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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Poutine sort de son isolement en se plaçant au centre du jeu syrien

« Poutine cherche à sortir de son isolement. Il a trouvé un prétexte génial : la lutte contre l’État islamique. » Alexei Nikolsky/RIA Novosti/Kremlin/Reuters

Quand Vladimir Poutine évoque fin juin l'idée d'une coalition élargie contre le « terrorisme » en Syrie, même le chef de la diplomatie syrienne est sceptique. Il faudrait un « grand miracle », lui répond Walid Moallem. Trois mois plus tard, le président russe a fait plus de la moitié du chemin.
Et même si sa proposition de coalition contre le groupe État islamique n'est pas encore acceptée, le chef de l'État russe, boudé depuis des mois par les Occidentaux en raison de son rôle dans la crise ukrainienne, s'est déjà replacé au centre du grand jeu diplomatique.

Le premier coup de poker
Quand le mouvement de contestation du pouvoir de Bachar el-Assad débute en mars 2011 en Syrie, le Kremlin est dès le départ aux côtés du président syrien Bachar el-Assad. Alliée depuis l'époque soviétique des Assad, père et fils, la Russie, qui a peu apprécié les contestations en Géorgie et Ukraine, voit d'un mauvais œil toute « révolution », qu'elle se déroule en Tunisie, en Égypte ou en Syrie.
Trois principes guident l'action du Kremlin : opposition à toute « révolution » ou intervention militaire pouvant mener à la désintégration des institutions et de l'État, comme en Irak et en Libye, mise en garde contre le péril « terroriste » islamiste et soutien indéfectible au régime « légitime » de Damas.
Pendant plus de deux ans, la position de la Russie est marginalisée. En juin 2012, une première conférence à Genève accouche néanmoins d'un communiqué qui prévoit un « gouvernement de transition ». Mais les grandes puissances achoppent sur le calendrier de départ de Bachar el-Assad.
Le 21 août 2013 survient une attaque à l'arme chimique en périphérie de Damas : 1 429 morts. Dans la foulée, Français, Britanniques et Américains envisagent des frappes pour « punir » Assad. Le président russe met alors en balance un plan de destruction des armes chimiques syriennes. Barack Obama se retranche derrière l'avis du Congrès et renonce. Bachar el-Assad échappe aux frappes et Vladimir Poutine apparaît comme un interlocuteur fiable.

Paria et isolé
Quand il ordonne fin février 2014 à ses commandos de prendre d'assaut le Parlement de Crimée, Vladimir Poutine franchit le Rubicon. L'annexion de cette péninsule ukrainienne, puis le déclenchement de la guerre dans l'est de l'Ukraine font du chef de l'État russe un paria, isolé, dont le pays ploie sous l'effet des sanctions occidentales.
Mais Moscou n'a pas abandonné tout espoir de peser dans le conflit syrien. Les groupes d'opposants syriens, en exil ou tolérés par Damas, se succèdent à Moscou, suivis par des représentants du régime syrien. Pendant ce temps, en Syrie, les groupes jihadistes prennent de plus en plus d'importance. L'un d'eux, le groupe État islamique, conquiert de larges pans du territoire. À Moscou, on y voit une confirmation de plus : sans Assad, la Syrie sera livrée aux « terroristes » islamistes.

Les pieds en Syrie, la tête à l'Onu
« Dès le départ, il est clair pour la Russie que mieux vaut un Kadhafi, un Assad voire un Saddam Hussein que l'État islamique », estime Alexeï Malachenko, du centre Carnegie.
Le 29 juin, le président russe reçoit à Moscou le chef de la diplomatie syrienne Walid Moallem et évoque son idée de coalition élargie aux pays de la région avec l'appui au sol des armées syrienne et irakienne.
Turquie, Jordanie, Arabie saoudite... « Tous nos contacts avec les pays de cette région montrent que lorsqu'il s'agit de combattre le soi-disant État islamique, chacun est prêt à combattre ce mal », plaide M. Poutine.
Le responsable syrien n'y croit pas trop, mais tout l'été, Sergueï Lavrov multiplie les consultations. Au même moment, les opinions publiques, notamment européennes, commencent à tourner face à l'afflux de combattants européens en Syrie et la crise des migrants.
Il ne s'agit pas seulement de peser dans le conflit syrien. « Poutine cherche à sortir de son isolement. Il a trouvé un prétexte génial : la lutte contre l'État islamique », alors que la situation n'a jamais été aussi calme sur le terrain en Ukraine, souligne M. Malachenko.
C'est à ce moment qu'un ballet de navires de guerre russes commence dans le détroit du Bosphore. Les Russes renforcent leur présence dans le port syrien de Tartous, mais surtout ils construisent une base aérienne près de Lattaquié, le fief pro-Assad du nord-ouest de la Syrie. Les satellites américains enregistrent une augmentation de l'activité militaire russe : chars, avions, hélicoptères, et jusqu'à 2 000 soldats selon la presse russe. Les livraisons d'armes à l'armée d'Assad s'intensifient. Et des responsables militaires russes, iraniens, irakiens et syriens se rencontrent à Bagdad.
La Russie a pris tout le monde de vitesse, les Américains en premier. À l'approche de l'Assemblée générale de l'Onu, Washington doit se rendre à l'évidence : il faut parler à Vladimir Poutine, devenu incontournable et peut-être se faire à l'idée que le départ d'Assad ne s'impose pas pour l'heure.

Karim TALBI et Olga ROTENBERG/AFP


Quand Vladimir Poutine évoque fin juin l'idée d'une coalition élargie contre le « terrorisme » en Syrie, même le chef de la diplomatie syrienne est sceptique. Il faudrait un « grand miracle », lui répond Walid Moallem. Trois mois plus tard, le président russe a fait plus de la moitié du chemin.Et même si sa proposition de coalition contre le groupe État islamique n'est pas...

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