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Culture - Théâtre

Grégori Baquet, en Perceval, conquiert le Graal

Le public était préparé à (rece)voir « Un obus dans le cœur », pièce écrite par Wajdi Mouawad qui se joue encore ce soir au Monnot à l'initiative de Persona Productions. Mais c'est surtout de l'acteur Gregori Baquet qu'est venue la surprise. Comme une vague de lames qui a envahi une audience conquise.

Gregori Baquet fait remonter à la surface les démons enfouis de Wajdi Mouawad. ifou/Le Pôle Media

« Aujourd'hui, maman est morte, ou peut-être hier je ne sais pas. » L'incipit de L'Étranger de Camus pourrait très bien s'adapter à la pièce Un obus dans le cœur, écrite par l'auteur libano-canadien Wajdi Mouawad, qui évoque encore une fois des thèmes qui lui sont chers, qu'on appellerait volontiers récurrents, mais qui pourraient être qualifiés également de répétitifs : filialité, guerres, mais aussi l'image quasi obsolète du bus en flammes... Ainsi, l'auteur n'en finit pas de confondre passé et présent, et n'arrive plus à conjuguer la vie à un temps quelconque. « Méfie-toi des souvenirs comme d'une montre arrêtée », disait Georges Shéhadé.
De ce monologue et de cette voix off, néanmoins portés par un comédien pour le moins habité, Gregori Baquet, et magnifiés par la mise en scène de Catherine Vrignaud, résonne comme une voix intérieure, celle de l'intime profond et enfoui de l'auteur. Les strates d'années refoulées, de rage, de colère, d'incompréhension devant l'horreur vécue durant la guerre du Liban remontent à la surface, s'enchevêtrent dans un chaos de sentiments et d'émotions. La chaleur rougeâtre du Liban se mêle au froid grisâtre du Canada et à la teinte bleutée de la chambre d'hôpital. L'attachement à la mère/matrice, au détachement. L'absurdité camusienne est présente à plus d'un niveau, tant dans l'espace que dans le temps. Le texte de Mouawad est puissant, le phrasé direct (qui va droit au cœur comme un obus), les mots aigres-doux, où l'humour se profile comme du soleil à travers les nuages. Tout se mélange chez cet auteur à la double identité, à la double appartenance, au rythme des battements du cœur avec cependant des extrasystoles, dues au sentiment de déjà-vu.

D'autres démons ?
En effet depuis Incendies, et même avant, avec Littoral, Wajdi Mouawad, metteur en scène et comédien, n'arrive pas à sortir du cercle vicieux de cette guerre civile qu'il traite dans Un obus dans le cœur de « sœur jumelle ». Une guerre qu'il assimile donc à sa naissance et probablement à sa mère – qui se meurt dans la pièce –, mais dont la fin présage un désir de l'auteur, brouillé avec son passé, de tourner la page.
Pour réconcilier avec ce sentiment de déjà-vu/entendu, un seul homme qui tient la scène et qui monologue avec lui-même et avec le public, qui rage, piaffe, hurle sa douleur, pleure et sourit à la fin. Un Grégori Baquet au top de sa forme, distingué récemment, à l'âge de quarante-quatre ans (il était temps !) par un Molière de la révélation masculine.
Grâce à l'intelligence de la metteuse en scène Catherine Vrignaud qui a délimité l'espace scénique en arc de cercle, « référence au cercle antique du début du théâtre qui demandait aux spectateurs d'être à la fois auditeur et acteur », mais aussi à un scénographe, Huma Rosentalski, lequel, inspiré par le peintre Zoa Wou-Ki qui expérimente de façon intuitive le physique, l'espace et la nature, Un obus dans le cœur regorge de climats et le déjà-vu se voit phagocyté par le « jamais ressenti ».
« On ne sait pas comment une histoire commence... » C'est par cette phrase que débute le récit de Mouawad. Pour Grégori Baquet, le second chapitre de sa vie a déjà commencé avec sa consécration, dans cette pièce-là.
Quant à Wajdi Mouawad, l'esprit enfin lavé par cette catharsis, trouvera-t-il enfin d'autres démons à exorciser ?

 

Pour mémoire
Gregori Baquet : « Venir jouer Wajdi Mouawad à Beyrouth, c’est quand même assez particulier »

Les « Sœurs » de Wajdi Mouawad sur scène

« Aujourd'hui, maman est morte, ou peut-être hier je ne sais pas. » L'incipit de L'Étranger de Camus pourrait très bien s'adapter à la pièce Un obus dans le cœur, écrite par l'auteur libano-canadien Wajdi Mouawad, qui évoque encore une fois des thèmes qui lui sont chers, qu'on appellerait volontiers récurrents, mais qui pourraient être qualifiés également de répétitifs : filialité, guerres, mais aussi l'image quasi obsolète du bus en flammes... Ainsi, l'auteur n'en finit pas de confondre passé et présent, et n'arrive plus à conjuguer la vie à un temps quelconque. « Méfie-toi des souvenirs comme d'une montre arrêtée », disait Georges Shéhadé.De ce monologue et de cette voix off, néanmoins portés par un comédien pour le moins habité, Gregori Baquet, et magnifiés par la mise en scène de Catherine...
commentaires (1)

Qu'il y ait des thèmes récurrents,c'est certain. Mais de là à parler de thèmes répétitifs, et de répéter trois fois l'expression déjà-vu, c'est mésestimer aussi bien l'auteur que la nécessité d'accomplir le travail qu'il fait au niveau de toute une nation. Quant à prétendre que l'image du bus en flamme est quasi obsolète, c'est de l'offense gratuite. C'est tout simplement prétendre que la vie de ceux qui l'ont perdue durant toutes ces années est insignifiante et, justement, quasi obsolète.

nadim souraty

23 h 31, le 27 juin 2015

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Commentaires (1)

  • Qu'il y ait des thèmes récurrents,c'est certain. Mais de là à parler de thèmes répétitifs, et de répéter trois fois l'expression déjà-vu, c'est mésestimer aussi bien l'auteur que la nécessité d'accomplir le travail qu'il fait au niveau de toute une nation. Quant à prétendre que l'image du bus en flamme est quasi obsolète, c'est de l'offense gratuite. C'est tout simplement prétendre que la vie de ceux qui l'ont perdue durant toutes ces années est insignifiante et, justement, quasi obsolète.

    nadim souraty

    23 h 31, le 27 juin 2015

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