Quinze membres d'un groupuscule islamiste, Forsane Alizza ("les cavaliers de la Fierté"), sont jugés à partir de lundi à Paris, soupçonnés d'avoir préparé des attentats sous couvert de lutte contre l'islamophobie.
Au centre du dossier, Mohamed Achamlane, 37 ans, "émir" du groupe. Barbe fournie, invariablement en turban et djellaba, il a fondé le site du même nom, officiellement pour lutter contre l'islamophobie. Mais la virulence de certains propos le conduira lui-même devant le tribunal en 2011 pour provocation à la discrimination raciale ou religieuse. Le groupe a organisé également des manifestations, notamment contre la loi interdisant le voile intégral. En janvier 2012, il a été dissous par le ministère de l'Intérieur, qui l'accuse de prôner la lutte armée.
Suite à cette décision, un texte est publié sur le site du groupe exigeant que "les troupes françaises quittent tous les territoires à majorité musulmane sans conditions ni délai" ainsi que le "retrait des lois abjectes contre le voile et le niqab". "Si d'aventure nos exigences ne sont pas prises en compte, alors nous considérerons que le gouvernement est entré en guerre contre les musulmans", prévient-il. Les membres du groupe sont pistés sur internet, où Achamlane s'intéresse au réglage de lunettes de fusil ou aux gilets pare-balles. Et dans un "chat" privé il lance: "par Allah tout puissant on va lui mettre des cicatrices à la France".
Le 28 mars 2012, Achamlane et ses compagnons sont interpellés à travers la France, en pleine campagne pour l'élection présidentielle. Des armes seront saisies chez eux. Des enquêteurs évoquent un projet d'enlèvement d'un magistrat à Lyon mais le procureur de Paris lui-même évoque un projet sans "tentative de commencement d'exécution". Au terme de leur enquête, les juges s'affichent certains de ne pas viser une simple activité de propagande mais bien "un groupe de membres actifs, un noyau dur autour de Mohamed Achamlane, susceptible de préparer des actes de terrorisme en France". Sur les ordinateurs de plusieurs on a retrouvé des "consignes de recrutement" de l'émir, disant notamment: "il faut apprendre à tirer (voir club de tir près de chez vous)".
Mais pour Bérenger Tourné, avocat d'Achamlane, la justice n'a rien de concret contre son client, qui "a fondé Forsane Alizza pour lutter contre l'islamophobie sur le plan médiatique". Les prévenus, qui comparaissent jusqu'au 23 juin, risquent jusqu'à 10 ans de prison.


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