De gauche à droite, Ali Hamdane, Élie Marouni, Jamal Jarrah, Rony Araiji, Rafic Chelala, Ibrahim Kanaan, Antoine Zahra, Mahmoud Comaty et Ramy Rayès.
Au terme de trois mois de laborieux pourparlers, la Ligue maronite a réussi ce week-end un tour de force en réunissant autour d'une même table des représentants de différents partis libanais : le Hezbollah, les Forces libanaises (FL), le courant du Futur, le Courant patriotique libre (CPL), le Parti socialiste progressiste (PSP), le mouvement Amal, le parti des Marada et celui des Kataëb.
Samedi, au cours d'un séminaire organisé à l'hôtel Metropolitan, la commission politique au sein de la Ligue a ainsi rendu public un document d'entente que tous ces partis ont signé et qui pourrait constituer, à en croire les auteurs, « une nouvelle déclaration de Baabda ». Le texte sera bientôt présenté au patriarche maronite Béchara Raï. Ce document, qui a été rédigé et débattu par les partis concernés il y a quelques semaines, s'intitule « Le partenariat national pour renforcer l'État et contrer l'extrémisme ».
Le ton est très solennel : « Nous, représentants des partis politiques cités, annonçons notre engagement en faveur du respect des principes de liberté, de justice, de démocratie et des droits de l'homme et du citoyen, ceux stipulés par les chartes religieuses, chrétiennes et musulmanes, et les chartes civiques, notamment la Charte des Nations unies », commence le texte. « Nous annonçons notre appartenance à un Liban uni et pluraliste, et réitérons notre attachement au partenariat prévu dans le document d'entente nationale, (...) et au respect mutuel entre les citoyens, quelles que soient leurs différences religieuses, culturelles et politiques. L'attachement à l'État, à la Charte des droits de l'homme, aux institutions, au partenariat et à la modération est la voie correcte pour protéger le Liban de la vague d'extrémisme et de fanatisme violente qui déforme les religions et frappe certains pays et sociétés, dont des sociétés arabes », poursuit le document.
(Lire aussi : Le patriarche Raï pour l'élection d'un président avant le 25 mai)
Après avoir rejeté « toute forme de terrorisme intellectuel ou physique, tout genre d'extrémisme religieux et toute expression de violence », et plaidé en faveur du respect de la liberté de religion et d'opinion, du dialogue et de la sauvegarde des relations islamo-chrétiennes en Orient, les signataires assurent leur attachement à l'accord de Taëf « qui a consacré le partenariat équilibré entre les composantes du pays ». Ils se disent en faveur du « règlement de toute anomalie paralysant les institutions, notamment la présidence de la République », soulignent la nécessité d'élaborer une loi électorale « moderne qui assure une représentativité juste », plaident pour « la dynamisation de la parité stipulée dans la Constitution » et l'adoption des décisions nationales « loin des influences extérieures ». Ils réaffirment « le droit de l'État, souverain sur l'ensemble du territoire, de recourir à tous les moyens pour libérer tout terrain occupé par Israël ».
Résistance ou pas résistance ?
Le texte ne mentionne pas la « Résistance », mais il semblerait que le Hezbollah a d'abord insisté pour l'y inclure, avant d'en être dissuadé par les autres partis.
Samedi, en effet, le représentant du Hezbollah, Mahmoud Comaty, a été le seul à mentionner la Résistance dans son discours, alors que les autres signataires se sont plutôt penchés dans leurs allocutions sur les moyens de trouver des terrains d'entente. « Les Libanais veulent savoir ce que les partis politiques font pour sauvegarder ce partenariat », a ainsi déclaré le journaliste Rafic Chelala, modérateur de la table ronde, au début de la rencontre qui a duré plus de trois heures et au cours de laquelle chaque intervenant a exposé la vision de son parti concernant le thème du document, que chacun a compris à sa manière.
Représentant les Marada, le ministre de la Culture, Rony Araigi, s'est surtout penché sur les problèmes auxquels les chrétiens d'Orient sont confrontés en raison du « chaos créatif, conséquence d'un jeu des nations ». M. Araigi a insisté sur le rôle joué par les chrétiens du Liban à travers l'histoire, « des intellectuels qui ont fait évoluer la langue arabe, repoussé la menace de l'imposition de la langue turque, et participé à l'évolution des régimes politiques à travers l'exploration d'idées comme la laïcité, le nationalisme arabe, le socialisme et le marxisme ». « Le Liban est le dernier bastion chrétien en Orient », a-t-il dit. Il a aussi mis l'accent sur l'importance d'élaborer une vision stratégique entre les partis chrétiens, tout en préservant leurs différences en politique, et l'attachement à la parité et à Taëf « malgré ses quelques lacunes ». Le ministre a en outre jugé nécessaire d'élaborer une loi électorale et d'appliquer la décentralisation administrative « pour barrer à jamais la voie à toute proposition de fédéralisme ». « L'absence d'un président a mis en relief l'importance du rôle de cette institution », a-t-il enfin dit.
