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Culture - Théâtre

La poupée qui ose dire « non »

Sur les planches du Monnot, Valérie Cachard aborde la question de la féminitude, de la maternité et de l'héritage familial, avec « Matriochka, ou l'art de s'évider ». Un texte fort, un jeu trop lisse.

Valérie Cachard sur la scène du Monnot. Crédits BL

« Je peux vous poser une question ? » Valérie Cachard ne tourne pas autour du pot. La comédienne, mise en scène par Valérie Vincent, s'adresse directement au public dès le début de son monologue. Les tourments de la maternité, de l'enfance, de l'identité et des racines torturent son personnage. Môme, femme-enfant, trentenaire démangée par l'envie de concevoir ou horrifiée par cette idée, ou bien grand-mère, la comédienne est toutes ces femmes à la fois. Sans âge, universelle, elle tente d'obtenir des réponses, tout en sachant dès le début qu'elles seront tout sauf manichéennes. Valérie Cachard choisit alors de remonter à la première des maternités – et au premier des contes – pour tenter d'avancer.
Mais un conte court et percutant en cache toujours un autre. À l'instar des matriochkas, ces petites poupées russes qui s'emboîtent les unes dans les autres, de la plus volumineuse à la plus petite. Toutes différentes. Pourtant toutes issues d'une même lignée. Alors à quelle poupée/femme ressembler ?
Avec ses contes malicieux, Matriochka pose une nouvelle fois la question millénaire de la poule et de l'œuf, lequel des deux est apparu en premier ? La pièce aborde le corps de la femme, conçu pour enfanter. Elle pointe aussi la liberté de ne pas vouloir materner, comme toute la société le souhaite, de pouvoir aller à contre-courant.
Le texte est d'une poésie et d'une justesse troublantes, entre histoire(s), sociologie et anthropologie. On découvre ainsi les expressions du monde entier pour signifier une grossesse : de la « brioche au four » britannique, au « pain » italien, jusqu'à « avoir la cuisine pleine de fumée » en Argentine. Un vocabulaire qui éclaire aussi sur les stéréotypes véhiculés depuis trop longtemps : non, les femmes ne sont pas prédisposées à la cuisine. Barbie en prend aussi pour son grade dans Matriochka. La poupée vendue à des millions d'exemplaires – censée être un idéal pour les petites filles du monde entier – n'a ni tétons, ni sexe, ni ventre rond. Le plus connu des jouets Mattel essuie une pluie de reproches mais autant de compliments. Cette poupée s'est émancipée de son amoureux Ken, qui n'est qu'un accessoire. Elle est aussi devenue un modèle de la femme active.
Valérie Cachard a souhaité écrire pour les jeunes enfants comme pour leurs parents. Ses formules (parfois piquantes, d'autres plus imagées) sont donc audibles par tous les publics. Toutefois la force du texte est noyée par le jeu – trop lisse – de la comédienne. Entre confessions personnelles, fables et légendes, son articulation varie malheureusement peu. Aussi, les sujets traités sont si charnels qu'on aimerait plus d'intimité, que les personnages dévoilent davantage que leurs surfaces. Un accouchement ne se fait pas sans cris, sans larmes ni morve. On souhaiterait être pris à la gorge par les émotions mais celles-ci ne font malheureusement que nous frôler. Pouvoir faire ressentir toute la difficulté d'être maman, d'être fille ou petite-fille, ne se fait peut-être pas simplement avec des contes.

* Jusqu'au dimanche 24 mai, tous les soirs, à 19h, dans la petite salle du Théâtre Monnot.

« Je peux vous poser une question ? » Valérie Cachard ne tourne pas autour du pot. La comédienne, mise en scène par Valérie Vincent, s'adresse directement au public dès le début de son monologue. Les tourments de la maternité, de l'enfance, de l'identité et des racines torturent son personnage. Môme, femme-enfant, trentenaire démangée par l'envie de concevoir ou horrifiée par cette idée, ou bien grand-mère, la comédienne est toutes ces femmes à la fois. Sans âge, universelle, elle tente d'obtenir des réponses, tout en sachant dès le début qu'elles seront tout sauf manichéennes. Valérie Cachard choisit alors de remonter à la première des maternités – et au premier des contes – pour tenter d'avancer.Mais un conte court et percutant en cache toujours un autre. À l'instar des matriochkas, ces petites...
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