Liban

L’offensive russe en Syrie au cœur des débats au Liban

Décryptage
07/10/2015

L'offensive russe en Syrie est aujourd'hui le principal sujet de conversation des milieux politiques et populaires libanais. Comme prévu, les interprétations et les pronostics diffèrent selon les affinités politiques. Mais il est certain que cette offensive a plus ou moins pris tout le monde de court. Ce n'est pourtant pas faute de l'avoir annoncée. Mais comme d'habitude, en matière de lecture politique, au Liban, les éléments affectifs restent les plus déterminants.

 

Le président russe avait donc à maintes reprises déclaré à ses interlocuteurs internationaux et dans la presse que la Syrie est un dossier stratégique pour son pays. Il n'est donc pas question pour lui de la laisser aux mains des extrémistes islamistes, alors que son pays est entouré d'une ceinture de républiques musulmanes. De même, la Russie a établi à Tartous sa seule base navale dans toute la Méditerranée et ne pouvait pas prendre le risque de la perdre. De plus, alors que la Russie avait accepté (elle n'avait pas d'autre choix) l'abrogation du Pacte de Varsovie en 1991, en misant sur le fait que les pays membres de l'Otan feraient de même, puisque l'Union soviétique n'existait plus, elle a découvert avec amertume que l'Otan a développé son influence, allant même jusqu'à frapper à sa propre porte, avec la Turquie au sud et la Pologne à l'est. Pour toutes ces raisons, et pour d'autres peut-être encore, le maintien en place du régime syrien était donc un enjeu stratégique pour la Russie, et ni les promesses financières du prince Bandar ben Sultan (qui s'était rendu à Moscou en 2013) ni les menaces d'autres dirigeants saoudiens en 2014 de mobiliser les extrémistes musulmans contre la Russie (2 500 Tchétchènes se battent en Syrie aux côtés des groupes extrémistes) ne pouvaient changer sa décision. Le déclic a eu lieu avec la chute de Jisr el-Choughour, qui menaçait directement la province de Lattaquié, et la ville d'Idleb, entre les mains des combattants jihadistes. Pour la Russie, il était donc temps d'agir. Le président Vladimir Poutine s'était donc entretenu dans ce but avec des dirigeants saoudiens, le président américain, et des chefs d'État européens et arabes pour lancer l'idée d'une grande coalition contre le terrorisme et ses différents groupes en Syrie. Les dirigeants occidentaux et arabes n'avaient pas pris au sérieux ce projet russe. M. Poutine a alors commencé à donner des signaux avant-coureurs en envoyant des armes sophistiquées à l'armée syrienne et en laissant les Syriens annoncer une contre-offensive pour reprendre Jisr el-Choughour et Idleb. Et finalement, les attaques aériennes russes ont commencé.


Au Liban, une fois le premier choc surmonté, l'alliance du 14 Mars, et plus particulièrement le courant du Futur, a commencé à annoncer une défaite imminente russe « dans les sables mouvants syriens », à l'instar de ce qui s'était passé en Afghanistan, ainsi que des conflits imminents entre la Russie, d'un côté, l'Iran et le Hezbollah, de l'autre, qui seraient désormais marginalisés en Syrie.


À ces prévisions, des sources diplomatiques du Brics (groupe des pays émergents rassemblés autour du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud) affirment que la situation en Syrie ne peut pas être comparée à celle de l'Afghanistan sous la tutelle soviétique. C'est pour lutter contre cette tutelle que les Américains, avec l'aide des services de renseignements pakistanais et saoudiens, avaient créé el-Qaëda. Or, aujourd'hui, el-Qaëda et ses semblables sont en place et c'est contre elles que les Russes lancent une offensive. De plus, cette offensive est totalement coordonnée avec les Iraniens (le général Qssem Suleimani a été reçu à deux reprises en juillet et en août à Moscou, alors que Mikhaïl Bogdanov s'est entretenu pendant plus de 5 heures avec le secrétaire général du Hezbollah à Beyrouth, il y a quelques semaines, et avec le Hezbollah, d'autant qu'une chambre d'opérations et de coordination commune a été installée à Bagdad.
Si, à un moment donné, les Russes ont craint un rapprochement entre l'Iran et les États-Unis à la faveur de la conclusion de l'accord nucléaire, ces craintes ont été dissipées depuis par les Iraniens, qui ont à maintes reprises affirmé que la méfiance entre eux et les Américains est grande et qu'il n'est pas question d'alliance entre les deux pays. En même temps, l'Iran a renforcé sa participation au groupe du Brics et à l'Organisation de coopération de Shanghai, dont il est un membre observateur. Selon les sources diplomatiques précitées, l'Iran aurait même pressé les Russes d'intervenir militairement en Syrie, estimant qu'il ne peut rien entreprendre avant l'officialisation et l'application de l'accord sur le nucléaire conclu avec la communauté internationale. Le secrétaire général du Hezbollah a aussi rappelé dans sa dernière apparition médiatique qu'il y a un véritable partenariat entre l'Iran, la Russie, la Syrie et l'Irak, et même le Hezbollah. Certains ont même parlé d'une nouveau groupe, celui des « 4 plus 1 », qui mènerait l'offensive contre le groupe État islamique et ses semblables en Syrie et probablement en Irak.


