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Liban - La situation

Le 14 Mars face à son éternel dilemme : affronter ou attendre...

Le chef du législatif présidant la réunion hebdomadaire de Aïn el-Tiné. Photos Ani

Le sursaut du 14 Mars, mardi à Bkerké, en faveur d'une présidentielle à la majorité absolue, est un sursaut contre la forfaiture du boycottage des séances électorales par le 8 Mars. C'est aussi un soulèvement contre l'attente passive d'un éventuel déblocage forcé par l'extérieur. Mais ce sursaut est surtout une insurrection contre le propre faux pas du 14 Mars, celui d'avoir concédé, ou peut-être voulu activement et sciemment, il y a un an, le quorum des deux tiers. Cette entente sur les deux tiers, consacrée par la décision du bureau de la Chambre, conduit à exiger ce quorum non seulement au premier tour de scrutin, mais également aux tours de scrutin suivants. L'article 49 prévoit pourtant, rappelons-le, l'élection du président de la République à la majorité des deux tiers au premier tour de scrutin, et à la majorité absolue aux tours de scrutin suivants. Même si l'entente obtenue sur les deux tiers tranche le débat portant sur l'imposition ou non d'un quorum au premier tour, elle porte, en revanche, pour ce qui est des tours de scrutin suivants, une violation claire de la lettre du texte constitutionnel.

Les défenseurs de cette décision invoquent en leur faveur une tradition constante d'élire un chef de l'État avec la réunion des deux tiers des membres de la Chambre. Or cet argument omet, entre autres, un constat essentiel : l'élection du chef de l'État a toujours eu lieu au premier tour.
« Cette fois et pour la première fois de l'histoire de la République libanaise, nous nous trouvons aux tours de scrutin suivants pour l'élection d'un président », a souligné hier le ministre Boutros Harb, dans une interview télévisée. Même des parties qui contestent la majorité absolue soutiennent que le premier tour de scrutin s'est achevé. Rappelons que le président de la Chambre avait déclaré ouverte la première séance électorale, après le retrait des députés du 8 Mars à l'issue du premier tour, laissant planer le flou sur le passage ou non aux tours de scrutin suivants. Tranchant le débat, l'ancien député Salah Honein explique à L'Orient-Le Jour que les cas d'ouverture d'une séance sur plusieurs jours, prenant la forme de réunions successives, ne s'appliquent que pour les séances de délibération, et non de vote, encore moins d'élection.

D'autres partisans de la majorité renforcée (des deux tiers) reviennent sur l'idée préconçue selon laquelle le quorum des deux tiers serait le seul capable de laisser une marge de décision aux chrétiens dans l'élection du chef de l'État, et le seul garant d'une légitimité présidentielle. « La première garantie de cette légitimité est que l'élection du chef de l'État nécessite au moins 65 voix, ce qui ne s'applique pas pour l'élection du président de la Chambre », souligne Salah Honein.
L'exigence d'un double consensualisme (matériel – par le vote – et moral – par la présence de toutes les composantes) est, en outre, antinomique de l'exercice démocratique. Mais ce double consensualisme en droit se traduit, en politique, par le réflexe d'éviter coûte que coûte toute confrontation tendue avec le camp opposé.

(Lire aussi : Le 14 Mars fait assumer à l'avance au Hezbollah tout tort qui pourrait frapper ses détracteurs)

 

