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Liban - La Psychanalyse, Ni Ange Ni Démon

Les psychothérapeutes avant Freud – 4 -

L'une des dernières psychothérapies primitives étudiées par Henri Ellenberger consiste en une « guérison par la confession », la théorie de la maladie étant « la violation d'un tabou » entraînant un « secret pathogène ».
Parmi les nombreux cas rapportés par Ellenberger, le plus intéressant est celui d'une femme gravement atteinte par une pneumonie. Son état empirait de jour en jour et elle était sur le point de mourir. Assis à côté d'elle, le médecin, pour l'encourager lui dit que sa sœur viendrait la voir le lendemain. « Demain, je serai morte... dit-elle et ce serait un châtiment bien mérité. » Surpris, le médecin eut l'ingénieuse idée de lui dire : « Châtiment ? Bon, dans ce cas, vous ne mourrez pas. Nous veillerons à ce que vous payiez l'amende sur terre et non sous terre. » Cette intervention ingénieuse eut pour effet la confession de la malade qui reconnut que la pneumonie l'avait frappée à l'endroit où elle avait été infidèle à son mari qui était encore prisonnier de guerre. Après la confession, l'état de la femme s'améliora nettement et elle guérit rapidement.
La notion de paiement comme prix du châtiment balisera l'importance du paiement en psychanalyse : pour pouvoir dire l'indicible, le tabou ou l'interdit, le prix payé facilite la verbalisation. Il arrivait à DW Winnicott (1896-1971), célèbre pédiatre anglais devenu psychanalyste pour enfants, auteur à ce propos de De la pédiatrie à la psychanalyse, de dire à ceux de ses patients qui contestaient ses honoraires : « Vous le payerez moins cher avec de l'argent. » En effet, comme l'expérience analytique le prouve depuis le début, le secret pathogène est tel qu'à ne pas oser le dire, le patient finit par payer sa culpabilité avec sa santé, comme cette belle histoire clinique le raconte bien. La culpabilité d'avoir violé un tabou nourrit le secret pathogène qui devient de plus en plus empoisonnant pour le patient.
Quant au premier médecin qui systématisa la notion de secret pathogène et la thérapeutique qu'il impliquait, ce fut un Viennois, Moritz Benedikt (1835-1920). Pendant une trentaine d'années, entre 1864 et 1895, il publie des articles où il montre « que l'hystérie et d'autres névroses ont souvent pour origine un secret pénible, relié le plus souvent à la vie sexuelle, et que bien des malades pouvaient être guéris par la confession de leurs secrets pathogènes ». Freud et Joseph Breuer (1842-1925), un autre mentor de Freud, s'en inspirèrent dans leurs premiers écrits sur l'hystérie, Études sur l'hystérie. « C'est de réminiscences surtout dont souffre l'hystérique », dira Benedikt.
Quatre mille ans avant notre ère, ce furent la guérison dans les temples et les psychothérapies philosophiques qui prirent le relai des psychothérapies primitives. La séparation se fit alors entre « la médecine sacerdotale et la médecine proprement dite, la première étant représentée par le prêtre thérapeute, la seconde par le médecin ».
Enfin, c'est la sorcellerie qui représente la dernière des théories de la maladie et l'exorcisme son traitement.
C'est en 1775 environ que l'abandon de l'exorcisme au profit du « magnétisme animal » vit le jour. Le père Johann Joseph Gassner, l'un des plus célèbres guérisseurs de tous les temps comme le présente Ellenberger, réussissait à libérer beaucoup de malades de leurs démons. Et lorsqu'il n'y arrivait pas, il envoyait le malade à un médecin. « Il considérait sa position comme irréprochable tant vis-à-vis de l'orthodoxie catholique que de la médecine », nous dit Ellenberger. Malgré cela, il dérangeait de plus en plus. L'esprit des Lumières se propageait en Europe et la raison l'emportait sur l'ignorance.
Franz Anton Messmer, à la même époque, prétendait guérir les patients par le « magnétisme animal ». On fit appel à lui pour expertiser les travaux de Gassner. Gassner est un honnête homme, déclara Messmer, « mais, sans le savoir, il guérissait ses malades grâce au magnétisme animal ». L'avantage de Messmer venait du fait que dans le monde des sciences physiques, on venait de découvrir l'action des champs magnétiques. Sa théorie et sa technique avaient donc la garantie apparente de la science. Il gagna la partie contre Gassner, quoiqu'à la fin de sa vie, Messmer avoua que ce n'était pas tant le magnétisme qui guérissait ses malades, mais bien son « rapport » à eux.
Ce paradoxe continue de nos jours, la science permettant aux scientistes, au nom de ses dernières avancées de nier l'évidence. Ainsi en est-il aujourd'hui de l'imagerie cérébrale qui donne l'illusion qu'on peut tout localiser dans le cerveau, y compris Dieu lui-même.
Du coup, on oublie que la relation médecin-malade est le facteur principal de la guérison, Messmer, comme on le verra la prochaine fois ayant eu le courage de l'admettre.

L'une des dernières psychothérapies primitives étudiées par Henri Ellenberger consiste en une « guérison par la confession », la théorie de la maladie étant « la violation d'un tabou » entraînant un « secret pathogène ».Parmi les nombreux cas rapportés par Ellenberger, le plus intéressant est celui d'une femme gravement atteinte par une pneumonie. Son état empirait de jour en jour et elle était sur le point de mourir. Assis à côté d'elle, le médecin, pour l'encourager lui dit que sa sœur viendrait la voir le lendemain. « Demain, je serai morte... dit-elle et ce serait un châtiment bien mérité. » Surpris, le médecin eut l'ingénieuse idée de lui dire : « Châtiment ? Bon, dans ce cas, vous ne mourrez pas. Nous veillerons à ce que vous payiez l'amende sur terre et non sous terre. » Cette...
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