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Culture - Littérature

On se rêve tous plus ou moins Icare...

Jérôme Ferrari, auteur iconoclaste, au style éblouissant et abrasif, a livré son dernier roman, « Le principe » (Actes Sud,161 pages). Le mal toujours à l'œuvre dans ce monde. Par-delà le nazisme (ou le daechisme...), un thème d'une brûlante actualité.

À quarante-sept ans, pour son sixième roman, après le couronnement il y a deux ans et demi du Sermon sur la chute de Rome (prix Goncourt en 2012), Jérôme Ferrari tient toujours la barre de l'écriture et de la réflexion bien haute. Agrégé de philosophie, soucieux d'une phrase dense et bien ciselée, l'auteur d'Un Dieu, un animal lance aujourd'hui un livre court mais fulgurant, où un apprenti philosophe, à l'ombrelle du physicien allemand Werner Heisenberg (1901-1976) qui après avoir élaboré le célèbre «principe d'incertitude» a jeté les bases de la mécanique quantique (prix Nobel 1932), affronte la noirceur du monde.
En exemple de vie de son désenchantement, de son étonnement, de ses questionnements et de ses déceptions, il y a le parcours – révoltant il est vrai – de cet homme de science hors norme qui assista impuissant à la montée du nazisme et des dérives de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce mélange troublant de fiction et de document historique (étayé de recherches sérieuses et approfondies), la plume de Jérôme Ferrari se fait navette, alerte et incisive. Une plume qui brouille les époques et fait merveille non seulement pour la perception d'un environnement troublant qui souvent écrase et submerge, mais pour cerner l'incapacité des êtres à tout comprendre de l'univers. Et des nuages aux pluies mortifères et vitriolées qui les menacent constamment.
Dans la marche de désagrégation et de décomposition de toute société – aussi bien famille, idées et êtres –, la méditation de l'auteur de Où j'ai laissé mon âme a non seulement du brio, brasse de nombreux concepts sur le comportement dominateur et négatif des êtres, mais restitue, en illustration vivante et éloquente du paradoxe de vivre, la biographie clinique et hallucinante du fondateur de la mécanique quantique.
On revit un passé pas si lointain encore où l'histoire est sanglante, ensanglantée, sombre comme une chape de plomb, chaotique, lourde, incertaine. Où la botte, la poigne, la frange rebelle, la moustache ridicule et le délire d'Hitler chassaient toute notion de quiétude ou de paix.
Curieuse et lumineuse rencontre à la fois de ce jeune homme – en l'occurrence le narrateur du récit, mais aussi un peu l'alter ego de l'auteur – fasciné par la science et épris de connaissance. Tout en découvrant avec stupéfaction l'hydre du mal sans visage, sans nom, qui ronge la terre et les vivants depuis la nuit des temps. Ainsi que l'inexplicable et l'innommable des agissements de l'humanité, des massacres aux tortures en passant par les défaillances les plus abjectes ou immondes. Cette face non dévoilée de l'univers qui sévit par vagues obscures demeure non seulement un secret ou une énigme, mais une tare ou une honte que rien ne justifie.
Et on pense à cette belle phrase de Niffari, mise en exergue de cet ouvrage qui cravache les consciences dans un monde moderne régi par les suprématies et les politiques économiques: «Entre la parole et le silence, il y a un isthme où se trouvent la tombe de la raison et les tombes des choses.»
Le principe de Jérôme Ferrari est un livre captivant, enrichissant. Lecture dédiée à l'autocritique, au questionnement et à la réflexion sur le cours de l'histoire humaine. Qui, à défaut de donner sagesse et lumière, alimente toujours le doute, l'interrogation et le déni.

« Le principe » de Jérôme Ferrari (Actes Sud, 161 pages) est disponible à la librairie al-Bourj.

À quarante-sept ans, pour son sixième roman, après le couronnement il y a deux ans et demi du Sermon sur la chute de Rome (prix Goncourt en 2012), Jérôme Ferrari tient toujours la barre de l'écriture et de la réflexion bien haute. Agrégé de philosophie, soucieux d'une phrase dense et bien ciselée, l'auteur d'Un Dieu, un animal lance aujourd'hui un livre court mais fulgurant, où un apprenti philosophe, à l'ombrelle du physicien allemand Werner Heisenberg (1901-1976) qui après avoir élaboré le célèbre «principe d'incertitude» a jeté les bases de la mécanique quantique (prix Nobel 1932), affronte la noirceur du monde.En exemple de vie de son désenchantement, de son étonnement, de ses questionnements et de ses déceptions, il y a le parcours – révoltant il est vrai – de cet homme de science hors norme qui assista...
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