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Culture - Rencontre

Johannes Torpe, briseur de murs

Parmi les dix-huit invités prestigieux du Beirut Design Week, Johannes Torpe, architecte designer et ambassadeur d'une grande marque danoise.

Johannes Torpe, passionné et passionnant architecte designer.

La petite quarantaine, simplement vêtu d'un jean, d'une veste en cuir noire et les cheveux clairs parsemés de gel, l'aisance du Danois est éclatante, presque effrayante de précision. Que Johannes Torpe parle devant une centaine de personnes, à une designer libanaise qui l'encense, ou lors d'une interview, son regard bleu pétillant scrute toujours son interlocuteur du mieux qu'il le peut. Il l'analyse méthodiquement, comme s'il le scannait. Aussi, excellent communicant, il adapte son débit de parole à volonté. Mais l'homme n'est pas dépourvu d'humanité pour autant. Rien que le souvenir de la stéréo Beomaster 1900 le secoue. « J'avais cinq ans et cet objet sortait tout droit d'un film de science-fiction. À cet âge où vous ne pensez pas encore aux filles, vous pensez aux choses. Un simple poster de cet objet m'aurait suffit... », suggère l'artiste, en feignant un début d'orgasme.
Quatre ans déjà que l'architecte designer parcourt le monde afin d'échanger avec ses confrères, mais surtout pour prêcher la bonne parole et rénover l'image de Bang & Olufsen. La marque haut de gamme qui fête tout juste ses 90 ans, dont 43 années de présence à Beyrouth, s'est offert un ambassadeur de luxe en sa personne.
Fort en gueule, mais aussi capable d'avoir un regard distancié sur son travail, Johannes Torpe a su transformer son héritage familial en points forts. « Mon père était irlandais, c'était quelqu'un qui contenait le monde entier en un seul être. Ma mère est danoise, et les Nordiques sont carrément à l'opposé, plus renfermés, davantage dans l'observation. »
Cet amour du futurisme, le designer le tire de ses multiples visionnages de 2001, Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick. « C'était un avant-gardiste, il ne se fixait aucune limite et n'avait rien à faire de la réaction du public face à son travail », dit-il admiratif. Un profond rejet de l'école lie d'ailleurs les deux artistes. Kubrick haïssait ce qu'on lui apprenait, tandis que Torpe a étudié seulement trois années à l'école primaire. Élevé par sa mère dans une communauté hippie, le jeune Johannes était isolé par ses camarades de classe. « J'étais un exclu et je me suis construit ainsi, cela a formé mon caractère », avoue-t-il aujourd'hui.
Après avoir travaillé pour différents designers au début de sa carrière, Johannes Torpe se sent (une nouvelle fois) à l'étroit et fonde alors sa propre agence. À force d'idées ingénieuses et culottées, le talent du Danois s'exporte en Italie, en Chine et à Hong Kong, des pays dans lesquels il ouvre trois agences qui lui appartiennent. Dolce & Gabbana, Pal Zileri ou encore Ferrari font appel à lui. En 2011, le poste de directeur créatif de B&O, inexistant auparavant, est alors spécialement créé sur mesure.
Sans délaisser son propre business, il intègre la marque, en pleine crise financière, afin d'abattre les murs auxquels les designers font face. « À l'époque, il n'y avait qu'une seule façon de procéder, je devais libérer les potentiels en montrant que l'on pouvait agir de multiples manières », note-t-il. « Les créateurs doivent surtout laisser parler leurs intuitions, donner libre court à leur imagination et ne pas se créer de barrières inutiles. »

« Créer du désir »
Utilité, simplicité, émotion et beauté : tels sont les quatre piliers de l'objet parfait, selon le Danois. « Ce qui m'intéresse avant tout, c'est de créer du désir. Que la texture de l'objet vous donne la sensation d'avoir une interaction avec un humain, (...) de vouloir lui faire un câlin, que cela soit presque sexuel », jure-t-il.
De passage à Beyrouth pour 48 heures, Johannes Torpe a rendu visite aux étudiants de l'Alba. Pour parler design, certes, mais aussi et surtout vendre sa marque. « Si vous convainquez cent jeunes, cela s'ancrera dans leur mémoire reptilienne, et ils achèteront le produit dans vingt ou trente ans », s'exclame le quadragénaire, avant de tempérer son propos en disant que cela permet aux designers « d'avoir un regard naïf et nouveau » sur leurs créations.
Pendant l'heure de masterclass dont l'a chargé le Beirut Design Week, Johannes Torpe fait le spectacle. Micro accroché à l'oreille, d'un flegme tout britannique, il distille ses conseils et ses blagues à la vitesse d'une kalachnikov. Il s'avoue même un peu « control freak » lorsqu'il a la charge de s'occuper de la rénovation d'un restaurant, car il aime « tout imaginer du début à la fin ». Tables, lampes, couverts, tout doit passer par lui.
Chacune de ses journées est minutée, Torpe ne tient pas en place. À peine sa conférence terminée, il reprend l'avion pour le Danemark. Ambassadeur d'un luxe à portée de... télécommande.

La petite quarantaine, simplement vêtu d'un jean, d'une veste en cuir noire et les cheveux clairs parsemés de gel, l'aisance du Danois est éclatante, presque effrayante de précision. Que Johannes Torpe parle devant une centaine de personnes, à une designer libanaise qui l'encense, ou lors d'une interview, son regard bleu pétillant scrute toujours son interlocuteur du mieux qu'il le peut. Il l'analyse méthodiquement, comme s'il le scannait. Aussi, excellent communicant, il adapte son débit de parole à volonté. Mais l'homme n'est pas dépourvu d'humanité pour autant. Rien que le souvenir de la stéréo Beomaster 1900 le secoue. « J'avais cinq ans et cet objet sortait tout droit d'un film de science-fiction. À cet âge où vous ne pensez pas encore aux filles, vous pensez aux choses. Un simple poster de cet objet m'aurait...
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