Un migrant serre contre lui un jeune garçon au moment de leur arrivée sur l’île grecque de Lesbos. Dimitar Dilkoff/AFP
À la veille des premiers transferts de réfugiés au sein de l'UE, les 28 États membres ont fait front commun hier sur le renvoi systématique des migrants économiques vers leurs pays d'origine, « l'autre face de la médaille » de leur politique d'asile. Ceux qui « n'ont pas besoin d'une protection internationale doivent retourner dans leurs pays d'origine », a résumé le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, maître d'œuvre d'une réunion des ministres de l'Intérieur dans le Grand-Duché.
Les Européens s'apprêtent à mettre en œuvre une mesure de solidarité qui les avait pourtant profondément divisés, en transférant vendredi matin 20 réfugiés érythréens d'Italie en Suède, les premiers sur 160 000 qui pourront bénéficier d'un programme de répartition inédit dans l'UE.
Mais il y a « l'autre face de la médaille », a souligné le commissaire européen à l'Immigration, Dimitris Avramopoulos, alors que les 28 ont promis hier de muscler leur « politique des retours » des clandestins, migrants économiques africains ou pakistanais venus chercher une vie meilleure sur le Vieux Continent. En 2014, seulement 39 % des migrants illégaux faisant l'objet d'une obligation de quitter l'UE ont réellement quitté le territoire européen.
« Nous pouvons accepter et soutenir les gens qui ont besoin d'une protection (les réfugiés) seulement si ceux qui n'en ont pas besoin ne viennent pas ou sont renvoyés rapidement », a estimé le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière.
« Ceux qui abusent »
« Il faut réprimer ceux qui abusent de notre système d'asile », a martelé de son côté la ministre de l'Intérieur britannique Theresa May.
Les ministres sont aussi convenus de recourir à « un mélange équilibré de pressions et d'incitations » vis-à-vis des pays tiers pour qu'ils facilitent davantage les retours au bercail de leurs ressortissants. Ce dossier sera au cœur du sommet prévu les 11 et 12 novembre à La Vallette (Malte), qui va réunir l'UE et des pays africains.
Les ministres ont par ailleurs réaffirmé leur volonté de reprendre d'urgence la maîtrise des frontières extérieures de l'UE, apparues comme perméables au point de conduire plusieurs États de l'espace Schengen à rétablir des contrôles à leurs frontières nationales. « Si on ne parvient pas à rendre plus efficace le contrôle des frontières extérieures, il y a un risque énorme que Schengen ne survive pas », a lancé M. Asselborn, qui se rend vendredi en Italie puis en Grèce avec M. Avramopoulos. Les deux dirigeants iront constater sur l'île de Lampedusa, puis à Athènes, l'avancée des hotspots, des centres d'accueil et d'enregistrement des migrants.
Mais le chancelier autrichien Werner Faymann a émis des doutes hier sur la possibilité qu'ils ouvrent comme prévu d'ici à fin novembre. « Il faudrait significativement plus de moyens et de personnel », a-t-il commenté. C'est à partir de ces centres que doit être opéré le premier « tri » entre les arrivants dont la vie n'est pas menacée dans leurs pays, et qui doivent donc être rapatriés, et ceux qui peuvent prétendre au statut de réfugiés.
Parmi ces derniers, Syriens, Irakiens et Érythréens arrivés en Italie et en Grèce pourront ensuite être envoyés dans d'autres pays de l'UE selon le plan de répartition de 160 000 réfugiés adopté en septembre.
Gardes-frontières européens
Pour sa part, le ministre français Bernard Cazeneuve a plaidé hier pour la mise en place à long terme d'un véritable « corps de gardes-frontières européens », qui pourrait être déployé sur la décision des autorités européennes dans les zones soumises à une forte pression migratoire. Ce projet, avancé par la Commission, ne fait pas l'unanimité. « Nous pensons que l'Europe est prête aujourd'hui pour un choix de ce type », a toutefois appuyé le ministre italien de l'Intérieur, Angelino Alfano.
Tous les États membres sont tombés d'accord pour renforcer l'agence européenne Frontex, chargée de la surveillance des frontières extérieures de l'UE. Frontex a appelé cette semaine les pays membres de l'UE à mettre à sa disposition 775 gardes-frontières supplémentaires pour « gérer la pression migratoire ». La réponse devra être donnée à l'occasion d'un nouveau sommet européen à Bruxelles, les 15-16 octobre.
Sur le terrain, la Macédoine faisait face, hier, à une nouvelle vague de migrants, avec 10 000 entrées en provenance de la Grèce au cours des dernières 24 heures. Enfin, près de 300 migrants qui s'apprêtaient à traverser la Méditerranée pour atteindre l'Europe ont été arrêtés en Libye.
(Source : AFP)

