Plus d’un millier de migrants, bloqués à Budapest depuis plusieurs jours, ont entrepris hier de rejoindre l’Autriche à pied. Ferenc Isza/AFP
Alors que la photo du jeune migrant syrien retrouvé mort sur une plage turque a entraîné un large soutien de solidarité parmi les populations et les ONG, les dirigeants européens commencent à réagir face à l'énorme pression sur le terrain.
La Commission européenne va ainsi proposer aux États membres de l'UE de partager l'accueil de 120 000 réfugiés arrivés récemment en Grèce, en Hongrie et en Italie. « Nous vivons un moment de vérité dans l'histoire européenne. Nous pouvons réussir, ensemble et unis, ou nous pouvons échouer chacun à sa propre façon, dans son propre pays, ou sur ses propres îles », a jugé le numéro deux de la Commission européenne, Frans Timmermans, en visite à Kos. La commission envisage aussi de demander des compensations financières – pour une durée limitée et « des raisons objectives » – aux pays qui refuseraient d'accueillir des réfugiés sur leur sol, selon une source européenne.
L'Allemagne, qui va recevoir un nombre record de 800 000 demandes d'asile cette année, et la France plaident ouvertement pour un système de répartition européen, la chancelière allemande Angela Merkel évoquant des « quotas contraignants ».
Mais ce sujet est tabou dans plusieurs pays de l'est de l'Europe, qui se sont ligués cet été pour bloquer une proposition de la Commission européenne pour répartir en urgence un premier contingent de 40 000 réfugiés. Un accord a minima, sur la réinstallation de 32 000 réfugiés arrivés en Grèce et en Italie au printemps, a finalement été conclu mais n'est toujours pas mis en œuvre.
De son côté, touché par la mort du petit Aylan, le Premier ministre britannique David Cameron, critiqué alors que son pays n'a octroyé l'asile qu'à 219 Syriens en un an et demi et connu pour son inflexibilité sur la question, a fait volte-face. « Face à l'ampleur de la crise et la souffrance des gens, je peux annoncer aujourd'hui que nous en ferons davantage, en accueillant des milliers de réfugiés syriens supplémentaires », a-t-il promis à Lisbonne.
Couloir ferroviaire
Pour sa part, le Parlement hongrois a voté en urgence un durcissement de sa législation en matière d'immigration, proposé par le Premier ministre populiste Viktor Orban. Les textes renforcent les possibilités de déploiement de l'armée aux frontières et rendent l'immigration illégale passible de trois ans de prison.
La Hongrie critique ouvertement l'Allemagne, qui a décidé de ne pas renvoyer les réfugiés syriens vers leur pays d'entrée en Europe, ce qui crée selon elle un appel d'air. « L'Europe doit arrêter de susciter des rêves et des espoirs irréalistes », a martelé son ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto.
La République tchèque et la Slovaquie ont elles proposé d'ouvrir un couloir ferroviaire pour transporter les réfugiés syriens de la Hongrie vers l'Allemagne, si Budapest et Berlin sont d'accord.
Les Européens sont sous pression pour faire preuve de solidarité alors que plus de 300 000 personnes ont traversé la Méditerranée depuis le début de l'année, et plus de 2 600 sont morts en effectuant ce périple.
Le haut-commissaire pour les réfugiés de l'Onu, Antonio Guterres, les a appelés à aider les pays en première ligne, la Grèce, l'Italie et la Hongrie, en répartissant 200 000 demandeurs d'asile qui y sont arrivés au sein des 24 autres pays membres de l'UE.
« Les émotions peuvent aussi faire bouger les hommes politiques, et le moment est maintenant venu ! » a lancé le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselborn, en arrivant à une réunion de l'UE dans le grand-duché. « L'Europe n'a pas le droit de se diviser face à un tel défi », a martelé le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier à Luxembourg.
Les divergences au sein de l'Union, « entre l'Est et l'Ouest », selon le président du Conseil européen Donald Tusk, révèlent un continent déchiré entre la fermeté face à l'afflux massif de déplacés à ses frontières extérieures et les appels à la solidarité.
