Ihab Jamal et l’indéfectible amitié d’un violon.
Les cheveux noirs, longs et crépus, retenus au haut de la tête en queue-de-cheval. Des traits fins, comme si l'enfance avait encore une prise sur son visage, pour une barbe de quelques jours. Silhouette frêle et menue pour un regard vert-gris, clair dès que la lumière l'inonde. Chemise à grands carreaux et jeans pour Ihab Jamal, un garçon parfaitement dans le vent. Si ce n'est ce talent précoce, prodige et prodigieux de violoniste qui le propulse déjà au premier rang de la scène...
Il ne s'attarde guère sur ses études d'économie, terminées comme on termine en toute bonne conscience mais un peu à la hâte des devoirs de vacances. Et il parle surtout de musique. Sa musique. En toute délectation et plaisir (et simplicité !), avec un emballement retenu.
Tout remonte à l'enfance (à l'âge de six ans), quand son père lui avait appris le compagnonnage de la boîte à magie qu'on cale au creux des épaules et du cou. Puis, en toute logique, régularité, ferveur et discipline, fréquentation du CNSM. Huit ans de gammes, de solfège et d'harmonie pour dompter le son de ces cordes qui donnent à sourire ou font verser des larmes.
À dix-sept ans, avec cinq à huit heures par jour d'entraînement suite à une audition, c'est Daniel Barenboim qui pointe son doigt sur son coup d'archet. Et le voilà enrôlé dans le célèbre « West-Eastern Divan Orchestra » à fanion international pour des tournées qui le conduisent dans les plus grandes villes et capitales européennes et celles de certaines megacités arabes.
Travaillant sous la férule de son professeur Arthur Ter Hovanessian depuis quelque temps, fort de son prix Margot Babikian (obtenu en 2010), il décide d'affronter des compétitions internationales. Et c'est ainsi qu'il enlève, en décembre dernier, le 3e prix Hratch Bogdanian à Erevan en Arménie, en interprétant des partitions de haut vol de Bach, Paganini, Winiawski et Khatchadourian...
Mais c'est à Gumry, au pays de Gomidas, dans une ville frappée par le séisme et qui s'est reconstituée, que le jeune violoniste décroche cette fois-ci, en avril dernier, le premier prix.
Admirateur de David Oistrakh et de Serguei Khatchtryan, lecteur de Dan Brown et de la vie de Bouddha, ne méprisant pas le « fooball » comme tous les jeunes de sa génération, féru des œuvres de Bach, Tchaïkovsky et Khatchadourian, ce jeune homme qui sort du rang et joue sur un violon confectionné par l'Arméno-Espagnol Stepan Kostanian a le verbe haut et clair pour cerner la musique. En substance, il dit : « La musique c'est la vie. Elle peut changer les sociétés et... les vies. Sans la musique, la vie est une erreur... quelqu'un a dit quelque chose comme cela, je ne sais plus qui. » C'est Nietzsche. Amusé par ce nom, il en sourit tout bonnement, comme heureux de retrouver un écrin pour une formule qui explique brusquement tout !
Son rêve, ses rêves ? Son ambition ? « Une carrière de violoniste soliste bien entendu, dit-il. Mais aussi peut-être un chef d'orchestre. J'aimerais surtout interpréter la partition de Carmen, transcrite par Frantz Waxman au violon. C'est encore plus beau que le chant. Mais il y a aussi The Last rose of summer d'Ernest pour sa mélodie et ses écueils techniques. Sans oublier les fabuleux Caprices de
Paganini...»
Et sur ce pieux souhait et cette pirouette candide, le musicien s'en va. Pour mieux retrouver l'indéfectible amitié d'un violon qui remplit déjà sa vie de joie et d'espoir.


J'ai toujours aimé vos articles Edgar, la sensibilité des artistes et une force civilisatrice.
21 h 06, le 01 juin 2015