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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Les pays arabes restent discrets sur l’intervention russe en Syrie

Seule l'Égypte est plus en phase avec la politique de Poutine, qui cherche à renflouer le camp du nationalisme autoritaire face aux islamistes.

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi à Sotchi, le 12 août 2014. RIA-Novosti/Kremlin Pool/Alexei Druzhinin/AFP

Les pays arabes se font discrets sur l'intervention russe en Syrie en raison de divergences sur le maintien de Bachar el-Assad et d'un certain manque de leadership, à l'exception de l'Égypte qui soutient ouvertement Moscou.
Depuis le début, mercredi dernier, des raids russes en Syrie, la Ligue arabe est restée muette. L'Arabie saoudite et le Qatar se sont contentés de cosigner un communiqué de sept pays de la coalition internationale antijihadistes appelant la Russie à cesser « immédiatement » de viser l'opposition syrienne non jihadiste et la population civile, et « concentrer ses efforts » contre le groupe État islamique (EI).
L'Égypte, pays arabe le plus peuplé et qui dispose de la principale armée de la région, a, elle, apporté son soutien à la Russie, dont l'intervention « aura un impact sur la lutte contre le terrorisme en Syrie et aidera à l'éliminer » selon le chef de la diplomatie égyptienne. Pour Le Caire, qui doit faire face à une insurrection jihadiste liée à l'EI dans le Sinaï (Est) et voit d'un œil inquiet la montée en puissance de l'EI chez son voisin libyen, la présence russe en Syrie sert la lutte antiterroriste dans toute la région. « Les frappes russes sont en conformité avec celles de la coalition (internationale antijihadistes) en Syrie et en Irak » dirigée par Washington, a aussi estimé Sameh Choukri, le ministre égyptien des Affaires étrangères, lors d'un entretien à la télévision saoudienne al-Arabiya. Ce soutien égyptien à l'intervention russe s'explique par le fait que son président Abdel Fattah al-Sissi s'est considérablement rapproché de Moscou depuis que l'allié américain a pris ses distances après la destitution en 2013 du président islamiste élu Mohammad Morsi et la répression implacable qui l'a suivie.
Pour H. A. Hellyer, un expert au Brooking Center for Middle East Policy, cette discrétion du monde arabe était « prévisible ». « La Russie sait que les pays arabes sont le dernier endroit du monde où elle peut s'attendre à une résistance à son action car aucun dirigeant arabe ne souhaite intervenir en Syrie comme le fait la Russie, explique-t-il. Moscou a donc le champ relativement libre pour y faire ce qu'il veut. »

Sissi en phase avec Poutine
Cette pusillanimité arabe se comprend également au moment où les États de la région sont divisés sur la marche à suivre en Syrie, selon des experts.
« Le Caire est en train d'adopter le point de vue de Moscou sur la Syrie, diamétralement opposé à celui de Riyad », souligne ainsi M. Hellyer. « Pour les Saoudiens, l'objectif stratégique reste le départ d'Assad, un objectif inconciliable avec les intérêts russes », explique Karim Bitar, spécialiste du monde arabe à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris. « Par contre, poursuit-il, l'Égypte de Sissi est plus en phase avec la politique de Vladimir Poutine, qui cherche à renflouer le camp du nationalisme autoritaire face aux mouvances islamistes », et donc, en Syrie, le camp d'Assad.
Mais même si l'Arabie saoudite souhaite ardemment la chute du régime de Damas, elle « ne sait plus quoi faire, ni comment », estime Yezid Sayegh du Carnegie Middle East Center, qui juge que Riyad « a atteint la limite » de son action en Syrie. « La politique étrangère de Riyad est très confuse », souligne encore cet analyste, comme le montre son implication actuelle au Yémen dont les résultats « ne sont pas très impressionnants ». « On ne comprend pas la pensée politique derrière cette intervention » de la coalition arabo-sunnite, menée depuis mars par les Saoudiens pour contrer l'avancée de rebelles chiites soutenus par l'Iran, leur grand rival régional.
Un avis partagé par M. Hellyer, qui constate que si certains pays arabes semblent vouloir reprendre aux États-Unis et la Russie le rôle de « leadership » régional, « le premier exemple, apparu à la faveur de l'intervention au Yémen, n'est pas du tout prometteur ».

Mona SALEM/AFP


Les pays arabes se font discrets sur l'intervention russe en Syrie en raison de divergences sur le maintien de Bachar el-Assad et d'un certain manque de leadership, à l'exception de l'Égypte qui soutient ouvertement Moscou.Depuis le début, mercredi dernier, des raids russes en Syrie, la Ligue arabe est restée muette. L'Arabie saoudite et le Qatar se sont contentés de cosigner un communiqué...

commentaires (3)

Évidemment qu'ils restent discrets. Ils ne sont pas cons, eux ! De cette façon, cette "intervention" russe s'enfoncera encore plus....

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

14 h 42, le 06 octobre 2015

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Commentaires (3)

  • Évidemment qu'ils restent discrets. Ils ne sont pas cons, eux ! De cette façon, cette "intervention" russe s'enfoncera encore plus....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    14 h 42, le 06 octobre 2015

  • QUE PEUVENT-ILS DIRE OU FAIRE... QUAND LEURS PROTECTEURS AUSSI ROUSPÈTENT TIMIDEMENT... OU... LA FERMENT ?

    ABOLIR LA CENSURE = REABONNEMENT ET SOUTIEN.

    13 h 38, le 06 octobre 2015

  • Selon le cyber-activiste saoudien, connu pour ses révélations, au sujet de la famille des Saoud, Salman vient de reporter, pour la seconde fois, sa visite, en Égypte. "Salman a voulu se rendre, à deux reprises, en Egypte, avant et après le mois du ramadan. Mais ces deux visites ont été annulées, officiellement, pour des raisons de santé. La réalité est tout autre. En effet, le roi Salman a peur d'être accusé de faiblesse, face au Président Sissi, qui continue à défier Riyad, à Gaza et en Syrie. L'Egypte a lancé une vaste campagne anti-saoudienne, via sa presse et ses institutions religieuses, ce qui ne facilite pas une visite du roi, au Caire". Sissi s'est, clairement, positionné, en faveur du maintien de l'intégrité de la Syrie et de l'armée syrienne.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 01, le 06 octobre 2015

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