(Lire aussi : Eichhorst rend hommage à Tammam Salam et dénonce encore la vacance présidentielle)
Parité, loi électorale moderne, accord de Taëf et souveraineté de l'État, autant de thèmes développés par Rami Rayès, représentant le PSP, et le député des FL Antoine Zahra. Ils ont tous deux affirmé que l'exercice politique a montré qu'aucune partie ne peut gouverner seule au Liban et réitéré leur attachement à la déclaration de Baabda. S'interrogeant sur le point de savoir pourquoi les députés n'ont toujours pas élu un président, M. Zahra a appelé au respect du document signé. « Nous n'avons pas oublié que n'ont été respectées ni les décisions de la conférence de dialogue ni la déclaration de Baabda qui est très importante à l'heure du printemps arabe qui s'est peut-être transformé en automne », a-t-il encore déclaré. « Le Liban peut envoyer un message au monde entier en élisant maintenant un président chrétien maronite qui consacre l'expérience libanaise du vivre-ensemble », a observé Rami Rayès.
De son côté, Mahmoud Comaty a estimé que le Liban doit être présent dans l'équation régionale et y jouer un rôle de décideur, « pour protéger la patrie, le peuple, l'armée et la Résistance ». Affirmant que le Hezbollah est attaché a la démocratie consensuelle et à la construction d'un État fort qui protège les libertés publiques et le territoire, et qui soit doté d'une armée forte, il a appelé à la décentralisation administrative et au dialogue, « seul moyen d'aboutir au partenariat ».
Des politiciens qui se taclent
Assis entre les représentants du courant du Futur et du Hezbollah, Ibrahim Kanaan, député du CPL, et son collègue Antoine Zahra n'ont pas manqué de mulitplier les bons mots à ce sujet. « Nous allons nous retrouver au beau milieu du Futur et du Hezbollah avec ce dialogue FL-CPL », a dit M. Zahra. « Espérons que le dialogue CPL-FL permettra à nouveau de réunir les Libanais », a renchéri Ibrahim Kanaan, qui a déploré l'absence d'une vision entre les différentes composantes libanaises, nécessaire, selon lui, au partenariat national. « L'appel du CPL à l'élection d'un président fort, à l'adoption d'une nouvelle loi électorale, à l'application de la décentralisation administrative, au refus de la prorogation des mandats des chefs sécuritaires et des députés s'inscrit dans l'esprit du respect de ce partenariat », a-t-il affirmé, dénonçant « l'exploitation abusive de la démocratie consensuelle, et la paralysie de la Constitution et des institutions à des fins personnelles ou sectaires ».
(Lire aussi : Salam plaide pour « la modération et le centrisme au sein de la communauté sunnite »)
Pour sa part, Jamal Jarrah, du bloc parlementaire du Futur, s'est contenté de dénoncer le fait que « certaines parties aient choisi de rester en dehors de la patrie, aux dépens de la patrie », en allusion au Hezbollah, avant d'appeler ces dernières a des prises de position nationales. Des propos repris par Élie Marouni, député des Kataëb, qui a aussi appelé à une unité « plutôt qu'à un partenariat révocable a tout moment », reprenant également les thèmes de la décentralisation, d'une loi électorale moderne, et de l'élection présidentielle imminente. Quant au conseiller du président de la Chambre Nabih Berry, Ali Hamdane, il a affirmé avoir préféré que la table ronde donne lieu à un dialogue plutôt qu'à des discours. « Nous savons comment construire un État. Il suffit de calquer des modèles qui ont réussi dans le monde. C'est du dialogue national fédérateur dont nous avons besoin », a-t-il déclaré.
Parmi les personnalités présentes samedi, l'évêque Samir Mazloum représentant Mgr Raï, les anciens ministres Ziyad Baroud, Khalil Hraoui, Edmond Rizk, Farid Haïkal el-Khazen et Joe Sarkis, les députés Naji Gharios et Neemtallah Abi Nasr, l'ancien ministre Pierre Daccache et des représentants de nombreux ministères, ainsi que le bâtonnier de Beyrouth Georges Jreige, le président du syndicat des journalistes Élias Aoun et le président de la Ligue maronite Samir Abillama.
Lire aussi
Les nombrils du monde, l'édito de Ziyad Makhoul
Sans réforme législative, la liberté d'expression restera très bancale


Nous connaissons le disque rayé d'Ibrahim Kanaan du CPL pour un Président "fort". La Présidence de la République est-elle un ring de boxe américain où les coups de pied fusent de tous les côtés ? Quant à ses députés chrétiens, la plupart sont des élus du Hezbollah.
13 h 35, le 11 mai 2015