Les pays riches et les nations en développement se sont entendus hier sur les moyens de trouver les quelque 2 500 milliards de dollars nécessaires au financement du développement d'ici à 2030, à l'issue d'une conférence de quatre jours dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba. Ces fonds sont nécessaires pour atteindre les 17 objectifs de développement durable que l'Onu est en train de fixer pour 2015-2030, avec l'ambition d'éradiquer d'ici à 2030 la pauvreté et la faim dans le monde, tout en maîtrisant le changement climatique.
Les pays donateurs ont réaffirmé leur objectif de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l'aide au développement. Le document adopté à l'issue de cette conférence sous l'égide de l'Onu encourage également la coopération avec le secteur privé et propose des mesures de soutien aux pays en développement pour améliorer leurs politiques fiscales et générer davantage de revenus par la collecte d'impôts.
Cet accord s'est néanmoins fait au prix d'un recul des pays pauvres sur la fiscalité : après d'âpres négociations, ils ont renoncé à la création d'un organisme, chapeauté par l'Onu, de lutte contre une évasion fiscale qui leur fait perdre tous les ans des dizaines de milliards de dollars. La création de cette instance aurait eu pour mission d'établir de nouvelles normes fiscales internationales dans la lutte contre les flux illicites et l'évasion fiscale, en particulier des multinationales, qui font perdre des dizaines de milliards de dollars par an aux pays pauvres. Mais sa mise en place divisait pays du Nord et du Sud. Les premiers estimaient que l'OCDE, qui regroupe les 34 pays les plus avancés, suffit pour débattre des questions de taxation internationale. Pour eux, un nouvel organisme chapeauté par l'Onu risquait surtout d'introduire des lourdeurs. L'argument était contesté par les pays du G77, qui rassemble 134 pays en développement, emmenés par l'Inde et le Brésil, qui réclamaient, avec de nombreuses ONG, une instance intergouvernementale dans laquelle tous les pays pourraient faire entendre leur voix. L'idée était de mettre fin aux transferts de bénéfices permettant aux multinationales d'échapper à l'impôt dans les pays où elles opèrent, souvent en ayant recours aux paradis fiscaux.
Devant l'inflexibilité des pays du Nord, États-Unis et Royaume-Uni en tête, les pays en développement ont abandonné leur revendication, en raison notamment des appels pressants de l'Éthiopie, hôte de la conférence. Le texte final dit seulement que les experts du modeste Comité sur la coopération internationale en matière fiscale, qui existe déjà au sein de l'Onu avec un rôle purement consultatif, soient désormais nommés « par les gouvernements » et sélectionnés « selon une distribution géographique équitable ».
Pour nombre de participants, la question de cet organisme fiscal dépassait la simple question des normes de taxation. Les pays du G77 y voyaient avant tout une façon de contester la domination des pays occidentaux sur l'établissement des règles internationales. « Les États-Unis et l'Europe ont réussi à garder la mainmise sur le système de gouvernance mondiale, dont fait partie la fiscalité », s'est agacé Lucie Watrinet, de l'ONG CCFD-Terre Solidaire. « Il y a 3 ans, personne ne parlait de la question des flux illicites, et maintenant nous avons pour la première fois un accord global pour tenter de les éliminer d'ici à 2030 », tempère Eric LeCompte, directeur de Jubilee USA Network, une organisation spécialisée sur la question de la dette des pays pauvres.
(Source : AFP)
Économie - Sommet
À Addis-Abeba, l’Onu trace la voie pour un financement durable du développement
OLJ / le 17 juillet 2015 à 00h00


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