Scène d'exode inédite
Sur le terrain, plus d'un millier de migrants bloqués à Budapest depuis plusieurs jours ont entrepris hier de rejoindre l'Autriche à pied, une scène d'exode inédite qui illustre la crise migratoire à laquelle les Européens tentent de répondre malgré leurs divergences.
Ces migrants ont parcouru cette distance de 175 km jusqu'à la frontière, depuis la gare de Budapest d'où ils étaient bloqués depuis plusieurs jours.
Les autorités ont en effet interdit tout départ de train vers l'Autriche et l'Allemagne, riches pays européens que la plupart des migrants rêvent d'atteindre.
La foule, dans laquelle on comptait des enfants et des personnes en fauteuil roulant, a traversé l'un des principaux ponts sur le Danube sans être inquiétée par les forces de l'ordre.
Enfin, 300 migrants se sont évadés d'un camp de premier accueil situé près de la frontière serbe, à Röszke, poussant Budapest à fermer provisoirement et partiellement ce poste-frontière autoroutier.
(Source : AFP)
Affrontements entre migrants et policiers grecs sur l'île de Lesbos
Environ 200 migrants qui tentaient de monter à bord d'un bateau ont affronté la police grecque vendredi sur l'île de Lesbos, a déclaré à Reuters un porte-parole des gardes-côtes. Des images diffusées par la télévision ont montré des hommes lançant des pierres sur des policiers qui ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogènes, selon un journaliste de la chaîne de télévision ANT1. « Environ 200 migrants qui ne sont pas enregistrés ont tenté de monter à bord d'un ferry et ils ont été repoussés par la police et les gardes-côtes », a dit le porte-parole, Nikos Lagkadianos. Le maire de Mytilène, la principale ville de l'île, a lancé un appel à l'aide à l'antenne de la télévision publique ERT. « Cela fait maintenant quatre mois que je dis que je tiens une bombe entre mes mains et que la mèche est en train de se consumer lentement », a dit Spyros Galinos. « Il y a deux jours, j'ai envoyé une lettre demandant de déclarer l'île en état d'urgence. Aujourd'hui, je demande au Premier ministre (Alexis Tsipras) une aide immédiate. La situation est devenue ingérable. » Les conditions d'accueil des réfugiés sur l'île ont déjà été critiquées, y compris par l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Par ailleurs, Amnesty International a dit hier avoir été témoin d'une violente attaque contre des réfugiés à Kos, une autre île grecque où affluent les migrants depuis des semaines. Les migrants ont été attaqués par quinze à vingt personnes armées de battes de base-ball et qui criaient des insultes.
Le maître du Kremlin met en cause une politique « erronée » de l'Occident au P-O
Le président russe Vladimir Poutine a estimé hier que la crise des migrants en Europe était le résultat d'une politique « erronée » de l'Occident au Proche-Orient, alors que l'UE fait face à un afflux inédit de réfugiés et de migrants.
« Cette crise était tout à fait attendue », a déclaré M. Poutine lors du Forum économique oriental à Vladivostok, dans l'Extrême-Orient russe, cité dans un communiqué du Kremlin.
« Nous avons déjà dit, il y a quelques années, à nos soi-disant partenaires occidentaux que s'ils poursuivaient leur politique erronée dans les régions du monde musulman, notamment au Proche-Orient et en Afrique du Nord, cela aboutirait à des problèmes de très grande ampleur », a-t-il souligné. Cette politique qui se poursuit toujours, selon M. Poutine, consiste à « imposer ses standards, sans tenir compte des particularités historiques, religieuses, nationales et culturelles de ces régions ». « C'est avant tout la politique de nos partenaires américains » que l' « Europe suit aveuglément », a-t-il affirmé, en ajoutant que pour cette même raison l'Union européenne se trouvait désormais face à une « charge si lourde à porter » dans le domaine migratoire.Le ministère russe des Affaires étrangères avait mis en garde en 2013 contre une intervention militaire étrangère en Syrie, susceptible d'avoir des « conséquences catastrophiques ».


