Le contrat OneWeb, remporté par Airbus Defence and Space mi-juin, est emblématique de la révolution que traverse le spatial, baptisé le New Space, avec un renversement du modèle économique qui trace de nouvelles perspectives pour le secteur, dans la connexion des objets mais aussi l'observation satellitaire.
« Le New Space est constitué d'un certain nombre d'innovations, (mais) plutôt en termes de business model ou de mode de financement » que de rupture technologique, décrit François Auque, le patron de la branche espace d'Airbus, interrogé par l'AFP alors que s'ouvre Euroconsult, la semaine de l'industrie des satellites à Paris. « Jusqu'à présent, le domaine spatial, qui est tout jeune, où tout est devant nous, s'est développé de la manière suivante : c'étaient les programmes militaires ou publics, en tout cas totalement financés par de l'argent public, qui trouvaient des applications, au bout d'un certain temps, pour le marché commercial », rappelle-t-il. « Là, c'est l'inverse, on va chercher des technologies et logiciels développés en dehors du spatial et on les utilise pour réduire le coût et augmenter le marché des applications spatiales. »
En d'autres termes, le New Space s'appuie d'avantage sur le privé, le financement privé et la réutilisation de développements déjà existants. Cela se traduit par une compétitivité accrue du secteur, avec l'arrivée de nouveaux acteurs, mais aussi à une augmentation du marché dans son ensemble. Comment ? Par une prise de responsabilité, donc une prise de risques, beaucoup plus grande du privé, explique François Auque. « Cela signifie également une échelle de temps réduite dans la conduite des projets, car comme on prend plus de risques, on s'affranchit d'un certain nombre de contraintes, de procédures caractéristiques des institutions publiques ». « À la fin des fins, cela ouvre de nombreuses perspectives à notre industrie spatiale », comme « l'utilisation beaucoup plus grand public des applications spatiales ».
Ainsi, pour le projet OneWeb, pour diffuser Internet dans des zones qui en sont dépourvues, Airbus DS doit produire 650 minisatellites (900 avec ceux de rechange) en un peu plus d'un an et demi, du jamais-vu dans le spatial. « Ce n'est pas tant le design des satellites, mais le mode de production, d'organisation de la chaîne de production et surtout de la chaîne d'approvisionnement qui vont faire que nous aurons des satellites dont le coût unitaire sera de quelques centaines de milliers d'euros, alors qu'aujourd'hui, l'unité de compte est la centaine de millions d'euros », explique François Auque. « C'est la grande révolution et c'est assez illustratif du New Space. Ce que l'on recherche, c'est la baisse de coût. Donc la conception du satellite est extrêmement simple, par modules. On conçoit le satellite en fonction essentiellement de l'impact sur les coûts récurrents pour le produire, ce qui a du sens quand vous en produisez 900, qui en a moins quand vous en produisez un. » Le New Space est donc « quelque chose (qu')il faut prendre en compte », poursuit François Auque, alors que certains pointent l'échec des constellations spatiales il y a quelques années. « Ce qui a vraiment changé par rapport à cette période, c'est qu'évidemment, il y a 15 ou 20 ans, nous n'étions pas du tout dans le même foisonnement d'applications, grand public, de connexion... Ce courant est extrêmement puissant aujourd'hui, c'est ce qui va changer la donne. Pour autant, le New Space ne devrait pas se substituer à l'industrie spatiale actuelle, estime François Auque. Je crois que c'est assez complémentaire. »
Ainsi, les constellations viennent en complément du satellite géostationnaire, comme le montre l'accord entre OneWeb et l'opérateur Intelsat pour une utilisation des satellites géostationnaires complétant la constellation OneWeb. De même, l'innovation technologique dans le spatial a également contribué à changer les règles du jeu, comme par exemple la propulsion électrique, dont Airbus DS est le leader. Elle permet d'économiser le tiers du poids du satellite par rapport à la propulsion chimique et « révolutionne donc l'industrie du satellite et en conséquence l'industrie des lanceurs », relève François Auque. Enfin, « la refonte culturelle du secteur des lanceurs en Europe autour d'Ariane 6 » est un changement de business model, estime-t-il.
« Nous avons été poussés par la concurrence, mais Ariane 6, le changement de gouvernance du secteur des lanceurs en Europe, c'est directement l'application des principes du New Space, c'est laisser l'industrie prendre ses responsabilités. »
Djallal Malti / AFP
Économie - Focus
Le « New Space », ou comment l’industrie spatiale fait sa révolution
OLJ / le 15 septembre 2015 à 00h00

