Par ici la sortie... Sepp Blatter, président de la Fifa depuis 1998, a annoncé sa démission mardi soir. Après sa conférence de presse, il a quitté le siège de l’instance, à Zurich en Suisse, par la petite porte. Valeriano Di Domenico/AFP
La démission annoncée de Joseph Blatter a ouvert un immense chantier à la Fifa, où sa succession est ouverte sur fond d'interrogations.
Blatter a renoncé, mardi, à sa charge à peine quatre jours après avoir été réélu pour un 5e mandat. Il a expliqué son choix par le fait que « ce mandat n'avait pas le soutien de l'intégralité du monde du football ». Surtout, selon des médias américains, le Suisse, dont le successeur ne sera pas connu avant un congrès extraordinaire prévu à Zurich entre décembre 2015 et mars 2016, est désormais clairement dans le collimateur de la justice américaine. Pour le New York Times, les autorités « espèrent obtenir la coopération de certains des responsables de la Fifa inculpés » pour corruption pour resserrer l'étau autour de lui. La chaîne ABC News fait également état d'une enquête du FBI visant directement Blatter, en citant des responsables anonymes des forces de l'ordre et des sources proches du dossier, mais sans donner de détails. Et hier, Interpol a émis à la demande des autorités américaines six notices rouges (avis de recherche internationaux et/ou demandes d'arrestation à des fins d'extradition) visant notamment deux ex-responsables de la Fifa : le Trinidadien Jack Warner, ancien vice-président de l'instance, et le Paraguayen Nicolas Leoz, ancien membre du comité exécutif.
Mais pendant que les procédures se poursuivent, il est déjà question de savoir qui pourrait prendre la suite de celui qui dirigeait la maison mère du football mondial depuis 17 ans. L'équipe du prince jordanien Ali ben al-Hussein, qui avait poussé Blatter au deuxième tour vendredi dernier avant de se retirer, a assuré qu'il était « prêt à prendre la tête de la Fifa à tout moment, si on le lui demande ». L'ancien international brésilien Zico et l'ex-vice-président sud-coréen de la Fifa Chung Mong-joon s'interrogent également sur une possible candidature.
Platini au centre
Les Européens auront aussi leur mot à dire, notamment leur président, le Français Michel Platini, qui a annoncé le report d'une réunion de l'Uefa prévue samedi à Berlin, où les dirigeants européens devaient définir leurs relations futures avec la Fifa. « De nouvelles informations sont révélées chaque jour et il est plus raisonnable de prendre un peu de recul avant de pouvoir nous positionner tous ensemble sur le sujet », a expliqué le patron du foot européen. Mais l'Europe n'a pas que des alliés sur la planète football et son soutien revendiqué à l'attribution au Qatar du Mondial 2022 pourrait être un gros caillou dans sa chaussure.
Quels qu'ils soient, les candidats auront en tout cas un immense chantier à mener pour tenter de rétablir l'image de la richissime instance. Secouée depuis des années par les scandales et les soupçons de corruption, puis frappée par la vague d'interpellations du 27 mai, la Fifa a en effet été sérieusement ébranlée par la révélation, mardi par le New York Times, de l'implication du Français Jérôme Valcke, secrétaire général et bras droit de Blatter, dans un versement de 10 millions de dollars sur des comptes gérés par Jack Warner, déjà inculpé par la justice américaine. L'Afrique du Sud, donatrice de ces 10 millions de dollars au football caribéen, a assuré hier avoir agi « en toute légalité » et s'est posée en « victime collatérale d'une bataille géopolitique » la dépassant.
Inhabituellement intelligent
Dans la foulée de sa démission, M. Blatter a, lui, déjà été mis au ban : les organisateurs du Mondial des moins de 20 ans en Nouvelle-Zélande, une compétition gérée par la Fifa, ont indiqué qu'ils ne souhaitaient pas sa présence alors qu'il avait prévu d'assister à la finale le 20 juin.
Plus largement, la presse, les institutions et bon nombre de responsables du football mondial se satisfont de son départ. La Commission européenne a ainsi appelé à « un changement fondamental » au sein de la Fifa, estimant que la démission de Blatter représentait seulement « une étape dans un long processus qui devra suivre pour restaurer la confiance ». La chancelière allemande Angela Merkel a, elle, estimé que ce départ allait permettre « plus de transparence ».
Dès mardi, Platini avait salué « la bonne décision ». Son prédécesseur à la tête de l'Uefa, le Suédois Lennart Johansson, candidat malheureux face à Blatter en 1998, y est allé plus fort : « C'est inhabituellement intelligent de sa part. » « C'est une excellente nouvelle », a aussi jugé le président de la fédération anglaise, Greg Dyke, alors que la presse de son pays se déchaînait hier matin. La Confédération africaine (CAF), traditionnel soutien de Blatter, a été plus mesurée. Elle a pris « acte » hier de sa démission et a dit « soutenir les réformes allant dans le sens de la consolidation d'une Fifa qui sera acceptée par tous ». Plusieurs sponsors – Coca-Cola, Adidas, Visa, McDonald's et Hyundai – ont pour leur part salué « un pas dans la bonne direction » pour restaurer une confiance ébranlée.
