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Nos lecteurs ont la parole - Élie Michel Nasard

La torture et l’état de nos prisons : ces maladies endémiques...

Cette maladie endémique, la torture ou la violence et les mauvais traitements, propre aux derniers pays du tiers-monde, semble avoir encore de beaux jours devant elle au Liban. Comme j'ai honte de mon pays chaque fois que ce sujet est évoqué, et je ne comprends toujours pas pourquoi cette habitude lâche, cynique, odieuse, injuste, stupide et inhumaine, d'une époque révolue, continue de se pratiquer dans certains de nos postes de police ou centres d'interrogatoire.
Cela rappelle la triste époque où l'Inquisition faisait des ravages en Europe (avec ses pratiques barbares, pour lesquelles d'ailleurs le bon pape saint Jean-Paul II avait demandé pardon), soumettant à une torture cruelle tout individu suspect, « afin de délier les langues récalcitrantes », disaient-ils. Il suffisait d'une petite dénonciation, parfois mensongère à dessein, de la part d'un voisin complexé, mauvais et méchant, pour arrêter toute personne et la soumettre à la « question » (l'interrogatoire appuyé par la torture systématique). On a souvent dit à ces monstres de prêtres, qui n'avaient aucun problème de conscience, ni aucun état d'âme, lorsqu'ils donnaient l'ordre de torturer un suspect, que leurs méthodes pouvaient inciter des innocents à avouer des fautes qu'ils n'ont pas commises, rien que pour échapper aux insupportables sévices auxquels on les soumettait. Ils répondirent que Dieu donne toujours suffisamment de force au suspect-innocent pour supporter la torture, en continuant à nier l'accusation dont on le soupçonne, et finir ainsi par se faire relâcher.
Heureusement que cette époque est révolue, mais il est encore trop tôt pour crier victoire, parce qu'elle continue d'être pratiquée dans des dizaines de pays encore (dont le nôtre hélas), sous des formes différentes, plus modernes, mais tout aussi efficaces, et ce pour toutes sortes de motifs ou de prétextes. Et ces pays ne sont pas tous du tiers-monde. Rappelons-nous : « Abou Ghraib », les méthodes de la CIA, etc.
Pourtant, le Liban figure parmi les pays signataires de la convention onusienne contre la torture, et, malgré cela, on y insiste parfois à poursuivre ces pratiques inhumaines et honteuses, indignes d'un pays civilisé. Pourquoi ? Parce que ces méthodes sont le moyen le plus facile et le plus rapide pour obtenir les aveux qu'on souhaite, en prouvant à quel point certains éléments de nos services sécuritaires sont zélés et efficaces, et par conséquent méritants, donc accessibles aux promotions qu'ils convoitent. Faire souffrir, dans sa chair et sa dignité, une personne innocente, juste par cupidité ? C'est le summum de la perfidie et de la décadence morale. De pareilles personnes sont susceptibles de poursuites devant (si je ne m'abuse) la Cour de justice internationale, qui devrait aussi juger leurs (ir)responsables chefs hiérarchiques pour leur silence devant de telles exactions. Évidemment, ces derniers et leurs familles ne risquent pas de se trouver un jour devant le bourreau, parce que, chez nous, les puissants et leurs protégés, ainsi que les voyous-arrogants sont inattaquables.
Résultat : certains suspects innocents ont été condamnés sur base des aveux qui leur ont été extorqués durant leurs interrogatoires, car certains juges ont choisi d'ignorer leurs protestations contre la manière dont lesdits aveux ont été obtenus. Peut-il exister une plus grande injustice ? Laisser des innocents faibles ou pauvres, non pistonnés, pourrir en prison, pour des crimes qu'ils n'ont pas commis ? Détruire ainsi leur présent et leur futur, ainsi que celui de leurs familles ? Je me demande comment des juges, qui prononcent de telles sentences, ainsi que les instances censées contrôler leurs verdicts arrivent à dormir la nuit ?
