Une lettre signée par plusieurs figures publiques, entre politiques, avocats et environnementalistes, a été adressée hier au bureau du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) à New York, pour demander « des éclaircissements, une enquête et des mesures adéquates portant sur le rôle du Pnud et de son équipe, notamment M. Edgar Chéhab, représentant adjoint et ancien directeur du programme de l'environnement du Pnud au Liban, dans la couverture de la corruption dans le domaine de la gestion des déchets au Liban ».
La lettre s'attarde sur les débats en Conseil des ministres en septembre et octobre 2010, lorsqu'ont été discutées deux options : soit la renégociation des conditions du contrat (avec Sukleen) pour une réduction des coûts et pour le renouvellement de ce contrat, soit le lancement d'un appel d'offres pour un mode opératoire totalement différent. La lettre considère que « M. Chéhab a, en ce temps-là, joué un rôle primordial dans la couverture et dans la justification de cette corruption, étant donné qu'en sa qualité d'expert du Pnud, il a fait une présentation devant le Conseil des ministres, le 1er septembre 2010, dans laquelle il parlait d'options pour la gestion des déchets municipaux, soulignant que dans l'Union européenne et aux États-Unis des mesures obligatoires ont été prises pour empêcher le tri des déchets et les opérations de traitement, et pour adopter les techniques de pyrolise (NDLR : gazéification, en d'autres termes une sorte d'incinération) ». La lettre souligne que la proposition a été adoptée malgré l'opposition d'un nombre de ministres, et que, étant donné qu'un tel plan ne pourrait être mis en place avant des années, « le contrat avec Averda (Sukleen et Sukomi) a été renouvelé pour quatre ans ».
La lettre évoque également le rôle de M. Chéhab et de son équipe dans la commission d'experts récemment formée pour trouver une solution à la crise des déchets, présidée par le ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb, et souligne les « contradictions » avec les solutions précédemment prônées par le même expert. Les signataires se basent sur ce qu'ils appellent « l'action de l'équipe du Pnud durant trois mandats successifs de ministres de l'Environnement, qui s'est avérée pleine de contradictions et marquée par une approche ayant des effets négatifs sur l'environnement », notant au passage « le recours systématique à une même compagnie pour une expertise extérieure », et soupçonnant l'équipe de « déformer, voire de contrefaire des preuves scientifiques ».
La lettre est signée par les anciens ministres Charbel Nahas et Yaacoub Sarraf, les avocats Bassel Abdallah et Nizar Saghieh, ainsi que par Ali Darwiche, président de Green Line, Hanna Gharib, président du Mouvement syndical indépendant, et Naji Kodeih, expert environnemental.
Prié de commenter l'affaire, Edgar Chéhab a rappelé qu'il est mandaté depuis des années par le Pnud, dont il est un employé, pour accomplir une mission de consultation auprès des autorités libanaises. Par conséquent, il a souligné qu'il ne considérait pas ces accusations comme portées contre lui personnellement et que « c'est à l'organisation de répondre à cette lettre, pas à lui, si tant est qu'elle souhaite le faire ».
Liban
Des accusations de « couverture de la corruption » dans une lettre au Pnud
OLJ / le 24 septembre 2015 à 00h00


LA CORRUPTION EST LA COUSINE GERMAINE DE L'ABRUTISSEMENT...
16 h 36, le 25 septembre 2015