En attendant, la pression reste forte autour des Mondiaux 2018 et surtout 2022. Mercredi dernier, au début de la tempête, la Fifa avait à nouveau affirmé que ces deux Coupes du monde auraient lieu en Russie et au Qatar « aux dates prévues ». Mais Jack Warner et Nicolas Leoz avaient participé au scrutin de 2010, lors duquel ces deux pays avaient été désignés. Hier, le Kremlin a indiqué poursuivre les préparatifs de son tournoi alors que le Qatar a souligné n'avoir rien à cacher concernant les conditions d'attribution. L'émirat a en outre estimé que la tourmente touchant la Fifa n'aurait « pas d'impact » sur le Mondial 2002.
(Source : AFP)
Valcke : Je n'ai aucun reproche à me faire
Jérôme Valcke, secrétaire général de la Fifa, a affirmé hier sur France Info qu'il n'avait « aucun reproche » à se faire. « Je n'ai aucune raison de dire que je ne devrais pas rester secrétaire général, je n'ai aucune responsabilité, je n'ai aucun reproche à me faire, je n'ai pas à me justifier d'être innocent », a déclaré le Français. « J'ai toujours dit que j'étais le secrétaire général de Blatter, il y aura un nouveau président de la Fifa début 2016, en général, un président choisit son secrétaire général », a-t-il ajouté à propos de son propre avenir.
Pelé appelle les « honnêtes gens » à nettoyer le football
Le « roi » Pelé a demandé aux « honnêtes gens » de nettoyer le football mondial, en réaction à la démission du président de la Fifa, Sepp Blatter. La démission de M. Blatter est « regrettable », a déclaré le triple champion du monde brésilien à la BBC, à Cuba, en marge d'un match amical historique entre la sélection nationale cubaine et son ancienne équipe des New York Cosmos (4-1 en faveur des Cosmos). Pour Pelé, la Fifa traverse désormais une période critique et cherche à rebâtir son image. « Je pense que tout change dans la vie. Le football change, la vie change. C'est important d'avoir des honnêtes gens (...) Pour organiser quoi que ce soit on a besoin de bonnes personnes », a-t-il expliqué. « Tout le monde me pose des question sur Sepp Blatter, mais je ne suis qu'un joueur », s'est défendue la légende brésilienne. « Tout le monde était surpris, bien sûr, pas par Blatter, mais par ce qu'il s'est passé à la Fifa. » Pelé s'était félicité lundi de la réélection de Blatter à la tête de la Fifa, saluant le choix d'un « expert ».
Hasard et ironie du calendrier, la Suisse adopte... la « Lex Fifa »
Hasard du calendrier, les parlementaires suisses ont accepté hier un projet de loi surnommé Lex Fifa, destiné à lutter contre la corruption dans le secteur privé et qui vise les fédérations sportives internationales établies dans la Confédération, comme la Fifa. Cet examen au Sénat à Berne d'un projet de loi préparé en 2014 intervient donc au lendemain de la démission de Blatter de la présidence de la Fifa, qui s'était offusquée dans le passé d'être la seule nommément citée dans ce texte. Le but de ce projet de loi, proposé par le gouvernement le 30 avril 2014 alors que des soupçons de corruption entachaient déjà la procédure d'attribution par la Fifa des Coupes du monde de football 2018 et 2022, est de pouvoir poursuivre d'office les cas de corruption privée. Jusqu'ici, l'organisation concernée devait porter plainte pour qu'une enquête soit ouverte. Les sénateurs ont accepté à une large majorité le texte, mais en ont limité la portée en acceptant une proposition, soutenue par la droite, spécifiant que la corruption privée sera poursuivie d'office seulement si l'intérêt public est menacé.
Jack Warner, l'homme au cœur du scandale
Jack Warner, ancien vice-président de la Fifa, avait promis en 2011 un « tsunami » dans le football. Il n'avait probablement pas prévu de se retrouver, quelques années plus tard, au cœur du gigantesque scandale de corruption qui ébranle le football mondial. L'ancien dirigeant figure depuis hier sur la liste des personnes les plus recherchées par Interpol, qui a émis une « notice rouge » le concernant. La Fifa, dont il a claqué la porte avec fracas en dénonçant ses pratiques, vacille aujourd'hui, mais Jack Warner prend de plein
Il fait partie des 9 dirigeants de la Fifa inculpés mercredi dernier par la justice américaine. L'ancien poids lourd du football n'a pas été arrêté dans un luxueux hôtel suisse : il s'est présenté volontairement devant les services antifraude de la police locale de Trinidad-et-Tobago, sûr de son fait.
Il a été libéré après le versement d'une caution d'environ 400 000 dollars.
La justice doit statuer en juillet sur la demande d'extradition le concernant formulée par la justice américaine. Pas de quoi impressionner l'ancien ministre de la sécurité nationale de Trinidad-et- Tobago : « Tout ceci a pour origine la candidature malheureuse des États-Unis pour organiser la Coupe du monde 2022 », a-t-il ainsi
lancé.




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