Dans une série de prises de position exprimées par ses principales figures, le Hezbollah s'est repositionné durant le week-end par rapport au mouvement populaire, revenant à de meilleurs sentiments vis-à-vis de la dynamique de revendications sociales, qu'il accusait la semaine dernière d'être manipulée par l'extérieur. Même si le secrétaire général adjoint du parti, le cheikh Naïm Kassem, a indiqué, en référence au mouvement, que « nous avons notre propre vision, nous protestons par d'autres moyens que nous jugeons opportuns pour assurer les intérêts des gens et nous ne pouvons faire partie de ces options ».
Cependant, le Hezbollah, à travers l'ensemble de ses représentants, estime qu'il ne devrait pas être englobé dans les rangs de ceux qui sont pointés du doigt par les protestataires, notamment les corrompus.
« Il est très facile pour nous de sortir du pouvoir et de demander tout aux autres. Mais nous savons que notre présence récente au sein du pouvoir nous permet de réaliser des actions déterminées, politiques ou autres. Il vaut mieux donc être au pouvoir qu'en dehors de celui-ci », a ainsi affirmé le cheikh Naïm Kassem, au cours d'un meeting à Nabatiyeh. « Tout le monde sait que nous sommes hors du système de la corruption sous toutes ses formes, même si certains souhaitent impliquer le nom du Hezbollah parmi les corrupteurs, et ils sont bien connus. Le mensonge de ces derniers a éclaté au grand jour. Nous n'avons pas besoin de dire qui sont les corrupteurs dans ce pays : les choses sont claires », a-t-il ajouté.
« Victime de la corruption »
« Le Hezbollah est le parti libanais le plus disposé à la réforme politique et la lutte contre la corruption, que cette réforme soit limitée ou radicale », a indiqué de son côté le député Ali Fayad, au cours d'une cérémonie hier à Mayss el-Jabal (caza de Marjeyoun).
« Le parti n'a pas d'intérêts privés ou partiels au sein du système. La plupart du temps, il a été la victime de la corruption. Les équilibres sectaires et confessionnels sur lesquels le système repose annulaient les effets des actions de la résistance et ouvraient la voie aux ingérences des forces étrangères hostiles à la résistance. Le Hezbollah poussait toujours, à travers sa position ministérielle ou parlementaire, vers une pratique responsable du pouvoir (...), mais il se heurtait toujours aux sensibilités sectaires et aux intérêts des autres forces confessionnelles », a poursuivi M. Fayad.
« En dépit de l'énorme modération dans la pratique du Hezbollah au plan intérieur, les forces qui souhaitent maintenir telle quelle la situation du pouvoir qui s'effondre, et empêcher toute réforme de l'État, ont initié une attaque préventive comprenant des accusations diverses contre le Hezbollah, selon lesquelles il aspirerait à la répartition par tiers du pouvoir. Et ce alors que nous nous demandions toujours ce que signifiait la répartition par tiers. Nous ne le savons toujours pas », a-t-il ajouté.
« Nous acceptons de rendre des comptes, mais généraliser les accusations sort tout le mouvement de son objectivité et de son intégrité, et assure une couverture aux corrupteurs », a précisé pour sa part le ministre d'État aux Affaires du Parlement, Mohammad Fneich, hier, au cours d'une cérémonie funèbre à Deir Qanoun-Ra'ss el-Aïn (Liban-Sud).
« Nous nous retrouvons parmi ceux qui condamnent la corruption au Liban, laquelle a mené le pays là où il est. Nous savons précisément où elle a commencé et quel point elle a atteint », a affirmé quant à lui le député Nawwaf Moussaoui, au cours d'une cérémonie à Nabatiyeh.
