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Lifestyle - La Mode

Ave Ricardo !

La semaine de la mode de New York qui s'achève aujourd'hui a été marquée, au lendemain de son ouverture, par le défilé spectacle de Givenchy le vendredi 11 septembre sous la houlette de Ricardo Tisci, directeur artistique de la maison française depuis 10 ans.

Vues du défilé Givenchy printemps-été 2016 et de la mise en scène de Marina Abramovic, le 11 septembre 2015 à New York. Photos DR

Si Givenchy délaissait Paris pour New York où la maison défilait cette année pour la première fois, c'était surtout pour célébrer l'ouverture de son magasin amiral sur Madison Avenue. Les dix ans de Ricardo Tisci à la direction artistique des collections femme, homme et accessoires de maison de Givenchy offraient également un prétexte à une présentation spectaculaire de sa collection ce soir-là, avec une mise en scène de l'artiste serbe Marina Abramovic, célèbre pour ses shows expérimentaux. Placé sous le thème de la « Célébration de l'amour », ce défilé accueillait, aux côtés des célébrités et journalistes, plus de 800 personnes du grand public qui avaient obtenu par tirage au sort le privilège d'assister, debout, au défilé en plein air, ainsi que plus de 200 étudiants d'écoles de mode.

À ce défilé spectaculaire, également voulu comme une célébration de l'amour au jour anniversaire du 11-Septembre, avec en arrière-plan la skyline du nouveau World Trade Center, assistaient entre autres Kim Kardashian et Kanye West, arrivés avec une heure de retard, les actrices Julia Roberts, Uma Thurman et Amanda Seyfried, la rappeuse Nicki Minaj, les stylistes Alexander Wang, Michael Kors et Vera Wang. Les invités étaient assis sur des palettes en bois superposées, parfois installés dans de petites constructions à ciel ouvert, faites de bois recyclé et de tôles rouillées, construites pour l'occasion sur le Pier 26, une immense jetée sur l'Hudson, au sud de Manhattan.

Grand-messe œcuménique et universelle
Pour ce qui est de la mise en scène, on vit en ouverture, en haut d'un escalier, un homme en soutane noire tenant deux jeunes arbres, symboles de la force de la vie. Sur le toit d'une des constructions éphémères, un autre personnage portait une échelle « pour rappeler le cycle de la vie et de l'amour ». Un troisième, également perché, était arrosé par un jet d'eau, symbole de la « purification de l'esprit ». Les chants d'un moine bouddhiste ont accompagné le coucher du soleil magistralement intégré au scénario. Des musiques et des chants de six cultures et religions différentes se sont alors élevés, en prélude du défilé de 75 mannequins qui s'est terminé sur l'Ave Maria.

La collection
Les vêtements de la collection Givenchy printemps été 2016 étaient quasiment tous noirs ou blancs, avec force dentelles blanches romantiques portées sur d'amples pantalons noirs, des robes et tuniques de soie légère, des transparences, des drapés noués, tout en légèreté déstructurée. Des smokings aussi, pour les femmes comme pour les quelques hommes qui s'étaient glissés dans le défilé. S'y ajoutaient quelques pièces couture, et des beautés masquées ou portant des bijoux de visage, comme les aime Riccardo Tisci, le directeur artistique de Givenchy depuis dix ans.

Riccardo Tisci avait donc conçu son défilé avec l'artiste d'origine serbe Marina Abramovic, et la date du 11 septembre ne leur avait pas échappé, 14 ans après les attentats qui avaient fait 2 983 morts à New York. « C'est le jour le plus triste de l'histoire récente des États-Unis, et en tant que directrice artistique, j'ai voulu créer quelque chose de respectueux et humble », a expliqué Marina Abramovic, dans un texte remis à tous les invités. « Notre choix de musique, de six religions et cultures différentes, a le pouvoir d'unir les gens sans discrimination », a-t-elle ajouté. « L'événement que nous créons ensemble traite de pardon, d'intégration, de nouvelle vie, d'espoir et avant tout d'amour. » « J'ai voulu faire un show sur l'amour et la fidélité », a pour sa part expliqué Riccardo Tisci.

La mode, dans tout ça ? Elle respire l'air du temps quel qu'en soit le parfum, s'y adapte, arbore ses clichés et souvent les invente. Pour s'offrir New York, il fallait à Givenchy cette collection sobre et raffinée présentée comme un drapeau blanc à une société qui n'a pas fini d'évacuer son traumatisme. Si cette collection était un message verbal, elle dirait simplement : « Je vous ai compris et je viens en paix m'intégrer dans votre paysage en adoptant votre deuil et votre émotion, mais en vous invitant aussi à tourner la page pour laisser place à l'espoir. »
C'est un peu beaucoup pour de simples vêtements, fussent-ils griffés par une des plus grandes maisons françaises. Mais il est des circonstances où le calumet s'impose, car sans le savoir-vivre, le luxe n'aurait pas de sens.

 

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