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Moyen Orient et Monde - France

Le « menhir » prêt à se battre « par tous les moyens »

La classe politique se gausse de la guerre familiale au sein de l'extrême droite.

Elle l'a « trahi », il ne veut même plus qu'elle porte son nom. Poussé vers la sortie par sa propre fille, le leader historique de l'extrême droite française, Jean-Marie Le Pen, s'est dit prêt hier à riposter mais ses armes semblent limitées. « Plutôt que de penser à la retraite, je pense à l'attaque, moi », a-t-il lancé au lendemain de sa suspension du parti Front national (FN), qu'il a créé et dirigé pendant près de 40 ans avant d'en céder les rênes à sa fille Marine en 2011.

Lundi, cette dernière avait convoqué la plus haute instance du parti pour museler son père, auteur en avril d'une série de provocations : répétition de sa vision plusieurs fois condamnée par la justice des chambres à gaz, « détail » de l'histoire, défense du maréchal Pétain, du « monde blanc » et critique en règle de la démocratie. En conséquence de quoi, le bureau exécutif a suspendu le patriarche, 86 ans, et décidé de lancer le processus pour modifier les statuts du FN et de lui retirer sa présidence d'honneur.

« Félonie », « trahison », a immédiatement tonné le vieux tribun, en souhaitant que sa fille, 46 ans, se marie pour qu'elle n'utilise plus son nom. « Cette outrance montre qu'il n'y avait pas d'autre solution » que de le suspendre, a réagi hier Marine Le Pen. Dans sa diatribe, Jean-Marie Le Pen a même ajouté ne pas souhaiter que sa fille remporte la présidentielle de 2017. « Si de tels principes moraux devaient présider à l'État français, ce serait scandaleux », a-t-il lancé, en se déclarant prêt à se battre « par tous les moyens ».
Son « pouvoir de nuisance est toutefois limité », souligne Sylvain Crépon, spécialiste du FN. Il y a « de l'affection » pour le chef historique chez les militants, mais même les « gens très attachés à lui depuis longtemps considèrent qu'il exagère », dit-il. Après les dernières saillies de l'eurodéputé, 74 % des sympathisants du FN jugeaient que sa présence médiatique était un handicap pour le parti. Quant aux cadres, ils soutiennent Marine Le Pen, car, avec elle, ils espèrent des succès électoraux et « une rétribution politique », explique Sylvain Crépon.

« Le vieux qui radote »
Depuis 2011, la patronne du FN a engrangé les succès, notamment avec l'élection de deux députés, de deux sénateurs, une première place aux européennes et 11 villes gagnées lors d'un scrutin municipal. Certes, le « menhir » (surnom lié à ses origines bretonnes) conserve un pouvoir « de nuisance médiatique », mais, là encore, « il risque de s'isoler complètement et de finir avec l'image du vieux qui radote », ajoute le chercheur.

Pour le politologue Joël Gombin, autre spécialiste de l'extrême droite, lors de l'assemblée générale extraordinaire que le bureau exécutif a décidé de convoquer, « il n'est pas impossible que Marine Le Pen saisisse l'occasion pour faire passer d'autres choses, y compris un changement de nom du parti ». Si cette réunion permet de changer le nom du parti, Jean-Marie Le Pen « pourra rester à la tête d'un FN canal historique » et monter une liste dissidente lors de prochaines échéances électorales, ajoute le chercheur Jean-Yves Camus.

En attendant, la classe politique française se gaussait hier de cette guerre politico-familiale. « Le Front est moins national que familial », ironisait ainsi l'eurodéputé de droite (opposition) Brice Hortefeux. « Il y a des enjeux, ce sont ceux de la France, ça ne peut pas être ceux d'une famille », a jugé le porte-parole du gouvernement socialiste, Stéphane Le Foll.

La guerre familiale chez les Le Pen n'en est pas à son premier épisode. En 1987, en plein divorce, l'épouse de Jean-Marie, Pierrette, avait posé nue dans le magazine de charme Playboy pour se venger. En 1998, sa seconde fille, Marie-Caroline, avait choisi le camp opposé lors d'une scission politique et n'aurait plus de contacts aujourd'hui avec son père. Le nouveau conflit qui secoue le Front national pourrait s'étendre à la troisième génération : la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, 25 ans, benjamine de l'Assemblée nationale, a craint hier de se retrouver « otage » en raison d'une « position personnelle délicate ».

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