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Liban

Ahmad el-Assir au tribunal militaire : le procès de l’homme invisible

Justice
16/09/2015

Venus tôt le matin au siège du tribunal militaire pour voir le cheikh Ahmad el-Assir à sa première comparution devant les juges, les journalistes sont repartis presque bredouille. Pendant les trois heures qu'il a passées dans l'enceinte du tribunal militaire, le cheikh (il conserve son titre religieux délivré par Dar el-Fatwa tant qu'il n'a pas été officiellement radié) était strictement encadré par une dizaine de soldats prenant très au sérieux leur mission.
Ni les sourires, ni les supplications, ni encore les coups de coude destinés à les écarter n'ont été efficaces pour permettre aux présents de voir le prévenu. Il a donc fallu déployer des astuces pour l'entrevoir entre deux bras puissants, assis sur un des bancs généralement réservés à l'assistance, coincé entre le mur et les militaires. La tête recouverte de son habituel bonnet blanc (qu'il avait retiré lorsqu'il a voulu prendre la fuite), vêtu d'une abaya grise, Ahmad el-Assir ressemblait à lui-même avant son arrestation, la barbe longue en moins. Ses yeux fureteurs et perçants derrière les lunettes à moitié fumées scrutaient la salle pour en tester l'état d'esprit et essayaient d'accrocher les regards des présents. Mais contrairement à ce qui se passait lors de ses précédentes apparitions publiques, il n'avait pas autour de lui un parterre de sympathisants : des soldats, des détenus, les juges, le procureur, les journalistes et les avocats, dont certains lui adressaient de furtives salutations.


Côté public, seuls ses parents ont été autorisés à assister à l'audience. Son père gardait les yeux baissés et sa mère avait le visage en larmes sous son foulard traditionnel. Aux dernières nouvelles, sa première épouse serait malade et la seconde n'a pas demandé une autorisation pour assister à l'audience...
En réalité, les mesures de sécurité exceptionnelles prises autour et à l'intérieur de la salle du tribunal ne visaient pas seulement à le protéger de la curiosité des journalistes. Elles étaient destinées à le préserver des réactions de ses anciens partisans, dont près de 70 étaient aussi présents dans la salle, jugés dans ce qu'on appelle le procès des événements de Abra. Quarante d'entre eux étaient serrés comme des sardines dans le box des accusés et les autres dispersés aux quatre coins de la salle, sous la garde des militaires. Tous essayaient de regarder le cheikh d'abord pour s'assurer qu'il est réellement arrêté et ensuite pour tenter de deviner à travers son attitude la suite des événements. Par exemple, si un compromis est en vue et s'il faut revenir sur les précédents aveux... Un seul arborait un visage souriant et serein. Il s'agit de Naïm Abbas, un des plus dangereux terroristes selon l'enquête préliminaire, mais qui avait l'air de s'amuser à multiplier les clins d'œil en direction des journalistes.


La scène avait d'ailleurs quelque chose de surréaliste dans l'étrange décor aux vitraux verts de la salle d'audience du tribunal militaire. Le président du tribunal, le général Khalil Ibrahim, a commencé par nommer les inculpés présents et leurs avocats. On aurait presque dit qu'il faisait l'appel dans une classe difficile... Mais il y a eu des confusions entre les avocats et leurs clients et finalement, l'un d'eux a lancé : « Je prends la défense de ceux qui n'ont pas d'avocat. » Ce qui montre bien qu'en réalité, il s'agit d'un collectif d'avocats nommé pour les 70 inculpés. Seul le cheikh el-Assir avait ses avocats distincts, dont la star est Me Antoine Nehmé (les médias ayant largement commenté le fait qu'un avocat chrétien accepte de défendre Ahmad el-Assir devant le tribunal), aidé par Mes Abdel-Badih Akoum et Mohammad Sobloh.
L'appel terminé et le tribunal s'étant assuré que chaque inculpé a un avocat, le juge Khalil Ibrahim a voulu vérifier l'identité du cheikh el-Assir qui s'appelle en réalité Ahmad Mohammad el-Hilal el-Assir el-Husseini. Le prévenu s'est contenté d'un « oui » audible et clair. Ce sera le seul mot qu'on l'entendra prononcer. Le juge a annoncé ensuite qu'il a décidé de joindre le dossier du cheikh el-Assir à celui des détenus de Abra, qui avait atteint le stade des plaidoiries. Il faudra donc retarder celles-ci pour interroger el-Assir, sachant que désormais, les avocats ont accès au contenu de son interrogatoire préliminaire devant les SR de l'armée. Par contre, l'interrogatoire effectué par la Sûreté générale (qui avait arrêté le cheikh à l'aéroport, sous une fausse identité) ne sera pas communiqué.

 

(Pour mémoire : Ahmad al-Assir pourrait bien garder ses secrets)

 

La santé du prévenu
Les avocats de la défense ont déjà annoncé qu'ils comptent soulever des exceptions de forme. Ce qui signifie que la prochaine audience fixée au 20 octobre ne sera probablement pas celle de l'interrogatoire du cheikh el-Assir. L'audience est rapidement levée, mais les avocats du cheikh demandent à le voir avant qu'il ne soit ramené à la prison de Rihaniyé. Un seul d'entre eux, Abdel-Badih Akoum, est autorisé à le faire. Les parents pourront aussi s'entretenir avec leur fils et la mère sortira de cette entrevue en pleurs, disant que son fils lui a paru très fatigué. Les avocats du cheikh avaient d'ailleurs demandé qu'il soit examiné par une commission médicale non seulement pour voir son état physique mais aussi pour évaluer son état mental. Selon eux, le cheikh aurait reçu des injections de produits toxiques qui auraient eu pour effet de lui faire raconter des événements qui ne se sont pas produits... Le procureur Hani Helmi Hajjar devrait décider de la question au cours des prochains jours.

Vers 13h30, le fourgon militaire escorté de deux véhicules blancs a ramené le cheikh el-Assir à la prison de Rihaniyé, sous les cris des familles des martyrs de l'armée tombés pendant la bataille de Abra et qui étaient regroupés devant le tribunal. La grande peur de ces familles est de voir le procès se terminer en queue de poisson par une sorte de compromis occulte qui éviterait de désigner ceux qui ont créé et financé Assir moyennant une peine de prison limitée pour ce dernier. Au nom de ces familles inquiètes, l'avocat Ziad Bitar a demandé aux hommes politiques et aux responsables de laisser la justice suivre son cours, car elle est la seule à pouvoir protéger les Libanais. Il a ajouté : « Notre problème n'est pas avec le cheikh Ahmad el-Assir, imam de la mosquée Bilal ben Rabah, mais avec Ahmad el-Assir qui a tué des soldats et qui n'a pas de religion ni de confession. » Le prévenu a-t-il entendu les voix de ces familles éplorées dans son fourgon blindé ? L'homme presque invisible de l'audience d'hier a gardé ses secrets.

 

Pour mémoire
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ACE-AN-NAS

qu'on le condamne à mort et qu'on en finisse avec ce clown qui ne fait plus rire personne .
et que cela serve d'exemple aux huluberlus qui le soutenaient du temps de ses facéties , et qui se taisent à présent , les lâches !

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