Des migrants traversent la frontière entre la Grèce et la Macédoine, près de Guevgueliya. Robert Atanasovski/AFP
Au lendemain d'un appel vibrant du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à l' « audace » et « l'humanité » des membres de l'UE, les signes de tension se sont au contraire multipliés, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie, mais aussi au Danemark et en Autriche.
Le flot ininterrompu de réfugiés, souvent partis de Syrie ou d'Irak, est loin de se tarir : des nombres record de passages ont été signalés, hier, entre la Serbie et la Hongrie, ainsi qu'à la frontière avec l'Autriche. Celle-ci a dû suspendre sine die ses liaisons ferroviaires avec la Hongrie en raison de la « congestion massive » de son réseau face à l'afflux de migrants désireux de se rendre en Allemagne. La politique de Budapest, qui s'apprête à déployer l'armée pour fermer hermétiquement sa frontière avec la Serbie, pousse les candidats à l'exil à accélérer leur marche à travers les Balkans de peur qu'il ne soit bientôt trop tard. Dans le secteur de Röszke, principal point de passage entre les deux pays, des bus affrétés par les autorités hongroises embarquent les réfugiés par centaines pour les conduire dans des camps de premier accueil. « C'est Bachar (le président syrien) qui devrait être là à notre place, tout est de sa faute », expliquait un groupe de jeunes Syriens, emmitouflés dans des couvertures.
Rencontre à Prague
Des prisonniers hongrois ont été réquisitionnés pour achever au plus vite la construction d'une clôture de barbelés destinée à endiguer le flux que le gouvernement veut stopper net le 15 septembre. Dans son refus de la politique d'accueil souhaitée par Angela Merkel, à laquelle la France s'est finalement ralliée, la Hongrie a été rejointe par plusieurs pays voisins.
Le président roumain Klaus Iohannis s'est ainsi publiquement opposé au système de quotas proposé par M. Juncker pour répartir dès la semaine prochaine 160 000 réfugiés déjà présents sur le sol européen. « Nous ne considérons pas que c'est une solution ou que c'est opportun de parler de quotas obligatoires, calculés de manière très bureaucratique », a-t-il prévenu. Le Premier ministre slovaque Robert Fico est du même avis : « Lorsque l'Allemagne ou la France disent quelque chose, nous ne devons pas nous prosterner et répéter la même chose », a-t-il dit.
Signe de la tension grandissante avec Berlin, une rencontre est prévue aujourd'hui à Prague entre les chefs de la diplomatie du groupe de Visegrad (Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie) et leurs homologues allemand et luxembourgeois, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE. Mais ils ne sont pas les seuls à manifester leur désaccord : le Danemark essaye de freiner, en bloquant des trains, l'arrivée de nouveaux migrants en transit vers la Suède... où les réfugiés sont en revanche les bienvenus. Stockholm a d'ailleurs annoncé, hier, l'octroi de dotations supplémentaires aux collectivités pour aider à l'intégration des réfugiés.
« Ne plus jamais rentrer »
L'Irlande a elle aussi manifesté sa solidarité en acceptant de recevoir 2 900 réfugiés, alors qu'elle dispose d'une clause d'exemption sur ce dossier. Les députés européens ont approuvé, hier, à une large majorité les mesures d'urgence proposées la veille par Jean-Claude Juncker et dénoncé dans une résolution un « manque de solidarité regrettable des gouvernements envers les demandeurs d'asile ». Fer de lance d'une politique d'accueil très large, l'Allemagne a annoncé avoir enregistré 450 000 nouveaux réfugiés depuis le début de l'année dont 37 000 pour la seule première semaine de septembre. « Cela montre franchement que la répartition de 160 000 réfugiés en Europe n'est qu'un premier pas si l'on veut rester cordial. On peut aussi dire une goutte d'eau dans la mer », a insisté le vice-chancelier Sigmar Gabriel.
Hors du continent, les États-Unis ont promis de faire un effort exceptionnel. Le président américain Barack Obama souhaite ainsi que les États-Unis se préparent à accueillir 10 000 réfugiés syriens sur l'année à venir, a annoncé hier la Maison-Blanche, critiquée pour son manque de réactivité face à la crise migratoire déclenchée par le conflit en Syrie. De son côté, la Libye se dit prête à coopérer avec les Européens pour détruire les bateaux des passeurs de migrants, mais à condition qu'ils ne lui renvoient pas les personnes interceptées en mer, a indiqué hier le vice-Premier ministre libyen Abdessalam el-Badri. « Nous travaillerons ensemble pour répondre à cette crise humanitaire qui est une honte pour tous », a déclaré aux journalistes M. Badri.
(Source : AFP)