Les sources précitées affirment aussi que l'offensive aérienne doit forcément s'accompagner d'une attaque terrestre qui permettrait aux forces qui se battent sur le terrain de profiter des raids aériens pour remporter des victoires au sol. D'une part, il s'agira de reprendre Jisr el-Choughour et Idleb, mettant fin au rêve turc de créer une zone sous l'influence turque en territoire syrien, tout en préservant l'unité territoriale syrienne. Si l'offensive russe doublée de l'attaque terrestre réussit, elle signifiera la fin du plan américain de prolonger la guerre en Syrie jusqu'à l'épuisement de toutes les parties ainsi que celle du plan israélien de démembrement de la région. En tout cas, cette offensive a déjà montré le manque de sérieux de la coalition internationale formée par les États-Unis pour lutter contre l'EI. Reste à savoir quelle sera la réaction des Américains, des Turcs et des Saoudiens. Les sources diplomatiques du Brics précisent que Vladimir Poutine a justement choisi un moment précis où les Américains, les Saoudiens et les Turcs ne sont pas prêts à lancer une nouvelle guerre...

 

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LIBAN D'ABORD

On ne sait pas encore qui rira le dernier mais en attendant nous tous pleurons ainsi que le peuple syrien
SVP finissons cette guerre quelque soit le resultat
et revenons a une paix meme artificielle comme celle du Liban

Le Faucon Pèlerin

Les troupes syriennes de la dynastie des Assad ont envahi le 13/10/1990 le village de Bsous. Ils ont fusillé treize personnes dont un enfant en présence de leurs parents, vient de révéler Elie Mahfouz dans An-Nahar. Où était le "Protecteur des chrétiens" Michel Aoun à ce moment-là ?
Il était caché "quelque part" à l'Ambassade de France à Mar-Taqla !

Bery tus

j'ai affirme et je repete encore une fois pour les moutons suiveurs .. LA SYRIE D'AVANT (TEL QU'ON LA CONNAISSAIT N'EXISTE PLUS ET N'EXISTERA PLUS .. la seule syrie viable pour le president est le allaouitland .. OU EST LA RESISTENCE DANS TOUT CA QUAND UN PRESIDENT PERD 80% DE SON TERRITOIRE?

et voila qu'apres des altercations avec certains pays occidentaux ..POUTINE A DONNER ORDRE DE COORDONNE LEURS FRAPPES AVEC LES USA ET LES AUTRES...

pour finir ni la russie n'a intérêts d'emmerder l'occident ni les usa veulent une deflagration !!

svp publier !!!

Hitti arlette



On ne badine pas avec les russes chere scarlett .. C est du solide , du serieux .. La coalition , elle , lambine depuis de longues mois sans marquer pas meme une petite avancee sur les islamistes . Bien au contraire , les groupes terroristes indigenes soient- ils ou ceux venus des quatre coins du monde sans compter les non moins dangereux le groupe oeuvrant sous le label de l " opposition moderee " , continuaient a gagner du terrain .. Et c est la que la Russie a decide de prendre le taureau par ses deux cornes pour eradiquer la peste et le choléra .

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Et dire que cet aSSadiot imbécile et aSSadique, est enterré depuis bientôt cinq années dans son bunker au 40ème Sous-Sol comme l'autre "divin" Noirci d'ici ! Yâ hassirtîîîh !

Houri Ziad

Non franchement...vous croyez a ce que vous racontez .? ...ou c'est juste pour remplir des pages...

AIGLEPERçANT

Au moment ou je vous lis Scarlett , on nous annonce une offensive des armees de Bashar le heros appuye par le hezb resistant sous couverture de l'aviation Russe NPM .
Dans le but de nettoyer les bacteries envoyees par les occicons allies aux arabies desertiques, je pense que ce fait vous donne raison a 100% , la solution russe est en marche , les occicons sont empetres par leurs alliances contre nature et ne peuvent que jacasser comme le fait erdocon ou hollandouille .

La fin est proche pour ce complot depuis que natibaba est alle a Mouscou plaider sa cause aupres du nouvel Homme fort du monde modernE , il a reussit a obtenir un sursis.
hitler procedait de la meme facon par des blitzgrieg , mais la guerre est une affaire de longue haleine , les us au viet nam etaient rentres en fanfare et 9 ans plus tard sortis honteusement , les usurpateurs au Liban meme scenario , et en ce moment les victoires eclairs appuyees par des erdo Qatar ou ben saoude connaissent le meme sort .
Je demande aux huluberlus de garder encore un peu de larmes , pour la suite de ce que les bacteries vont prendre dans la gueule .
Pour un regime dit fini depuis pres de 5 ans ????
Y a de quoi pavoiser , les VAILLANTS RESISTANTS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AU LIBAN LES ELEMENTS AFFECTIFS RESTENT LES PLUS DETERMINANTS... DITES-VOUS TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... MAIS N,EST-CE PAS UN AVIS A SUIVRE EN DONNANT... DANS VOS ARTICLES... VOUS-MEME L,EXEMPLE ? BONNE JOURNEE.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Si l'offensive russe réussit, elle signifiera la fin du plan américain de prolonger la guerre en Syrie jusqu'à l'épuisement de toutes les parties ainsi que celle du plan israélien de démembrement de la région. Cette offensive a déjà montré le manque de sérieux des États-Unis pour lutter contre l'EI. Reste à savoir quelle sera la réaction des turcs, des Américains et des Saoudiens. Les (sources) précisent que Vladimir a justement choisi un moment précis où ceux-ci ne sont pas prêts à lancer une nouvelle guerre." ! Ainsi, mis à part que c'est un scénario digne à peine d'un film de série B interdit aux plus de 12 ans, touuut va très bien Mme. la Marquise !

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