Les arguments du Futur
C'est ce qui explique la réticence, opposée par le courant du Futur, à l'idée d'élire le président à la majorité absolue. Rompant avec la position de ses collègues chrétiens du bloc du Futur, qui avaient participé à la réunion de Bkerké « par principe », le député Ahmad Fatfat a pris à charge hier de rejeter, au nom du Futur, le quorum de la majorité absolue. Il explique à L'OLJ que l'exigence du quorum des deux tiers a pour origine formelle non pas la décision du bureau de la Chambre, mais « un accord obtenu dans ce sens lors d'une séance plénière du Parlement avant le débat préalable à la première séance électorale, le 23 avril 2014. À notre demande, le président de la Chambre avait avancé un avis favorable au quorum des deux tiers, qu'aucun député n'a contesté. L'absence de contestation a suffi pour entériner l'avis sans passer au vote ». Il souligne par ailleurs que la position du Futur « avait été, dès le premier jour, en faveur du quorum renforcé (des deux tiers) ». La motivation de cette position est naturellement politique et s'aligne sur la méthode du « containment politique », ayant toujours défini les rapports du Futur avec le Hezbollah. Ahmad Fatfat le reconnaît lui-même : « Si nous élisons un chef de l'État à la majorité absolue, rien n'empêchera le Hezbollah d'élire un président par la force, avec 64 députés. Nous ne pouvons créer un précédent aussi dangereux. » Selon lui, ce danger serait renforcé à l'heure des menaces à peine voilées du Hezbollah dirigées contre des figures du Futur, et contre les chiites eux-mêmes, doublées de menaces d'intervenir à Ersal. S'abstenir de toute attitude de défi vis-à-vis du Hezbollah aurait ainsi permis au 14 Mars d'obtenir, en 2008, l'élection du président Michel Sleiman, « qui était notre candidat depuis novembre 2007 », conclut Ahmad Fatfat.

Force est de constater que ce pragmatisme de résignation a souvent été en conflit, au sein du Futur et du 14 Mars, avec un autre pragmatisme, plus agressif, d'affrontement avec le parti chiite.
Ainsi, d'autres considérations avaient motivé l'exigence par le 14 Mars de la majorité absolue : protéger les centristes, en l'occurrence le bloc berryste et le Parti socialiste progressiste, du forcing susceptible d'être exercé contre eux, par le 8 Mars, tout en garantissant, notamment au PSP, son rôle de pivot. À en croire une source informée du 14 Mars, l'exigence du quorum des deux tiers avait été « mijotée » de pair par le Futur et les centristes.

Alors que le comité quadripartite émanant de la réunion de Bkerké prévoit de se concerter incessamment avec le président de la Chambre pour le déblocage de la présidentielle, ce dernier a exprimé d'ores et déjà, à ses visiteurs hier, un refus de la majorité absolue, comme le rapporte notre chroniqueur diplomatique Khalil Fleyhane. Pour lui, il est impossible de tenir une séance électorale en l'absence des blocs du Hezbollah et du Changement et de la Réforme.
Ménageant le chef du législatif, le ministre Boutros Harb a déclaré hier que « nous ne prétendons pas dicter au président Berry ce qu'il doit faire. Notre discours à Bkerké a été mal compris : nous avons voulu exprimer notre ressentiment face à la gravité manifeste de la vacance ». Un ressentiment que le député indépendant Robert Ghanem a été l'un des seuls hier à assortir d'une volonté d'action déclarée : « Même si nos points de vue divergent sur la question du quorum, la nécessité d'élire un président et le danger de la vacance justifient de franchir des interdits, même si je reste convaincu de la justesse du quorum des deux tiers. Nous comptons débattre de ces problèmes avec le président de la Chambre, y compris la question du premier tour. »
L'ancien député Salah Honein propose une solution médiane : la réunion des commissions conjointes, sous la présidence de Nabih Berry (le Parlement ne pouvant tenir une séance plénière), pour soumettre au vote et au débat la question du quorum...

Entre-temps, en Conseil des ministres, les signes d'une montée des tensions se concrétisent, mais toujours sans risque d'éclatement. Au débat technique sur le projet de budget ont préludé les mêmes questions sur la situation à Ersal, et, subsidiairement, sur les nominations sécuritaires, soulevées d'abord par le ministre Élias Bou Saab, puis par Gebran Bassil et Hussein Hajj Hassan. Rebelote : le Premier ministre est intervenu pour rappeler que les débats politiques ne sont pas à l'ordre du jour de la réunion du budget et doivent faire l'objet de la réunion ministérielle aujourd'hui.

 

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Le sursaut du 14 Mars, mardi à Bkerké, en faveur d'une présidentielle à la majorité absolue, est un sursaut contre la forfaiture du boycottage des séances électorales par le 8 Mars. C'est aussi un soulèvement contre l'attente passive d'un éventuel déblocage forcé par l'extérieur. Mais ce sursaut est surtout une insurrection contre le propre faux pas du 14 Mars, celui d'avoir...
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BLA BLA BLA........

Gebran Eid

11 h 42, le 28 mai 2015

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    Gebran Eid

    11 h 42, le 28 mai 2015

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