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Culture

Mike Massy, petit prince pop au cœur marshmallow

Atelier d’artiste

L'auteur-compositeur a ouvert les portes de son home-studio le temps d'une journée. Rencontre avec un jeune homme (un peu trop ?) sensible.

Brice LAEMLE | OLJ
26/06/2015

Mike Massy est un jeune homme pressé, encore davantage aujourd'hui. Il reçoit dans son appartement de Sarba, près de Jounieh. Son assistante a démissionné la veille. Ses cheveux encore mouillés, la chemise à peine enfilée, la vedette parfumée vient de prendre une douche en quatrième vitesse. À 33 ans, Mike Massy en ferait presque dix de moins. Il a gardé cet air juvénile, cette énergie enfantine, qu'il est rare de rencontrer chez un trentenaire. Un mini-ouragan qui se déplace au pas de course dans son appartement, afin de ranger « des affaires qui traînent », alors que les lieux sont déjà impeccables.
Mis à part la pièce qu'il surnomme son « home-studio » et quelques affiches de concert, son antre n'a rien d'extravagant. Il est même modeste. Massy habite là depuis bientôt dix ans. Mais, pour le workaholic qu'il est, ce n'est pas facile de vivre dans son espace de création. Il ne s'arrête jamais vraiment. « Ce n'est pas toujours très sain de travailler là ou l'on vit, c'est fatigant, mais c'est la vie d'un artiste, le cerveau et le cœur ne s'arrêtent jamais. On ne peut pas laisser les émotions à la porte et rentrer faire de la musique », souligne l'auteur-compositeur.

Le « Ti Amo » de Dalida
Sur son bureau parfaitement rangé, on aperçoit l'édition grand format du Petit Prince. Rien d'étonnant à cela : Mike Massy ressemble au frêle personnage du conte poétique d'Antoine de Saint Exupéry. S'il n'en a pas la blondeur, il possède néanmoins sa candeur. Cet artiste à la barbe bien taillée, doux, voir doucereux, ressemble au gendre parfait avec son visage fin. Sa voix se fait parfois chevrotante, marquée par le stress, mais c'est simplement pour trouver des phrases à l'eau de rose. « On n'a pas besoin de mourir d'amour pour comprendre que cela fait mal, mais il faut avoir une sensibilité minimale afin d'imaginer qu'on puisse mourir d'amour », ajoute-t-il à propos de l'écriture de ses chansons. Le beau garçon apparaît fragile, mais il sourit. Par politesse.

Afin d'apprivoiser sa nature angoissée et pour créer sereinement, Michael el-Massih (de son vrai nom) a eu besoin de s'inventer une tanière lumineuse au nord de Beyrouth. L'artiste aime composer sur son piano, offert par son père il y a 17 ans, sur lequel trône fièrement un coffret Jacques Brel. C'est dans cette petite pièce de son appartement qu'il crée et enregistre quelques-uns de ses morceaux.
Des cartes postales de ses idoles ornent les murs : Mohammad Abdel Wahab, Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot, notamment. Dans sa DVDthèque, on recense quasiment toute la filmographie de Pedro Almodovar, entre des 33 tours de Dalida et des CD de Lara Fabian. Précieusement rangée, une ancienne valise en cuir achetée au marché aux puces de Gand, marque de sa proximité avec son autre pays d'adoption, la Belgique. « Lorsque je suis arrivé dans cet appartement, il n'y avait rien, tout ce qu'il y a là, c'est un peu de moi. Revenir ici, après mes tournées, me permet de souffler. »

Dans l'étagère, plusieurs grands cartons, remplis de CD de ses trois albums. Il garde précieusement son premier opus Ila sama atba'ouka sous forme de cassette audio. Cette « relique », qui date de 2001, est son porte-bonheur. L'artiste possède aussi de vieilles cassettes qu'il a achetées avec l'argent de poche que sa mère lui donnait. Il ne dépensait pas ses 2 000 LL pour une man'ouché, comme prévu, mais pour acheter des cassettes. S'il ne devait en garder qu'une seule ? Cela serait Ti Amo de Dalida, qu'il souffle avoir volé à sa sœur.
Sa chanson Beirut, composée durant l'été 2006, est très liée à son studio. « À l'époque, il n'y avait rien du tout, c'était une chambre terrible, il faisait extrêmement chaud, il n'y avait ni air conditionné ni parquet, les murs étaient vides. Je me suis installé par terre, on ne pouvait pas se rendre à Jounieh, car le pont avait été détruit par un bombardement. Je n'arrivais même pas à rejoindre ma famille et mes amis qui habitent à dix minutes d'ici. Je n'avais quasiment plus rien à manger, pas un sou. Je me suis levé un matin et j'ai écrit cette chanson pleine de rage envers cette guerre qui nous empêchait de nous déplacer dans notre propre pays. »

 

 

« Vous vous croyez artiste ? »
Mike Massy ne peut s'empêcher d'être un peu dramaqueen. Cet ultrasensible dit cacher des lettres d'amour (de fans) dans la chaise sur laquelle il s'assoit pour jouer. L'auteur-interprète écrit sa musique de manière assez intuitive, mais pour les paroles, il avoue avoir plus de difficulté. « Je dois me forcer à exprimer ce que je ressens, j'ai souvent peur de m'avouer les choses, je suis souvent dans la retenue. Mes amis estiment que j'exprime mes pensées de manière trop crue », confesse le trentenaire avant de marquer une pause. « Parfois même cruelles », ajoute-il d'une voix innocente. Bien qu'il cherche à le prouver, difficile de l'imaginer blessant son prochain.

De son passé de comédien, Mike Massy a gardé cette tendance à surjouer les émotions, mais celle-ci n'est pas gratuite, elle vise simplement à cacher son incroyable timidité. Chercherait-il à cacher un certain manque de confiance derrière un trop plein d'assurance ? Comme une carapace qui le protégerait des mauvais coups? À l'instar de son épreuve de bac musical. Le musicien s'était mis à pleurer en jouant Brahms, un morceau qu'il connaissait sur le bout des doigts et qui lui a rappelé son grand-père décédé deux semaines plus tôt. Un des membres du jury l'avait apostrophé : « Vous vous croyez artiste ? » Le jeune Mike, piqué au vif, lui avait alors rétorqué : « Oui je suis artiste, et ce conservatoire deviendra un cimetière des musiciens avec des personnes comme vous. »

Mais impossible de lui demander de jouer de manière improvisée. Même s'il est en terrain connu, le stress le prend à la gorge, Mike Massy perd aussi vite ses moyens, qu'il retrouve après quelques respirations profondes. Une fois le processus de concentration engagé, Massy montre la fluidité et l'agilité de son jeu au piano, et la justesse de sa voix sur Ya Hayet.
Nombreux ont été ceux qui ont moqué sa volonté d'être « touche-à-tout », de jongler avec les genres musicaux (pop, tarab, jazz, tango, flamenco...), mais lui ne veut vivre que de la sorte. Son prochain album, prévu pour le début de l'année 2016, conjugue joyeusement dabké et jazz, en arabe. Et il pense déjà au suivant, en français, celui-là.
« J'ai besoin de me surprendre, je m'ennuie très facilement. Si je ne m'amuse pas, je mourrai à petit feu. »

 

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