic Hariri a été trop vite en besogne. Certainement. Il était plus facile de se construire un centre-ville rutilant et de le remplir d'émirs, une nouvelle cité sportive (plus laide que l'ancienne) ou un aéroport (sous-employé et triste), que de gagner la confiance du peuple libanais et de la défendre d'un ultralibéralisme qui s'accompagne partout dans le monde d'une « apocalypse sociale ». C'est ainsi, il n'en savait pas plus. Mais lui refuser le statut de frère, de compatriote et le qualifier de traître et de voleur à longueur de journée n'était pas, et n'est toujours pas la bonne réponse.
Les torts sont partagés, répétons-le. Mais avec une série inouïe d'assassinats, avons-nous voulu croire, une grande partie des torts avait été effacée. Les fautes ayant été lavées dans le sang, restaient les erreurs. Mais les erreurs, traditionnellement, sont corrigibles. Fallait-il s'acharner à noircir la mémoire d'un homme, jusque dans sa tombe, pour le faire ? Fallait-il systématiquement prendre le parti de ses assassins présumés, plutôt que le sien ? Nous voyons clair maintenant, si clair que, dégoûtés, nous ne voulons plus voir.

Cri de souffrance
Cri de douleur ou de souffrance, que celui lancé le même soir pas Marwan Hamadé réclamant lyriquement le retour au Liban de Saad Hariri, « réfugié politique » en Arabie saoudite. Cri de souffrance adressé à un chef menacé et absent, dont on voit les troupes se débander sous les coups d'une dynamique de radicalisation qu'il est mieux placé que d'autres pour redouter. Cri de douleur pour la crainte omniprésente d'un nouvel assassinat qui achèverait l'œuvre commencée.
Oui, nous le voyons bien et plus nettement aujourd'hui. Tout est à nu, tout est clair. Ces bourreaux qui nous gouvernent ne nous ont fait aucun tort personnel ; ils sont seulement en train de faire disparaître le Liban.
Dans un congrès consacré à la guerre civile, Joseph Abou Khalil, ancien rédacteur en chef du quotidien el-Amal, qui a cessé de paraître, désigne comme l'un des symptômes de la guerre civile qui a éclaté en 1975 l'absence de conscience chez les Kataëb de « la part de l'autre » dans la vérité. Et voilà que nous répétons cette erreur à tous les niveaux de notre vie nationale, pour avoir oublié de nous asseoir ensemble pour tirer les leçons de notre guerre. Il n'est jamais trop tard pour le faire. Il y a sur le même territoire deux Liban au moins qui se disputent pour vivre, et aucune place pour l'autre dans la vision de chacun d'eux.

Le lien social et la loi
Même les collectifs qui ont fait irruption sur la scène nationale, paraissent dépourvus de tout ersatz de tolérance et d'ouverture à la part de vérité de l'autre : c'est tout de suite blanc et noir, savoir chez l'un et ignorance chez l'autre, lucre et corruption, d'une part, austère intégrité, de l'autre, compétence chez les uns, totale incompétence chez les autres. Cette absence de nuance et de sens du compromis est l'une des causes de l'extrême rigueur que revêt la crise dans les esprits et parfois sur le terrain.
« Summum jus, summa injuria », dit le diction romain jamais démenti. Tout le monde doit se sentir concerné, aussi bien les activistes sans humour qui nous assènent leur morale que le procureur général du Tribunal militaire ou le ministre de l'Intérieur. Quand on joue excessivement au juste, on verse dans l'injustice. Au stade actuel de la vie nationale, c'est le lien social, déjà rudement mis à l'épreuve, qui doit prévaloir sur l'application rigoureuse de la loi, si l'on veut vraiment que le Liban sorte la tête haute de la vague d'intolérance qui submerge le pays et le Moyen-Orient, au risque de l'engloutir.

« Je sais, j'ai vu. » Le Liban à l'agonie sous nos yeux n'est pas celui d'une communauté particulière, maronite, sunnite ou chiite. C'est celui de leur rencontre. C'est celui de la confiance qu'elles se font. La confiance qu'elles se sont faites un jour, la bonne volonté dont elles ont voulu faire preuve pour faire vivre ce rêve élevé qui s'appelle Liban. Bien sûr, dans le temps long d'une histoire qui s'est étalée sur plusieurs siècles, avec ses temps de gestation, ses chocs, ses faux pas.Oui, quelque part, au long du chemin, la confiance s'est perdue. Les causes historiques en sont multiples, ce n'est pas elles qui sont en cause. S'il faut le dire, c'est parce que seule la confiance fédère les communautés et édifie une nation et que son absence les détruit du dedans.Que les torts soient partagés dans cette perte de...
commentaires (7)

article parfait, et merci d'avoir enlever au mot collectif le mot "civile" car tous leurs slogans sert les intérêts des destructeur du liban juste a se rappeler quel type de loi electorale il scandaient exactement pareil que les milices d'un autre coter le slogan:" solidere sale, gouvernement sale" ca aussi c'est debile est n'a strictement rien a voire avec se qui se passe en tt cas j'espere ke les collectifs ne verront ps un seul deputer !!

Bery tus

14 h 52, le 19 octobre 2015

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Commentaires (7)

  • article parfait, et merci d'avoir enlever au mot collectif le mot "civile" car tous leurs slogans sert les intérêts des destructeur du liban juste a se rappeler quel type de loi electorale il scandaient exactement pareil que les milices d'un autre coter le slogan:" solidere sale, gouvernement sale" ca aussi c'est debile est n'a strictement rien a voire avec se qui se passe en tt cas j'espere ke les collectifs ne verront ps un seul deputer !!

    Bery tus

    14 h 52, le 19 octobre 2015

  • une etude intelligente mais ou est la solution?

    LA VERITE

    13 h 38, le 19 octobre 2015

  • "Quand De Gaulle ne sera plus là, il sera là encore." François Mauriac en 1970 peu de temps avant la mort du Général. La preuve que Fady Noun, l'évoque aujourd'hui. Merci Fady Noun.

    Annie

    13 h 28, le 19 octobre 2015

  • Merci M.Noun pour cette excellente analyse! Dans un pays où le compromis politique et les intérêts personnels et partisans prennent règulièrement le dessus sur la Constitution et la Loi,"la part de l'autre"est souvent occultée, prise en otage et où même violée par la "force des baionnettes"...! Il faudrait espérer que les collectifs,nouveaux venus sur la scène politique interne, ne se laisseront pas déborder où saborder et sauront se hisser à un niveau national pour apporter une vision plus citoyenne de la gestion du service public et des institutions de la République...!

    Salim Dahdah

    12 h 05, le 19 octobre 2015

  • C'EST TROP DEMANDER À L'ABRUTISSEMENT DE TOUS LES SUIVISTES ! VOUS LEUR DEMANDEZ D'ÊTRE LIBANAIS. QU'EST-CE QUE çA VEUT DIRE SE DEMANDENT LES BAPTISÉS SYRIENS... IRANIENS... SAOUDITES... ET LA PANOPLIE DES NOMS EST BIEN LARGE... MAIS PAS LIBANAIS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 13, le 19 octobre 2015

  • Clairvoyant. Merci M. Fady Noun.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 36, le 19 octobre 2015

  • M Noun -vous le suggérez bien- le mal est dans des leaders malades et déséquilibrés qui ont pris la tête de la marche. Qui ne voient que leur nombril. Qui ne voient ni l'autre ni "la part de l'autre". Qui conduisent le Liban au naufrage final.

    Halim Abou Chacra

    04 h 34, le 19 octobre 2015

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