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Économie - Finance

La Russie lance sa propre agence de notation pour contrer les « Big Three »

Les grandes agences d'évaluation internationales sont sous le feu des critiques, à Moscou, depuis qu'elles ont sanctionné sa dette publique.

Après l’effondrement du rouble de l’automne dernier, Standard & Poor’s puis Moody’s ont abaissé la note de la Russie à un niveau dit « spéculatif ». Alexander Nemenov/AFP

La Russie a officialisé hier son projet de créer une agence de notation nationale ambitionnant de contrer au moins sur son sol les surpuissantes agences internationales, qui avaient provoqué la colère de Moscou en sanctionnant sa dette publique.
Ce projet aux accents très politiques s'ajoute à un nombre croissant de tentatives dans les pays émergents de réduire la domination de Standard & Poor's, de Moody's et de Fitch, sans qu'aucune ne s'impose vraiment à l'échelle internationale. Il est d'ores et déjà critiqué en raison du risque de manque d'indépendance de la future institution, facteur-clé pour les marchés auxquels s'adressent ces fameuses notes aux airs de sésame pour accéder au marché de la dette pour les États, entreprises ou collectivités locales.
Lors d'une réunion consacrée à ce sujet avec des représentants du secteur financier, les participants « ont estimé que le marché russe avait besoin d'une agence de notation forte avec une direction et des compétences professionnelles de haut niveau, capables de satisfaire les intérêts de l'économie et de disposer de l'autorité nécessaire auprès des investisseurs aussi bien russes qu'étrangers », indique la Banque de Russie dans un communiqué.
La nouvelle agence sera dotée d'un capital de trois milliards de roubles (près de 50 millions d'euros) qui sera réparti à parts égales et inférieures à 5 % entre plusieurs investisseurs (banques, compagnies d'assurances...), a précisé le régulateur. Cet éclatement de l'actionnariat, selon la presse russe, est censé garantir l'indépendance de la nouvelle institution, mais des experts ont déjà émis des doutes, mettant en avant la présence prévue de plusieurs grandes banques publiques et l'influence de la Banque centrale, qui, bien qu'absente du capital, porte le projet.
Le pilotage du lancement a été confié à Ekatérina Trofimova, vice-présidente de la banque publique Gazprombank, qui a déjà travaillé pour Standard & Poor's, en vue de publier des notations à partir de la mi-2016.
Il existe déjà plusieurs agences en Russie, mais de taille modeste et aux décisions peu suivies. La Banque centrale a souligné le besoin de « relancer ce secteur » pour l'adapter à l'évolution de la législation. Elle a aussi mis en avant la nécessité d'une agence « résistant aux risques géopolitiques ».

Fronde des pays émergents
Après l'effondrement du rouble de l'automne dernier, causé par la chute des cours du pétrole et les sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne, Standard & Poor's puis Moody's (mais pas Fitch) ont abaissé la note de la Russie à un niveau dit « spéculatif », boudé des investisseurs. Cette décision signifie que la dette publique russe, et par ricochet celle des entreprises, peut se trouver automatiquement écartée du portefeuille de certains investisseurs, d'où des complications pour emprunter.
Moscou avait réagi avec colère et dénoncé des décisions politiques dictées par Washington, alors que les relations sont au plus bas depuis la guerre froide entre les deux capitales.
Au-delà de la Russie, Standard & Poor's, Fitch et Moody's sont souvent accusées de mettre de l'huile sur le feu avec leurs abaissements et de prendre des décisions injustes. Les pays émergents, qui actuellement cherchent à se doter d'institutions financières indépendantes autour du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), se montrent particulièrement critiques. Ils jugent que le système actuel favorise les pays occidentaux pourtant très endettés à leur détriment, alors qu'ils sont parfois les premiers à investir dans la dette américaine ou européenne.
L'agence chinoise Dagong a ainsi créé en 2013 Universal Credit Rating Group (UCRG) avec l'agence américaine Egan-Jones et la russe RusRating. En janvier 2014, cinq agences principalement issues des pays émergents ont également uni leur force sous la houlette de la portugaise ARC mais ont depuis peu fait parler d'elles.
Les autorités russes n'ont pas caché que leur projet visait surtout le marché russe, où comme ailleurs les notations sont utilisées à des fins réglementaires, avant peut-être de s'attaquer aux pays alliés. « Il est certain que cela s'adresse aux investisseurs et institutions économiques locaux, mais il est important pour la Russie de disposer de sa propre agence de notation, surtout au vu des risques géopolitiques », a estimé Oleg Kouzmine, économiste de Renaissance Capital, interrogé par l'AFP.
(Source : AFP)

La Russie a officialisé hier son projet de créer une agence de notation nationale ambitionnant de contrer au moins sur son sol les surpuissantes agences internationales, qui avaient provoqué la colère de Moscou en sanctionnant sa dette publique.Ce projet aux accents très politiques s'ajoute à un nombre croissant de tentatives dans les pays émergents de réduire la domination de Standard & Poor's, de Moody's et de Fitch, sans qu'aucune ne s'impose vraiment à l'échelle internationale. Il est d'ores et déjà critiqué en raison du risque de manque d'indépendance de la future institution, facteur-clé pour les marchés auxquels s'adressent ces fameuses notes aux airs de sésame pour accéder au marché de la dette pour les États, entreprises ou collectivités locales.Lors d'une réunion consacrée à ce sujet avec des...
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