Pourtant, il est très facile de mettre un terme à ces pratiques, pour peu que l'on veuille le faire, en procédant comme suit :
1. Exiger la présence d'un avocat durant les séances d'interrogatoire. Pour ceux qui n'en ont pas les moyens, on aura recours à un avocat commis d'office par l'ordre des avocats.
2. Installer des caméras de surveillance dans toutes les salles d'interrogatoire, reliées à une salle spécialement aménagée à cet effet, dans le ministère de l'Intérieur.
3. Condamner, à des peines de prison sévères, tout élément de la police ou de l'armée qui a recours à la torture, c'est-à-dire le bourreau, ainsi que ses supérieurs hiérarchiques, qui sont censés surveiller le travail de leurs subordonnés.
Cependant, nous sommes obligés, hélas, de faire une exception à la prohibition de la torture, aussi dur que cela puisse paraître, parce qu'il s'agit, dans ce cas-là, d'une question qui relève de la sécurité nationale, c'est-à-dire de l'intérêt suprérieur de la nation. Ceci concerne certains terroristes, et particulièrement les « islamistes takfiristes » et parfois kamikazes aussi (dont le scandale a éclaté récemment), nouvellement arrêtés et soupçonnés de posséder des informations liées à des actes planifiés, comme des agressions ou des attaques terroristes imminentes (dont les voitures piégées), lesquelles, une fois déclenchées, pourraient tuer des dizaines ou des centaines de militaires et/ou d'innocents, et en blesser beaucoup plus (dont certains resteront handicapés pour la vie). Dans ce cas particulier, une certaine dose de pression physique est souvent indispensable, et là alors qu'on ne nous parle surtout pas de droits de l'homme dont devraient bénéficier des bandes de terroristes-jihadistes-takfiristes, qui ne sont pas plus que des monstres-massacreurs-égorgeurs.
Reste enfin l'état catastrophique de nos prisons, qui sont devenues aussi dangereuses que les « madrassas » wahhabites, parce qu'elles ont la faculté de transformer un petit larron en bandit de grand chemin, un petit escroc en mafioso, un apprenti-assassin en tueur dangereux, un meneur coupable d'avoir tenu quelques discours fanatiques en un jihadiste-takfiriste-sécessioniste. Vous vous demandez pourquoi ? Eh bien parce que nos prisons sont devenues des terreaux pour toutes sortes de malveillance et de crimes, cela étant surtout dû à la surpopulation et la promiscuité, ainsi qu'à la très mauvaise gestion de ces pénitenciers, où règnent la corruption, le trafic de drogue, et toutes sortes de choses prohibées.
Heureusement qu'il semble enfin que nos autorités aient commencé à se réveiller pour décider de construire quelques prisons modernes. Pourvu que ce projet ne trouve pas le même sort que plusieurs autres, qui ont fini dans l'oubli...
Investir dans la réforme pénitencière, c'est investir dans le salut du Liban, qui pourra espérer alors une société plus équitable et plus civilisée, avec beaucoup moins d'injustice et de malfaiteurs.

Cette maladie endémique, la torture ou la violence et les mauvais traitements, propre aux derniers pays du tiers-monde, semble avoir encore de beaux jours devant elle au Liban. Comme j'ai honte de mon pays chaque fois que ce sujet est évoqué, et je ne comprends toujours pas pourquoi cette habitude lâche, cynique, odieuse, injuste, stupide et inhumaine, d'une époque révolue, continue de se pratiquer dans certains de nos postes de police ou centres d'interrogatoire.Cela rappelle la triste époque où l'Inquisition faisait des ravages en Europe (avec ses pratiques barbares, pour lesquelles d'ailleurs le bon pape saint Jean-Paul II avait demandé pardon), soumettant à une torture cruelle tout individu suspect, « afin de délier les langues récalcitrantes », disaient-ils. Il suffisait d'une petite dénonciation, parfois...
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