Rafinha, le défenseur brésilien du Bayern, échoue à dévier un boulet de canon de Messi, qui va logiquement s’incruster dans les filets des Bavarois. Lluis Gene/AFP
Tous les ingrédients étaient réunis pour que ce Barça-Bayern entre dans l'histoire. Les deux meilleures équipes de ces cinq dernières années qui s'affrontent en demi-finale de la plus prestigieuse des compétitions européennes ; Pep Guardiola, l'ancien joueur, et surtout l'ancien entraîneur – peut-être même le plus grand de l'histoire du Barça – qui revient dans le stade où il a absolument tout gagné ; la muraille munichoise, Manuel Neuer, face aux assauts du trio le plus prolifique d'Europe; la volonté de revanche des joueurs barcelonais après la raclée reçue deux ans plus tôt, au même stade de la compétition par ces mêmes Bavarois ; cette phrase de Luis Enrique, l'entraîneur du Barça qui résume à la perfection tout l'enjeu de ce match : « Nous avons besoin de notre ballon pour notre jeu. Le truc, c'est qu'il n'y a qu'un ballon et on le veut tous les deux... » Et enfin cette question, qui passionne tous les amoureux du foot, qui du Bayern ou du Barça gagnera la guerre du ballon ?
La possession de balle est dans l'ADN du Barça. Mais cette partie de l'ADN barcelonais a été injectée pendant plus de deux ans dans le sang munichois par Pep Guardiola. Comment deux équipes jumelles, même si le Barça d'Enrique est beaucoup plus vertical que ne l'était celui de Guardiola, peuvent arriver à se départager ? En conférence de presse, le coach bavarois apportait un début de réponse : « Barcelone a l'avantage de me connaître, et j'ai l'avantage de les connaître. Mais s'ils savent déjà comment je pense, ils ne savent pas comment mes joueurs pensent. Et c'est comme ça que je compte les surprendre. »
Plus qu'un simple match, ce Barça-Bayern, aux accents freudiens, devait révéler deux mystères : quelle est la meilleure équipe des deux ? Et surtout, laquelle de ces deux équipes pratique le plus beau jeu ?
Pendant 76 minutes, les deux équipes ont offert un spectacle grandiose, tellement impressionnant d'intensité et de justesse technique, tellement impressionnant d'adaptation tactique et d'implication mentale, tellement impressionnant de rigueur défensive et de virtuosité offensive, qu'il était quasiment impossible de tout voir, de tout comprendre et de tout apprécier : pour un soir, le Camp Nou aura été La Mecque du football ! Tactiquement, le Bayern a fait le match parfait : pression de tout instant, à chaque recoin du rectangle vert, prise à deux sur Lionel Messi, jeu à trois, enchaînement de courtes passes et de transversales (chefs-d'œuvre de Xabi Alonso), déviation des deux attaquants, et surtout cette permutabilité permanente entre tous les joueurs. Ajoutez à cela un Manuel Neuer, encore une fois stratosphérique, et un Jérome Boateng dans un grand soir, et ça ne peut donner qu'une très grande équipe capable de rivaliser à armes égales avec ce Barça pendant 76 minutes... pendant 76 minutes seulement.
Jusqu'à cette minute, ce Barça-Bayern était quasi ésotérique, réservé aux initiés qui seuls pouvaient apprécier la qualité d'un match où les occasions restaient rares et où le score restait vierge. Puis Messi prend la balle, à la suite d'un cafouillage, avance jusqu'à l'entrée de la surface, regarde le but le temps d'une demi-seconde et ajuste Neuer d'une frappe millimétrée. Après 76 minutes de jeu, le génie de Messi ramène ce match sur terre. Et moins de trois minutes plus tard, il récidive en ajoutant cette fois une bonne dose d'humiliation pour son adversaire. À la 79e, Messi crochète Boateng, qui se retrouve les fesses à terre, comme emporté par un ouragan, puis, sans perdre une seule seconde son sang-froid, effleure la balle pour venir lober le mètre 92 du géant allemand.
Le match est plié, le Bayern dégoûté. Tous ses efforts, tous ses kilomètres parcourus, toutes les ambitions européennes de l'équipe ont été dynamités en moins de trois minutes par le petit génie argentin. Toutes les masturbations intellectuelles sur la bataille tactique et sur l'importance du beau jeu n'ont plus de sens. Le score, l'essence du foot, reprend ces droits. Le collectif éclate devant le talent individuel d'un seul homme. Messi vient de frapper par deux fois et de prouver une nouvelle fois, peut-être comme jamais auparavant, qu'il est incontestablement le meilleur joueur du monde et l'un des plus grands de l'histoire.
Ce match a largement été à la hauteur des attentes qu'il a suscitées. Il aura manqué d'un peu de dramaturgie, il aura manqué d'un Robben ou dans une moindre mesure d'un Ribery au Bayern, capables de véritablement accélérer le jeu en situation de contre, il aura manqué ce but bavarois qui aurait donné du sens à ce match retour... mais tout le reste, vraiment tout le reste y était.
Le Barça fonce désormais droit vers la finale de Berlin. Et avec un Messi à ce niveau-là, on ne voit pas bien qui pourrait l'arrêter.
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