Un pays habité par les démons ; tout y est complot ; les hommes politiques libanais d'hier et d'aujourd'hui sont les mêmes des « Grosjean comme devant ». Quatre millions de citoyens et deux millions de pauvres réfugiés subissent au quotidien, depuis des décennies, des humiliations inhumaines et déshonorantes. Ils sont privés d'une vie digne. Ras-le-bol. Si nos citoyens ont le malheur de rouspéter on crie au complot. Bien sûr, des fauteurs de trouble, des casseurs brutaux se sont infiltrés. Quoi qu'il en soit, je stigmatise vivement tout acte violent quels qu'en soient l'auteur, la raison et l'ampleur. Savez-vous le nombre de voitures brûlées et cassées lors des manifestations en France ? Plusieurs milliers ! Cela n'empêche pas les autorités d'écouter avec sérieux leurs doléances. Ici dans notre cher pays, dénoncer la corruption du pouvoir politique de la plus haute sphère de l'État à la plus petite fonction administrative du pays est un acte de lèse-majesté.
Le panorama politique, faut-il le rappeler pour les amnésiques volontaires ou les collaborateurs aveuglés du 8 et du 14 Mars, le voici dans toute sa splendeur : corruption insolente, spoliation de tous les droits légitimes, fraudes électorales, conflits d'intérêts, justice partisane, mandats législatifs présidentiels et administratifs antidémocratiques illégitimes, illégaux et autoprorogés, criminalité impunie, attentats, carnages, complots, règne du béton et des spéculations, dictatures familiales, des caciques des partis transformés en guignols face aux héritiers mutants consanguins. Encore pas d'eau ni électricité ; des déchets engloutissent notre quotidien avec une puanteur insupportable. Nous avons eu la faveur d'admirer, lors d'émissions télévisées, des ministres s'invectiver et s'accuser mutuellement de fraudes et de vols du trésor national. Encore plus amusant d'écouter le discours mea culpa d'un député qui affirme pudiquement et publiquement que la manière de faire des élus est choquante, inadmissible, mauvaise et entachée de vol des deniers publics et qu'on ne doit plus continuer comme ça. Génial !
La caste politique se blottit derrière une forteresse riche en argent, en armes, en combattants et soutenus par des religieux et des chancelleries. Un gâchis inutile ; tous ces moyens ne suffiront pas à la protéger de la colère du peuple ; une montagne de revendications inassouvies légitimes sortira de la boîte de Pandore et engloutira la scène politique dans d'interminables affrontements. Bien sûr, il faut éviter l'amalgame et la généralisation. Il me vient à l'esprit qu'il y a toujours dans cette bergerie quelques très rares âmes honnêtes parmi nos politiciens. Une aubaine et un petit îlot d'espérance !
Un siècle, 1920 à 2020, de perdu dans un pays où la classe dirigeante a échoué partout et sur tout. Un siècle d'incapacités, d'incompétences, de règne des mafias. Ça suffit ! Même les plus récalcitrants collaborateurs ne peuvent plus se taire sur la rapacité des leurs. Quel centenaire allons-nous célébrer ? Ce Liban-là n'est pas le mien ;
je le renie. Il n'est pas non plus celui de nos enfants du terroir ou de nos honorables émigrés. Le Liban de mes ancêtres était plus convivial, plus beau et plus serein.
À côté de cette face mafieuse le Liban est fier de ses élites locales et de celles de sa diaspora qui compte dans ses rangs d'éminents intellectuels. Un petit rappel pour le souvenir : Michael Debakey, cardiologue, honoré à la Maison-Blanche par cinq présidents, un des pères fondateurs de l'Amérique, Gibran Khalil Gibran, un immortel dont la pensée est enseignée dans les plus prestigieuses universités, une plaque commémorative orne une des plus belles places de Boston, Peter Medawar, prix Nobel de médecine, Fayrouz, Rahbani, Sabah, Wadih Safi, Shakira, Carlos Ghosn, Michael Néaimé, Michel Chiha, Charles Malek ; pour la première de notre histoire moderne l'Organisation des Nations unies a fait de la dignité humaine un préalable à tout programme. La valeur intellectuelle de nos élites locales et des émigrés contraste cruellement avec la nudité culturelle de l'écrasante majorité de nos leaders. Certains clans politiques lui refusent l'identité libanaise et la représentativité parlementaire au sein de l'Assemblée nationale.
Par ailleurs je constate avec joie qu'au cours des dernières décennies les organisations non gouvernementales et les mouvements sociaux ont foisonné et sont devenus agissants et performants ; diffusion d'idées novatrices, sensibilisation, mobilisation de l'opinion publique autour de nouveaux projets sociaux ;
rôle fondateur dans le renforcement de la démocratie, participation active dans les centres de décision. Dans un monde interactif, interdépendant et interconnecté il est difficile de définir avec précision les pôles d'influence qui nous gouvernent ; il est aussi certain que la gérance du monde n'est plus du seul ressort des gouvernements.
Que notre société civile soit bigarrée, hétéroclite, explosive, exaspérée, tenace et exposée aux velléités destructrices des vampires des mafias politiques rien n'est plus normal ; cela n'affecterait en rien son efficacité si elle reste libre ; Le Liban de demain, celui de nos ambitions, ne peut être construit que par une classe politique propre nettoyée de ses multifacettes adversités, une société civile indépendante, persévérante, pacifique, libérée du joug des politiciens et par une diaspora qui reconquerra ses droits politiques, économiques, et identitaires. Ensemble nous devons veiller à ce que notre Liban demeure le Liban, dont nous soyons fiers ; dans un monde si cruel, nous rêvons, oui, nous espérons, oui, que notre jeunesse cesse ses recherches d'un autre eldorado.
Dr Joseph KREIKER


QUE LA SOCIÉTÉ CIVILE SE FORME EN PARTI POLITIQUE ET DONNE LES NOMS DE SES LEADERS ET ANNONCE SON PROGRAMME... VOYONS LE NOMBRE DE LIBANAIS QUI VONT QUITTER LEURS ZAÏMS ET S'Y INSCRIRE PUIS JAUGEONS ! ET JUGEONS !
15 h 31, le 22 septembre 2015