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Réflexions sur le Liban face aux soulèvements arabes

Des chercheurs européens et libanais présentent les résultats préliminaires de leurs analyses lors d'un atelier de travail à l'Institut allemand des recherches orientales et mettent la touche finale au recueil en préparation.

Vue de l’atelier de travail à l’Institut allemand des recherches orientales. Photo Anne-Marie el-Hage

« Le Liban face aux soulèvements arabes, entre défis intérieurs et contraintes extérieures ». C'est sur ce thème que s'est déroulé hier un atelier de travail à l'Institut allemand des recherches orientales, dans le cadre de la préparation d'un recueil d'articles liés à la réalité libanaise. L'atelier, qui a vu la participation du représentant de l'Ifpo au Liban (Institut français du Proche-Orient), le chercheur Nicolas Dot-Pouillard, s'est déroulé avec le soutien du programme Wafaw (When Authoritarism Fails in the Arab World). Pour l'occasion, une poignée de chercheurs européens et libanais ont présenté un aperçu de leurs travaux de réflexion sur les grandes transformations au Liban. Des travaux dont nous retiendrons deux interventions, la première, liée à l'armée libanaise, et la seconde, concernant le sunnisme.

« L'armée, institution refuge »
C'est à l'armée libanaise face aux révoltes arabes que s'est intéressé le sociologue et politologue français Vincent Geisser, rattaché à l'Ifpo et au CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Il s'est plus particulièrement penché sur « la popularité hypothétique » de la troupe au pays du Cèdre. « Dans ce contexte de crise de confiance où les institutions publiques sont largement critiquées et accusées de corruption, sur quelles ressources sociales repose la popularité de l'armée libanaise ? » s'est-il demandé. Le chercheur a observé « les signes visibles, notamment les manifestations dans l'espace public en faveur de l'armée, les marques visibles de sympathie, comme les autocollants sur les pare-brise, les affiches sur les devantures des magasins, les graffitis sur les murs, les banderoles déployées à l'entrée de villages ». Il s'est aussi penché sur « l'interaction positive entre les militaires et la population, caractérisée par des rapports de confiance ».
Le sociologue tient toutefois « à ne pas tomber dans une version romantique » de cette relation : « Je ne cherche pas à conforter le mythe de l'armée, mais à le comprendre », a dit M. Geisser. Il a toutefois rappelé que l'armée s'est vu confier « un rôle de cohésion sociale et d'unité nationale dès le début de sa fondation, en 1945 ». Depuis, elle tend à jouer « le rôle d'une institution refuge, porteuse de réassurance nationale ». La troupe a certes vécu une « période de dislocation durant la guerre civile », elle a aussi « traversé la crise aouniste », mais « le mythe a survécu ». « L'armée continue d'être le symbole de l'espoir de renaissance étatique », a-t-il affirmé.
La stratégie de communication développée par l'institution militaire contribue-t-elle à la création de ce mythe de popularité ? Cette seconde hypothèse du politologue vise à comprendre comment se fabrique cette popularité, ce lien intime et direct entre la population et la troupe. Au cœur de ce dispositif, une institution, la Direction de l'orientation de l'armée, joue un rôle non négligeable, comme l'a expliqué le sociologue, précisant qu'au-delà de son côté archaïque, « l'institution a recours à des moyens de communication modernes et efficaces, qui permettent à l'armée de s'imposer comme un leader d'opinion et un acteur politique de taille ».


(Lire aussi : Où en est le salafisme dans le monde arabe?)

 

« Du haririsme au cheikhisme »
Qu'en est-il de la communauté sunnite du Liban ? Comment a-t-elle évolué du « haririsme au cheikhisme (en référence au cheikh salafiste Ahmad el-Assir) » ? C'est sur cet aspect du sunnisme que les deux chercheurs Rosita Di Peri et Daniel Peier ont fondé leur réflexion. « La communauté sunnite était sans leadership durant la guerre civile. Avec l'arrivée de Rafic Hariri au Liban, elle a trouvé en lui un nouveau leader », a expliqué Mme Di Peri, chercheuse à l'Université de Turin. Un leadership qui a eu « d'importantes conséquences sur la vie politique dans le pays ». L'ancien Premier ministre Rafic Hariri avait adopté l'idée d'un « transconfessionnalisme », avant de « transformer sa stratégie politique », a observé la chercheuse italienne. « Il a essayé de créer une politique pour tous les Libanais. Mais il a réalisé que le cadre sunnite lui était plus profitable », a-t-elle poursuivi.
L'assassinat de Rafic Hariri voit l'émergence d'une nouvelle forme de sunnisme, comme l'a relaté de son côté Daniel Peier, ingénieur de recherche au Pacte, laboratoire de recherche en sciences sociales du CNRS et de l'Université de Grenoble. « La transformation est palpable avec l'apparition d'un nouveau profil du sunnisme, incarné par le cheikh Assir », a-t-il fait remarquer. Et de rappeler que la situation économique précaire et le manque d'investissement à Saïda ont affecté la population. « Celle-ci s'est sentie abandonnée par le pouvoir central et a opéré un changement radical », a noté le chercheur suisse. « Quant au cheikh Assir, il a trouvé un terrain fertile à sa cause et réussi à exploiter, voire diaboliser l'alliance entre le Hezbollah et le régime alaouite. Il a montré le Hezbollah comme menaçant pour la communauté sunnite », a-t-il souligné.
« C'est en 2013 que le mouvement d'Ahmad el-Assir s'est militarisé et a pris parti pour les islamistes dans la bataille de Qousseir en Syrie, a poursuivi M. Peier. Le même jour, le Hezbollah a proclamé son engagement dans la bataille de Qousseir. »

 

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