La corruption, c'est le 14 Mars
M. Moussaoui, lui, n'hésite pas à nommer ceux qu'il considère comme les corrupteurs : « (...) La corruption a commencé à partir de Solidere, qui a assassiné l'État et qui continue de le faire. Il est de notre responsabilité aujourd'hui de ramener l'État à ses fils, et cela n'est possible qu'en déconstruisant les institutions-sociétés qui ont été érigées sur le cadavre de l'État. Nous appuyons ceux qui manifestent et soulignons la nécessité pour eux de déterminer leur cible pour arracher la corruption et recouvrer l'État. »
Plus explicite encore, le chef du conseil exécutif du parti chiite, le cheikh Nabil Qaouq, s'en est pris ouvertement au 14 Mars. Après lui avoir fait assumer « une partie » de la responsabilité de la présence des jihadistes dans le jurd de Ersal et de Ras Baalbeck, ainsi qu'en Syrie à la frontière avec le Liban, il a estimé que le 14 Mars « continue de parier » sur ces derniers. « Ce camp, ainsi que les prises de position de ces forces menacent la stabilité, la souveraineté et la dignité nationale du Liban », a-t-il souligné.
« Le 14 Mars a péché de manière outrancière et provoqué les gens jusqu'à ce que les crises sociales s'accumulent et que la corruption batte des records mondiaux au Liban. La crise des déchets est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase », a poursuivi le cheikh Qaouq. « Les gens ont le droit d'exprimer leur souffrance et leur colère face au camp qui tient le pouvoir et à ceux qui sont impliqués dans la corruption et qui ont provoqué la crise de la dette, de l'électricité, de l'eau et des déchets, et qui ont empoisonné le climat politique dans le pays et constamment pris pour cible la résistance », a-t-il noté. « Ils attendent le moment pour poignarder la résistance dans le dos », a-t-il ajouté.
« Ce camp qui trempe dans la corruption est celui qui a privé le Liban de l'aide de l'Iran au niveau de l'électricité et des barrages, ainsi que sur le plan de l'armement de la troupe. C'est lui qui menace le partenariat national aujourd'hui, qui tente de renverser les constances consensuelles au Liban et qui attend l'occasion de s'accaparer encore plus le pouvoir. Ils ont attendu le général Michel Aoun au tournant pour lui briser l'échine (...) », a encore dit le cheikh Qaouq.
La présidence revient à Aoun
Le Hezbollah a de fait réitéré hier son soutien tous azimuts au chef du bloc du Changement et de la Réforme.
« Le CPL a prouvé, lors de sa dernière manifestation, à travers sa mobilisation populaire, que les thèses du général Aoun disposent encore d'un soutien important, et que ce dernier bénéficie encore d'un appui populaire qu'aucun autre ne peut égaler », a indiqué le ministre Fneich.
« Tout comme nous avons soutenu les revendications des contestataires à trouver la solution opportune aux problèmes des gens, nous soutenons le droit du CPL à disposer d'une représentation proportionnelle à son poids populaire. C'est sur cela qu'est fondé notre soutien à la candidature de Aoun à la présidence de la République et ses revendications, pour qu'il soit un partenaire effectif au gouvernement », a-t-il ajouté.
Exprimant pour sa part, comme l'ensemble des cadres politiques du parti chiite, son soutien à l'initiative de dialogue lancée par le président de la Chambre Nabih Berry, le député Nawwaf Moussaoui a estimé que « la présidence de la République est promise contractuellement au Courant patriotique libre, qui représente la majorité chrétienne », au nom de l'équilibre, du partenariat et du respect de l'accord de Taëf, selon lui.
« La solution commence par là. Elle sera parachevée par l'édification d'un cabinet représentant les communautés d'une manière juste, puis il sera donné à la Chambre la capacité de refléter la représentation saine des Libanais, à travers une loi électorale sur base de la proportionnelle. C'est ainsi que nous aurons des pouvoirs équilibrés », a-t-il indiqué.
En résumé, et selon le cheikh Qaouq, « le Hezbollah veut un président de la République disposant d'un plan d'action, clair dans ses opinions et capable de s'engager devant tous à respecter son programme ; pas d'un président incolore, inodore et tiraillé entre les parties. C'est ce qui nous pousse à souligner continuellement que, pour nous, c'est le général Aoun qui représente tout cela ».


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Duquel doigt ?
10 h 20, le 07 septembre 2015