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Moyen Orient et Monde - Irak

Après la chute de Ramadi, les tribus sunnites se sentent abandonnées

Des habitants de Ramadi contraints de fuir. Sabah Arar / AFP

Les tribus sunnites d'Irak ont toujours été considérées comme des acteurs-clés dans la lutte contre les jihadistes, mais avec la chute de Ramadi aux mains du groupe État islamique (EI), leur méfiance vis-à-vis du gouvernement s'est accrue.
De nombreux chefs tribaux de la province occidentale d'al-Anbar, dont Ramadi est la capitale, affirment vouloir continuer de combattre l'EI, non pas dans un souci d'aider le gouvernement qui, selon eux, ne leur a jamais apporté un soutien conséquent, mais tout simplement parce qu'ils n'ont pas le choix.
« La chute de Ramadi est un désastre », affirme Salah Hassan al-Nada, un chef tribal d'Awja, une ville près de Tikrit, qui a été contraint de fuir au Kurdistan lorsque les jihadistes ont lancé leur grande offensive en juin dernier.
Pour Victoria Fontan, professeur à l'Université américaine de Dohuk, au Kurdistan (Nord), « le moral des sunnites est très bas après ce qui s'est passé à Ramadi » et la confiance sera difficile à rétablir sans une solution politique. « C'est difficile pour les sunnites de soutenir le gouvernement contre l'EI, alors que celui-ci a lancé des barils d'explosifs sur eux », souligne-t-elle, en référence à ces armes utilisées sans discrimination par le gouvernement à partir de mi-2004, en particulier sur la zone de Fallouja, à 60 km à l'ouest de Bagdad.
« Si Bagdad promettait une autonomie aux régions sunnites en échange de leur soutien dans le combat contre l'EI, la donne changerait. Une solution politique est la seule façon de chasser pour de bon l'EI d'Irak », affirme Mme Fontan.
Michael Knights, du Washington Institute, estime lui qu'une collaboration est possible entre le gouvernement et les tribus sunnites, d'autant que « les groupes tribaux sunnites ne pourront pas faire face seuls aux attentats-suicide au camion piégé sans matériel antichars ». « La façon la plus rapide et la moins controversée de les protéger est de les incorporer dans des unités existantes », selon lui.

« Moyens du bord »
Mais pour Achour al-Mihlawi, un leader de la tribu Albou Mihl de Ramadi, les habitants d'al-Anbar ne peuvent compter que sur eux-mêmes. « Si le gouvernement répond aux demandes des tribus, tout particulièrement celles qui combattent (les jihadistes), nos relations seront bonnes (...). S'il ne le fait pas, nous ne lui ferons jamais confiance », dit-il. « Nous ne rejoindrons pas l'EI, nous le combattrons nous-mêmes, avec les moyens du bord », ajoute-t-il.
Tribus sunnites et gouvernement ont pourtant déjà collaboré par le passé. « Ramadi était vraiment un modèle », explique Salah Hassan al-Nada en parlant des Sahwas, ces milices sunnites qui avaient vu le jour il y a une dizaine d'années pour combattre les groupes sunnites extrémistes comme el-Qaëda, et qui étaient payées par les États-Unis. « Ce sont eux (les Sahwas) qui les ont combattus, les ont chassés de Ramadi et ont fait revenir une vie normale dans la ville », ajoute-t-il.
Cette force, née à al-Anbar, s'est étendue à plusieurs autres régions de l'Irak pour atteindre les 50 000 hommes, puis sa gestion a été transférée au gouvernement irakien en 2008. Mais le groupe a fini par être dissous après des tensions avec le Premier ministre de l'époque, Nouri al-Maliki, qui n'a pas tenu sa promesse de les intégrer dans l'armée. Son successeur Haider al-Abadi, vient tout juste de reformer les Sahwas, mais cette fois en les incorporant aux Unités de mobilisation populaires (Hached al-Chaabi), une coalition paramilitaire antijihadiste, en majorité chiite.
En 2014, les anciens des groupes extrémistes que les tribus étaient parvenus à chasser quelques années plus tôt sont revenus avec l'EI, avec cette fois beaucoup plus d'ambitions qu'une « simple » insurrection, le groupe jihadiste ayant proclamé un « califat » sur les vastes zones conquises, en premier lieu à al-Anbar.
Les tribus ont alors déploré ne pas recevoir assez de soutien de Bagdad. Selon le cheikh Omar al-Alwani, un chef tribal d'al-Anbar, « le gouvernement craint que s'il arme les tribus, elles finissent par se retourner contre lui ». Les tribus, assure-t-il, auraient pu défaire l'EI sans les Unités de mobilisation populaires. Si elles avaient pu recevoir des armes lourdes.

Karim ABOU MERHI / AFP

Les tribus sunnites d'Irak ont toujours été considérées comme des acteurs-clés dans la lutte contre les jihadistes, mais avec la chute de Ramadi aux mains du groupe État islamique (EI), leur méfiance vis-à-vis du gouvernement s'est accrue.De nombreux chefs tribaux de la province occidentale d'al-Anbar, dont Ramadi est la capitale, affirment vouloir continuer de combattre l'EI, non pas...
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