Le Liban continuera d'être privé d'un chef de l'État pour une durée indéterminée. C'est la conclusion à laquelle sont parvenus des ambassadeurs en poste à Beyrouth, au terme d'une concertation qui s'est tenue en marge de la conférence ministérielle des États arabes méditerranéens qui s'est tenue mercredi dans la capitale.
Le constat le plus sévère est fait par un ministre arabe, qui a noté l'absence de tout espoir d'une fin de crise, au terme de 13 mois de vacance à la présidence. Les officiels libanais qui l'écoutaient n'ont pu que relever « l'inquiétude extrême des responsables de son pays », dont il s'est fait l'écho.
Pour lui, la perpétuation de cette vacance est susceptible d'exposer le Liban à une période d'instabilité politique et sécuritaire certaine, alors que la guerre en Syrie entre dans une phase marquée par une mobilité inquiétante des lignes de front et l'esquisse d'une nouvelle configuration géopolitique. Alors que les négociations sur le nucléaire iranien, après avoir pris de l'élan, semblent à nouveau se heurter à des entraves, à seulement trois jours de la date prévue pour la signature supposée d'un « accord définitif » sur la question entre l'Iran et les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité, plus l'Allemagne.
Pour ce ministre, il est pour le moins « étrange » que la bataille présidentielle se limite à deux candidats seulement, alors que tous deux sont incapables de réunir sur leur nom que ce soit la majorité qualifiée qui permettrait leur élection, ou même la majorité simple qui prévaut au second tour. Cette personnalité ne comprend pas, non plus, le raisonnement de Michel Aoun qui exige que la Chambre l'élise, sous prétexte qu'il est le chef du bloc parlementaire le plus important du pays, après celui du courant du Futur, et qui, refusant d'être traité à pied d'égalité avec Samir Geagea, demande que ce dernier se désiste en sa faveur. Incapable de réunir ces conditions, M. Aoun persiste quand même à croire que son combat est celui de la récupération des droits dont les chrétiens jouissaient il y a vingt ans.
Parallèlement, la source citée observe que le second candidat fait preuve de plus de souplesse et se déclare prêt à se retirer de la course, mais pas en faveur du général Aoun. Et de noter que l'obstination du chef du CPL a fini par dresser contre lui certains de ses propres alliés, et a poussé Nabih Berry, qui appartient pourtant au 8 Mars, à demander aux députés de son bloc de se ranger dans l'hémicycle aux côtés de ceux du 14 Mars.
Et d'ajouter que la persistance de Michel Aoun à faire prévaloir son point de vue dresse aussi contre lui les pôles économiques et syndicaux réunis mercredi au Biel, qui ont mis en garde contre le marasme économique provoqué par la crise. Pour se voir répondre par l'intéressé que cela est pure intimidation, et que le volume des dépôts bancaires et le taux des revenus par habitant disent le contraire.
Pour la source citée, Michel Aoun a ruiné toutes les tentatives des États amis, à commencer par la France et le Vatican, d'aider le Liban à franchir cette mauvaise passe avec le moins de dégâts possibles. Des tentatives secondées, sur le plan local, par les appels répétés à l'élection d'un président lancés par le patriarche Raï, sans compter les efforts des autres grandes puissances et du secrétaire général de l'Onu.
À ces entraves mises au fonctionnement des institutions, le général Michel Aoun a mis un comble en paralysant depuis trois semaines les réunions du Conseil des ministres, observe la source citée, insistant qu'un nouveau commandant en chef de l'armée soit nommé dès à présent et refusant d'attendre pour cela le 23 septembre, date de la fin du mandat du général Jean Kahwagi.
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Je suggère que les ambassadeurs ..qui ne sont pas contents partent ...! il faut bien laissé les libanais devenir majeurs et indépendants ...! (bien que je reconnaisse que ce soit difficile)
19 h 16, le 27 juin 2015