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Moyen Orient et Monde - Décryptage

Quand Washington veut le beurre et l’argent du beurre...

L'alliance turco-américaine ne brisera très probablement pas l'appui US aux Kurdes, seule force structurée à même de remporter des victoires significatives contre l'EI.

Les combattants de l’État islamique à Raqqa, au nord de la Syrie. Photo HO, AFP

Washington et Ankara auraient finalisé dimanche leurs discussions en vue d'une opération commune « à laquelle pourraient s'associer l'Arabie saoudite, le Qatar et la Jordanie, ainsi que la France et la Grande-Bretagne » pour déloger les membres de l'État islamique du nord de la Syrie, selon le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, dans une interview accordée à Reuters. L'agence de presse avance que « l'objectif sera de chasser les jihadistes d'un rectangle de 80 km le long de la frontière et de fournir un appui aérien aux rebelles syriens jugés modérés ».

Sauf que, jusque-là, aucune information qui porterait à croire qu'un accord a été conclu n'a filtré du côté de la diplomatie américaine. Il y a tout juste un mois, alors que la Turquie ouvrait ses bases aériennes à la coalition et acceptait de s'associer à ses opérations militaires, ses allégations sur l'existence d'un accord pour la mise en place d'une zone de sécurité au nord de la Syrie avaient été démenties par le représentant du département d'État américain, Mark Toner. Si une convergence américano-turque dans le cadre d'une action commune contre l'EI demeure probable, elle pourra difficilement induire une évolution dans la position américaine au détriment des Kurdes de Syrie. Les divergences dans l'ordre des priorités entre Washington et Ankara s'expriment à travers, d'un côté, le soutien américain aux forces terrestres kurdes qui ont démontré leur efficacité tactique et opérationnelle dans leur combat contre les membres EI, et, de l'autre, la poursuite des bombardements turcs contre le PYD, vitrine du PKK, pour affaiblir ce dernier.

(Lire aussi : La Turquie bombarde l'EI... mais à ses conditions)

 

Une force incontournable
Washington pourrait difficilement suspendre son soutien à la seule force capable de remporter des victoires face à l'EI, les Kurdes constituant un groupe structuré, ethniquement homogène, avec une base populaire acquise, une direction et un poids unifié. Après les (vaines) tentatives américaines d'investir, pour cette mission, des responsables tribaux comme Nawaf al-Bachir, chef d'al-Baqara, une des plus grandes tribus de Syrie, et Ahmad Jorba, les Kurdes sont apparus comme la seule force apte à remporter des victoires significatives contre l'EI à Kobané, Aïn Issa, Tall Abyad, et qui, dans les projections américaines, pourraient encore atteindre Raqqa, capitale de l'EI en Syrie.

 

(Pour mémoire : Le chef du Pentagone érige les Kurdes d'Irak en modèle de lutte anti-EI)



Les forces kurdes, qui se trouvent actuellement sur la rive est de l'Euphrate, veulent tenir en échec les tentatives de l'EI (rive ouest) de s'emparer des couloirs qui séparent Afrin de Kobané, dans la mesure où seule une continuité territoriale peut leur assurer la concrétisation du projet d'unification des trois cantons de Djazeera, de Kobané, et, plus à l'ouest, d'Afrin, une zone autonome qui s'étend du nord-est de la Syrie jusqu'au nord-ouest de l'Irak et la région pétrolière de Kirkouk. Si, en juillet dernier, le coordinateur américain de la coalition internationale contre le groupe État islamique (EI), John Allen, a rappelé que les États-Unis ne soutiennent pas la création d'une entité autonome kurde dans le nord de la Syrie, il semble néanmoins peu probable que les Américains cessent de jouer la carte du nationalisme kurde en Syrie et en Irak.

Pour Daniel Meier, chercheur au CNRS Grenoble et spécialiste du Moyen-Orient, en dehors des Kurdes, les États-Unis ont peu d'alternatives crédibles en Syrie, et pourraient être tentés d'appuyer la constitution de la zone autonome kurde sur le modèle de l'Irak. « En Irak, l'alliance américano-kurde trouve sa logique dans l'ère Saddam et post-Saddam, et avait pour but de détacher une zone d'influence proaméricaine au nord de l'Irak. Après 2003, les Kurdes ont été des alliés dans la conception d'un Irak confessionnalisé. Les États-Unis avaient trouvé en eux des alliés fiables », explique Daniel Meier. Selon lui, l'alliance americano-kurde, qui a rencontré un succès en Irak, est importante dans le contexte actuel syrien, mais il souligne les contradictions de la politique américaine qui « soutient le PYD en Syrie, branche locale du PKK, identifié comme un mouvement terroriste. Ce sont des politiques à deux vitesses, illustration de l'attentisme qui reflète l'absence de vision claire ».

 

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commentaires (3)

LE GRAND COQ DES BOIS VEUT LA CHAIR DE LA POULE MAIS APRÈS L'AVOIR AUSSI BAISÉE !!!

L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION.

12 h 20, le 25 août 2015

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Commentaires (3)

  • LE GRAND COQ DES BOIS VEUT LA CHAIR DE LA POULE MAIS APRÈS L'AVOIR AUSSI BAISÉE !!!

    L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION.

    12 h 20, le 25 août 2015

  • Mais, quid des KURDES d'Iran au nombre de DIX millions, et qui représentent 13% de la population totale de l’Iran Per(s)cé ? Yâ wâïyléééh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 38, le 25 août 2015

  • Affirmation juste que de dire que les fourbes us ne lâcheront pas les kurdes, mais aussi il serait juste de dire que les turcs d erdocon ne lâcheront pas non plus les bactéries salafowahabites des bensoudies du désert démocratique. De cette contradiction la Turquie se verra glisser vers l abîme certain d'une déstabilisation perceptible mais non encore déclarée. Après la bensaoudie au Yémen on dira et de 2 avec les turcs pour des pays qui auront eu un double jeu avec le comportement qu'il fallait adopter avec les bactéries salafowahabites. on attend le 3ème larron de natibaba et ses 40 voleurs de terre qui va pas tarder à plonger pour l'aide qu'il leur apporte en syrie. Pendant ce temps là, la NPR IRAN se reconstruit à la force du poignée et de la cervelle.

    FRIK-A-FRAK

    10 h 07, le 25 août 2015

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