« La fraude est une chose normale qu'encouragent certains professeurs. » La constatation de l'association Sakker el-Dekkané n'est pas seulement triste, elle est grave, inadmissible même. Inadmissible, car elle reflète les failles des examens officiels organisés par l'Éducation et la véritable valeur des diplômes de fin d'études complémentaires ou secondaires, le brevet et le bac libanais. Une réalité consternante que nous dénonçons en vain depuis de longues années.
C'est à partir d'un sondage auprès de 241 candidats dans dix centres d'examen répartis sur l'ensemble du territoire que l'ONG qui lutte contre la corruption s'est fait une idée de l'ampleur du phénomène de triche aux examens officiels. La moitié des élèves interrogés a observé que la fraude aux examens est une normalité. Plus du tiers a avoué avoir triché. Le plus grave, c'est que des surveillants encouragent cette pratique, comme l'ont constaté le quart des élèves interrogés.
Le citoyen sait fort bien comment les choses se déroulent, pour l'avoir expérimenté lui-même ou pour avoir entendu les histoires vécues par ses enfants, ses voisins, ses proches. Dans de nombreux cas, les surveillants ne se contentent pas de fermer les yeux sur les antisèches sorties de nulle part, sur les copies qui circulent entre les élèves, sur les réponses qui fusent dans une salle d'examen. Ils sont au cœur même du processus de triche dès lors qu'un candidat leur est « fortement recommandé ».
Repérant d'abord les bons élèves, ils s'emparent de leurs copies d'examen, même inachevées, pour en faire la dictée à haute voix, histoire de permettre à tous d'en profiter. Cet exemple n'est qu'un parmi tant d'autres, mais il montre l'impunité qui accompagne la fraude dans la grande majorité des cas. Normal, avec 50 inspecteurs pour 380 centres d'examen.
D'une salle d'examen à l'autre, la situation peut être totalement différente. Certaines salles d'examen sont si étroitement surveillées qu'on y entendrait une mouche voler. Le sentiment d'injustice des élèves recalés n'en est que plus légitime. Pourquoi n'ont-il pas tous les mêmes chances de réussite ?
Il en est ainsi depuis plus de trente ans. Mais l'Éducation n'a toujours pas envisagé de solution et continue de fermer les yeux sur la fraude, sauf exceptions. D'aucuns disent que les enseignants chargés de la surveillance sont si mal payés pour cette tâche qu'ils ne la prennent pas au sérieux. Mais le problème va bien au-delà des surveillants, du manque de contrôleurs, et du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur.
Il est à l'image du pays, miné par les influences de politiciens, de responsables et de zaïms qui se croient tout permis, même de faire pression pour que leurs enfants passent leurs examens officiels dans les « meilleures conditions ».
Liban - Citoyen Grognon
La triche, encore et toujours
OLJ / Par Anne-Marie El-HAGE, le 20 juin 2015 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
C'est la décadence morale totale du pays, mon cher Watson !
17 h 55, le 20 juin 2015