Avons-nous jamais été aussi éloignés de la paix ? Au point de ne plus trouver un indice d'espoir, un début de solution, un sentier de sortie poindre à l'horizon ?
Nous traversons en effet une période sombre, chargée de nuages opaques et menaçants, où violence et misère inondent les écrans et empoisonnent notre quotidien. Le monde, en effet, n'a pas connu, depuis la Seconde Guerre mondiale, une époque aussi tourmentée, où des conflits armés simultanés touchent tant de pays et de peuples, entraînant destruction, désolation et déplacement de populations.
Oui, la paix semble si lointaine, irréelle, presque fantasmée.
Dans notre région, des foules se sont soulevées dans ce printemps arabe qui n'en finit plus de moissonner mort et désordre, parce que leur cri de liberté a été confisqué par le cynisme économique et le fanatisme religieux. Parce que leur combat a été dévié de son but par la désinformation et la manipulation pour servir des intérêts stratégiques, aux dépens de la valeur et du respect de la vie, qui est la substance et le principe même de la paix.
Nous assistons ainsi, impuissants, au déferlement d'une violence qui nous anéantit au point de nous voler toute initiative et nous laisser croire que rien ne peut être fait, tant la crise nous dépasse et nous submerge.
Cependant, au sein de l'Onu, créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour prévenir des conflits aussi ravageurs et tenter de trouver des solutions pacifiques aux problèmes du monde, des hommes et des femmes se réunissent et œuvrent inlassablement pour tenter de lutter contre la brutalité et l'immoralité qui rongent le monde et entraver la progression du mal qui détruit les hommes.
Nous pourrions penser que leur action est une utopie, mais ne faut-il pas commencer par croire en la paix pour la faire exister ?
C'est dans ce contexte et dans ce sens que la Journée internationale pour la paix a été instaurée en 1981 par l'Assemblée générale des Nations unies. Des réflexions et des efforts y sont investis depuis, pour promouvoir des politiques éclairées et visionnaires à travers des choix pertinents qui devraient occuper la priorité des agendas des nations, et revêtir une dimension humaniste et universelle.
Quelles sont ces recettes qui doivent dépasser les vœux pieux et qui, grâce à une volonté forte suivie d'une action concrète, produire le changement et mener à une paix durable dans le monde ?
Favoriser avant tout la culture et l'éducation, pour tendre des ponts entre les civilisations et découvrir l'autre. Pour lui offrir les mots qui lui permettront de s'exprimer et de se défendre au lieu de prendre les armes et répondre par la haine et la violence.
Cultiver la tolérance pour vivre ensemble et rassurer cette peur de l'autre ; pour comprendre qu'on se complète et se parfait au lieu de discriminer les croyances et les différences et imposer une pensée unique, stérile et stupide.
Tendre la main pour partager les richesses de notre pays et au-delà, celles de notre planète, dans le respect de l'environnement et la bonne gestion des ressources ; favoriser le développement économique des pays pauvres, en replaçant l'homme au centre des stratégies afin de calmer les flux migratoires et vivre des relations d'échange et d'épanouissement mutuel.
Combattre la corruption encore, qui génère des réseaux arachnéens où s'emmêlent les intérêts personnels au-delà de toute morale, et où le droit cède la place aux privilèges et produit la frustration et la colère, ferments des révolutions et du chaos. J'insiste particulièrement sur ce point, car le Liban vit aujourd'hui cette expérience douloureuse qui obscurcit l'horizon de sa jeunesse et la désespère.
Aspirer au principe de laïcité dans la gouvernance, pour défaire les communautarismes qui emprisonnent et séparent, et permettre l'épanouissement d'une vie spirituelle apaisée dans la sphère de l'intime et du privé.
Pour gagner la paix, il faut commencer par éteindre les guerres intérieures, celles qui naissent du désespoir, de l'injustice et de la peur. Il faut agir pour plus de fraternité et d'égalité dans notre pays et dans le monde. Car la paix, si elle doit être durable, devrait être non pas le but de nos choix et de nos actes, mais en être le résultat !
Pour la troisième année consécutive, le Liban participe à la Journée internationale pour la paix. Car dans notre région à feu et à sang, le Liban reste le seul exemple de coexistence possible entre les religions, de dialogue compréhensible entre l'Orient et l'Occident, de gardien convaincu des cultures et des patrimoines. Le Liban reste un exemple qu'il faut protéger et préserver, car il en va de la paix dans notre Moyen-Orient si complexe ; et au-delà, sans nul doute, de la paix dans le monde.
*Raymond Araiji est le ministre libanais de la Culture


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Le Liban est une terre promise qui se mérite....ceux qui la méritent pas sont dans l'obscurité loin très loin de la paix extérieure te intérieure..
21 h 12, le 21 septembre 2015