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Moyen Orient et Monde - Irak

À Mossoul, l’EI rend la barbe obligatoire

D'après les habitants de la deuxième ville d'Irak, les jihadistes cherchent à se fondre le plus possible dans la population.

Un combattant de l’État islamique à Mossoul à l’été 2014, lors de la prise de la ville par les jihadistes. Reuters

Dès qu'il jette un œil dans le miroir, l'angoisse saisit Laith Ahmad. Si les poils ne poussent pas sur ses joues, il risque d'être arrêté par les jihadistes qui viennent de rendre obligatoire la barbe à Mossoul, la deuxième ville d'Irak.
Le groupe État islamique (EI) distribue depuis quelques semaines des prospectus annonçant la mise en place à compter du 1er juin – hier, donc – d'une nouvelle loi : porter la barbe est obligatoire et se raser est interdit. « Mes poils de barbe sont juste trop lents à pousser », se désole le jeune homme de 18 ans, qui, comme tous les habitants interrogés, ne donne pas son vrai nom de peur des représailles. « Je suis terrifié parce qu'ils (les jihadistes) règlent violemment leurs comptes avec quiconque se rebelle ou ignore leurs instructions », avoue-t-il depuis la capitale irakienne du « califat » proclamé par l'EI sur les territoires conquis il y a près d'un an en Irak et en Syrie. « Je travaille dans une boulangerie, ce qui veut dire que je dois sortir de chez moi chaque jour et croiser des hommes de Daech », ajoute l'adolescent, en utilisant l'acronyme arabe de l'EI.
Mossoul est la ville la plus importante conquise par l'EI lors de sa vaste offensive à l'été 2014. Les nombreux civils qui y vivent encore ne peuvent pas la quitter sans s'engager à y revenir dans les délais impartis. S'ils désobéissent, leur maison ou leur voiture peut être saisie. Les jihadistes ont fait de Mossoul le laboratoire de leur administration : ils y décident de tout, des programmes scolaires aux horaires d'ouverture des magasins, en passant par la tenue – vestimentaire et capillaire. « En rasant et taillant les barbes des hommes, les coiffeurs se rendent complices d'un péché », est-il écrit sur les prospectus de l'EI, qui citent des hadiths (propos attribués au Prophète) pour justifier l'interdiction de se raser. « Grâce à nos frères de la police islamique, ordre a été donné d'interdire de se raser la barbe, et les contrevenants seront arrêtés », est-il précisé. Nadhim Ali, un chauffeur de taxi d'une trentaine d'années, n'a jamais pu se laisser pousser la barbe, ou même une moustache, sans que cela ne lui donne de terribles démangeaisons. Il a présenté des certificats médicaux à la police religieuse. Sans résultat. « Ils s'en fichent... L'un d'eux m'a prévenu que je ferais mieux de rester chez moi si je me rasais », dit-il. « Alors, juste pour nourrir ma famille, je dois choisir entre être malade ou risquer le fouet », ajoute-t-il.

Profil bas
En Afghanistan, les talibans avaient, à une époque, instauré des « patrouilles de la barbe » qui avaient le pouvoir de condamner à une peine de trois jours à une semaine de prison tout homme s'étant ne serait-ce que taillé la barbe.
Mais, les habitants de Mossoul l'assurent, la nouvelle loi n'a rien à voir avec la religion. « On sait tous ce que Daech essaye de faire avec ces lois inacceptables sur les voiles que doivent porter les femmes et les barbes que doivent arborer les hommes », explique une professeure allant du nom d'Oum Mohammad. « Ils veulent faire de chacun un bouclier humain. À l'approche des opérations militaires pour reprendre Mossoul, ils veulent pouvoir se fondre dans la population », affirme-t-elle. De fait, la coalition internationale mise sur pied par les États-Unis pour frapper les positions de l'EI en Syrie et en Irak a mené de nombreux raids autour de Mossoul, mais aucune opération terrestre sur la ville elle-même n'a encore été lancée. Selon un ancien membre des services de sécurité irakiens, qui réside toujours à Mossoul, les jihadistes font profil bas depuis quelques mois. « Par exemple, des membres de l'EI se sont mis à utiliser de plus en plus de voitures banalisées. Ils se sont débarrassés des véhicules militaires et des drapeaux, raconte-t-il. Cette nouvelle loi sur les barbes va dans le même sens. Ils veulent se cacher au milieu des civils. »
Jean Marc MOJON/AFP


Dès qu'il jette un œil dans le miroir, l'angoisse saisit Laith Ahmad. Si les poils ne poussent pas sur ses joues, il risque d'être arrêté par les jihadistes qui viennent de rendre obligatoire la barbe à Mossoul, la deuxième ville d'Irak.Le groupe État islamique (EI) distribue depuis quelques semaines des prospectus annonçant la mise en place à compter du 1er juin – hier, donc –...

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