Sauf surprise de dernière minute, l'administration Obama devrait annoncer l'approbation par le Congrès américain de l'accord entre l'Iran et la communauté internationale. Les républicains ont en effet échoué à faire chuter ce dernier en ne pouvant assurer les deux tiers des voix au « non ». En octobre prochain, le président iranien Hassan Rohani devrait à son tour donner sa bénédiction à l'accord, en dépit de l'opposition des conservateurs. L'accord devrait donc entrer en vigueur le 15 décembre prochain, précédé par la levée des sanctions contre l'Iran, en vertu d'un agenda agréé lors des négociations de Genève.
Avec l'entrée en application de l'accord débute une nouvelle étape politique dans la région, dont le maître mot est le règlement des crises. Certes, des sources politiques bien informées reconnaissent que la voie est parsemée d'obstacles, et que les dossiers sont si complexes et imbriqués que la partie est loin d'être facile. Des sources proches du 8 Mars indiquent ainsi que Téhéran a jusqu'à présent refusé de discuter avec Washington de tout dossier politique régional avant que l'accord n'entre en vigueur. Les négociations de Genève elles-mêmes n'avaient porté que sur le nucléaire, les États-Unis refusant d'élargir le spectre des pourparlers pour empêcher l'Iran d'exploiter son emprise sur la région pour consolider sa posture de négociateur. C'est ainsi que l'échéance présidentielle au Liban n'a pas fait l'objet de discussions à la demande de Washington, et ce afin d'éviter toute manipulation iranienne. C'est pour cette raison que Paris a aussitôt été chargé du suivi de ce dossier avec le Vatican et en coordination avec Moscou. Mais Téhéran ne s'est pas laissé faire et a envoyé derechef tous les négociateurs venus le sonder sur la question – notamment Derek Plumbly, Sigrid Kaag et d'autres diplomates – au Hezbollah et, par transitivité, au général Aoun, sous le prétexte que l'Iran ne s'ingère pas dans les affaires intérieures libanaises.
Des sources diplomatiques s'attendent à ce que la phase du règlement commence incessamment à partir du dossier syrien. Mais il existe encore des divergences sur la formule à adopter, notamment concernant le sort du président syrien Bachar el-Assad. Plusieurs parties occidentales, à commencer par Paris, refusent tout rôle d'Assad, même protocolaire, dans le processus de solution. Or, l'Iran continue de s'agripper au président syrien comme partie fondamentale au compromis et comme pilier incontournable de la lutte contre le terrorisme. Washington, lui, reste méfiant vis-à-vis de l'entrée dans des négociations sur la Syrie. Jusqu'à présent, les États-Unis ont délégué Moscou pour trouver une formule de compromis. Or, la Russie possède plusieurs formules de solution qu'elle cherche à promouvoir auprès de l'Iran et des pays arabes et occidentaux concernés, tandis que l'opposition syrienne appuyée par certains pays arabes et occidentaux réclame à cor et à cri le départ d'Assad et le retour aux résolutions de Genève I, c'est-à-dire à un cabinet de transition bénéficiant des prérogatives présidentielles. Il est question, dans ce cadre, d'un plan russe qui commencerait par un cessez-le-feu et la formation d'une force arabo-russe pour parrainer l'application du cessez-le-feu avant le début du chantier de dialogue.
Cependant, cette tentative russe se heurte à des obstacles régionaux, notamment de la part de la Turquie, qui refuse que l'Iran participe à la solution. Washington, qui évite de dialoguer avec l'Iran sur les dossiers politiques et continue d'assurer son soutien à ses alliés arabes, salue cependant tout dialogue éventuel entre les pays du Golfe et Téhéran, à commencer par l'Arabie saoudite, afin de recréer des relations entre les deux États et de les pousser à s'asseoir ensemble à la table de dialogue pour trouver des solutions aux dossiers de la région. Les pays du Golfe semblent toutefois poser certaines conditions : si Téhéran agit en parrain des chiites au Moyen-Orient, Riyad souhaite en faire de même pour les sunnites. De plus, l'Arabie refuse l'idée d'un véritable partenariat avec l'Iran parce que Téhéran ne saurait aspirer au rôle d'autorité de référence dans la région et s'ingérer systématiquement dans les affaires internes de tous les pays.
À l'heure où le dossier yéménite est sur la voie du règlement et avant qu'une table-ronde sur le Yémen ne se déroule à Mascate, des sources bien informées précisent que le dossier libanais ne fait toujours pas partie des priorités de la communauté internationale et qu'une solution au blocage présidentiel attend le début d'un dialogue saoudo-iranien. Les réunions en marge de l'Assemblée générale de l'Onu pourraient servir de coup d'envoi à une reprise de contact entre les deux pays, sous les auspices de Washington, qui cherche à rapprocher les points de vue entre eux. En attendant, il n'y aura donc ni élection présidentielle au Liban ni déblocage institutionnel tant le Liban reste une carte maîtresse entre les mains de Téhéran dans le cadre des négociations à venir.
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